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L'IAA, un fleuron français en panne de recrutements

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Avec 17 253 entreprises sur le territoire français, dont 98% de TPE-PME, le secteur agroalimentaire reste le premier secteur industriel. En 2018, son chiffre d'affaires a augmenté de 1,5 % à 176,1 milliards d'euros (après +3,9 % en 2017), essentiellement grâce aux ventes à l'export. A noter que 80 % des produits consommés en France sont produits sur le territoire. L'IAA reste également le premier employeur du pays avec 427 594 emplois directs en 2018, soit 3 288 de plus qu'en 2017, "auxquels s'ajoutent près de 2,4 millions d'emplois induits qui soutiennent l'IAA", selon l'Ania, soit 17% de l'emploi salarié du secteur industriel. Pour autant, le potentiel d'embauche reste très important puisque qu'environ 21 000 emplois sont non-pourvus. "Notre problème est d'arriver à attirer, former et recruter", reconnaît Richard Girardot, président de l'Ania, convaincu qu'il est du rôle du secteur lui-même de "de développer des outils et des moyens en termes de formation".

Une récente étude Harris Interactive pour Global Industrie (*) intitulée "Les jeunes et le secteur de l'industrie", donne un éclairage sur le sujet. Si les deux tiers des jeunes Français ont plutôt une bonne image de l'industrie, le secteur arrive bien derrière l'artisanat, la restauration et l'hôtellerie et l'agriculture par exemple. L'industrie est pour eux synonyme de conditions d'emploi difficiles (travail à la chaîne, pénibilité des conditions de travail, délocalisation, chômage...). L'image de l'industrie pâtit globalement d'une vision négative en termes d'embauche, néanmoins les secteurs du luxe, de la santé, du numérique et de la cosmétique sont particulièrement prisés, plus d'un jeune sur deux se disant intéressé par ces spécialisations. En revanche, 54 % des personnes interrogées ne sont pas intéressées par un emploi dans l'agroalimentaire, qui arrive en bout de course des souhaits, juste devant les industries de la chimie et de l'armement. Une difficulté de recrutement pour les industriels de l'agroalimentaire qui constitue un obstacle à leur croissance et continue de poser des problèmes dans certains secteurs, notamment sur les postes de maintenance et de chefs de lignes.

Une expérimentation inédite

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Parmi les cinq engagements pris par l'Ania pour 2019 et annoncés le 3 avril, l'un d'eux vise à "favoriser la capacité de recrutement des entreprises et l'attractivité de nos métiers". Dans ce cadre, une expérimentation est actuellement menée à Beauvais et Saint-Quentin, dans les Hauts-de-France. Mi-janvier, les premiers résultats de cette expérimentation inédite ont été présentés lors du premier comité de suivi en présence du ministère du Travail, des représentants du secteur agroalimentaire (Ania, Coop de France et Opcalim) et de la métallurgie, confrontés aux mêmes enjeux de recrutements. L'objectif est de s'appuyer sur des passerelles intersectorielles et de favoriser la polyvalence et la polycompétence, afin de répondre aux besoins des entreprises, tout en offrant aux jeunes et à la population active des possibilités de développer leurs compétences. Des besoins communs existent dans l’alimentaire et la métallurgie, notamment "sur les métiers de conducteur de ligne, conducteur de machine ou technicien de maintenance". Encore faut-il que des dispositifs communs et appropriés soient mis en œuvre pour apporter des réponses adaptées aux besoins des uns et des autres sur les territoires. Une enveloppe d’un montant total de 100 000 euros est consacrée à l’expérimentation. Le projet est cofinancé à hauteur de 50 % par le ministère du Travail et l’autre moitié par les branches de la métallurgie et de l’alimentaire. Cette expérimentation inédite pourrait à terme être dupliquée dans d’autres régions.

* Enquête réalisée en ligne du 19 au 25 février 2019, sur un échantillon de 1075 personnes âgées de 18 à 24 ans.