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Libre-échange : l’élection de Donald Trump rebat les cartes

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Les accords commerciaux bilatéraux et multilatéraux – notamment celui en cours de négociations avec l’UE – n’auront plus le soutien des États-Unis, si l’on en croit les promesses de Donald Trump, élu le 8 novembre à la présidence des États-Unis.

« Je veux dire à la communauté internationale que, si l’Amérique passera toujours en premier, nous serons justes avec tout le monde », a déclaré Donald Trump peu après son élection, le 8 novembre, à la présidence des États-Unis (1).

« Le changement commencera dès mon premier jour », avait-il toutefois averti le 22 octobre, annonçant son « intention de renégocier » l’accord de libre-échange nord-américain (Nafta) avec le Canada et le Mexique entré en vigueur le 1er janvier 1994 et de se retirer du partenariat transpacifique (TPP) conclu le 5 octobre 2015 avec 11 autres pays (2).

L’Europe veut « battre les États-Unis en ce qui concerne le commerce »

Objet de laborieuses négociations entre l’UE et les États-Unis, le Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP) – dossier justement à l’ordre du jour d’une réunion des ministres du commerce des Vingt-huit le 11 novembre à Bruxelles – devrait aussi faire les frais de la promesse de Donald Trump de « protéger » les Américains.

Ce dernier suggérait déjà en juillet que l’Europe s’est construite pour « battre les États-Unis en ce qui concerne le commerce ».

« Renégocier ou sortir de l’OMC »

« Nous allons renégocier ou sortir de l’OMC », avait aussi assuré Donald Trump. « Ces accords commerciaux sont un désastre. L’OMC est un désastre », avait déclaré celui qui devient le 45e président des États-Unis lors d’une discussion sur la question de l’emploi aux États-Unis face à la concurrence du Mexique.

Le félicitant pour son élection, Roberto Azevêdo, le directeur général de l’organisation mondiale – candidat au renouvellement de son mandat qui expire le 31 août 2017 – a assuré que celle-ci « reste prête à travailler avec la nouvelle administration » américaine.

La COP22 s’ouvre dans un climat incertain

Alors que se tient du 7 au 18 novembre à Marrakech la 22e conférence internationale sur le réchauffement climatique qui doit discuter des modalités de mise en œuvre de l’accord de Paris sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial, l’élection à la tête des États-Unis de Donald Trump, réputé climato-sceptique, trouble les débats (1). Pendant sa campagne, le candidat républicain avait annoncé son intention d’annuler l’accord de Paris. Ce dernier est pourtant officiellement entré en vigueur le 4 novembre, le seuil de ratification par 55 États (dont les États-Unis) représentant 55 % des émissions mondiales ayant été atteint. Il est prévu dans l’accord que les pays l’ayant ratifié ne pourront en sortir avant quatre ans (dont un de préavis). Mais aucune sanction formelle n’est prévue en cas de non-respect des dispositions.

Miguel Arias Cañete, commissaire européen au climat et à l’énergie, s’est félicité de cette entrée en vigueur soulignant qu' « il est temps de passer à l’action ». L’une des principales priorités de cette COP 22 sera de renforcer l’action en faveur du climat avant 2020, date à laquelle démarreront la plupart des plans nationaux d’action sur le climat. Car, prévient l’ONU, il faut agir maintenant.

Selon un rapport présenté par l’Organisation météorologique mondiale (OMM) le 8 novembre, les années 2011-2015 ont été la période de cinq ans la plus chaude pour tous les continents, sauf l’Afrique, à 0,57°C au-dessus de la moyenne de 1961-1990. Et, souligne ce rapport, le réchauffement a renforcé la fréquence d’événements extrêmes, en particulier les sécheresses et les vagues de chaleur.

(1) Voir même numéro

(2) Voir n° 3515 du 12/10/15

« Plus important que jamais de renforcer les relations transatlantiques »

Dans une lettre commune adressée le 9 novembre à Donald Trump pour le féliciter, le président de la Commission de Bruxelles, Jean-Claude Juncker, et le président du Conseil européen, Donald Tusk, invitent le vainqueur de l’élection présidentielle américaine à « se rendre en Europe pour un sommet UE/États-Unis dès que cela lui conviendra », soulignant qu’« il est plus important que jamais de renforcer les relations transatlantiques ».

Citant notamment les négociations de libre-échange en cours (TTIP), les deux signataires affirment qu’il « ne faut épargner aucun effort pour s’assurer que les liens qui nous unissent restent forts et durables ».

Interrogée par la télévision suédoise peu après l’annonce des résultats du scrutin, la commissaire européenne au commerce, Cecilia Malmström, a seulement répondu qu’il est « trop tôt pour dire ce que cela signifie pour le TTIP ».