L’échange d’offres d’accès au marché pour un accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur pourrait avoir lieu en avril, ou en mai. Une perspective qui inquiète les organisations agricoles des Vingt-huit.
Après une visite en Argentine, le 9 mars, la Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, vice-présidente de la Commission européenne, Federica Mogherini, a souligné le « fort engagement » manifesté par les pays du Mercosur en faveur d’un échange des offres en matière d’accès au marché dans le cadre des négociations de libre-échange avec l’UE, plaidant pour que cet échange d’offres intervienne « en avril » (1).
« Une opportunité »
« C’est une opportunité qu’il ne faut pas laisser passer. Ces dernières années, aucun acteur du Mercosur n’était convaincu de la nécessité de s’engager. Aujourd’hui, tous formulent cet engagement », a affirmé Federica Mogherini devant la commission du commerce international du Parlement européen, le 15 mars, assurant avoir reçu de la part du président argentin, Mauricio Macri, « le même message fort » que celui formulé par le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay (2).
« L’échange d’offres constitue un point de départ dans les négociations, la base pour améliorer le cadre actuel des relations commerciales. Je suis convaincue qu’il faut saisir cette opportunité le plus vite possible, échanger les offres d’ici avril et entamer les négociations », a-t-elle insisté. « Il se pourrait que cela soit en mai plutôt qu’en avril », a toutefois précisé la Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité. « La Commission a terminé son travail et il y a une consultation sur sa proposition. Tout dépend de la rapidité à laquelle les États membres vont réagir ».
« En Argentine, on m’a indiqué que l’offre du Mercosur pourrait être améliorée. Je pense que cela pourrait aussi être le cas du côté européen », a-t-elle ajouté.
Les deux parties avaient réaffirmé au niveau ministériel, en juin 2015, leur engagement à conclure leurs pourparlers de libre-échange lancés en 1999 et relancés en 2010. Ils avaient alors convenu de procéder à l’échange des offres d’accès au marché (biens, services, marchés publics) dès que les conditions le permettraient.
Les doutes des organisations agricoles de l’UE
Les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) jugent indispensable de poser des conditions préalables strictes à l’ouverture des négociations commerciales avec le Mercosur, notamment la levée des droits anti-dumping imposés par le Brésil sur le lait en poudre européen et l’établissement d’une feuille de route pour la levée des barrières sanitaires et phytosanitaires.
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Elles relèvent que, selon une étude du Centre commun de recherche, le secteur agricole de l’UE serait inévitablement confronté à des pertes significatives de plus de 7 milliards €.
Le Copa-Cogeca émet quelques doutes sur la réelle volonté du Mercosur d’ouvrir son marché, même si sa nouvelle offre d’accès semble devoir atteindre un taux de 93 % de libéralisation totale. Plusieurs pays du bloc sud-américain ont en effet relevé en 2014 leurs droits d’importation sur les fruits et légumes, indique-t-il. Le Brésil a renouvelé sa mesure anti-dumping sur le lait en poudre pour cinq années supplémentaires, et les opérateurs européens sont confrontés à des barrières sanitaires et phytosanitaires, par exemple l’échec de la mise à jour du statut ESB ou des certificats sanitaires limités.
(1) Voir n° 3535 du 29/02/16
(2) Le Venezuela, membre du Mercosur, n’est pas impliqué dans les négociations de libre-échange avec l’UE
(3) Voir n° 3537 du 14/03/16
Phil Hogan appelle à la « vigilance »
« Des progrès sont enregistrés » dans les négociations de libre-échange entre l’UE et le Mercosur, avait confirmé Phil Hogan le 7 mars à Strasbourg, lors de son intervention sur la crise agricole devant la commission de l’agriculture du Parlement européen (3). « Je sais que beaucoup d’entre vous ont des préoccupations, particulièrement pour les produits sensibles tels que le bœuf, la volaille et le sucre, et je comprends exactement pourquoi », avait dit le commissaire européen aux députés. « Je suis déterminé à défendre et promouvoir les intérêts de l’UE ». « Compte tenu de l’avantage économique dont dispose le Mercosur sur l’Europe, nous devons être très vigilants en ce qui concerne l’évolution (du dossier), notamment pour nos secteurs sensibles », avait ajouté le commissaire à l’agriculture.