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Espagne/Boulangerie Licenciements et suspension du paiement des salaires chez Panrico

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« En Espagne, le secteur alimentaire résiste bien à la crise, mieux que d'autres en tout cas, estime un expert. Mais il y a deux exceptions majeures : Pescanova et Panrico. Tous les deux sont victimes d'une très mauvaise gestion ». Après la faillite de l’entreprise de poissons surgelés, l’annonce par Panrico, le spécialiste du donuts, d’un plan de licenciement concernant 1 914 salariés fait l’effet d’une bombe. Les syndicats appellent à une grève illimitée à partir du 13 octobre. Et la Generalitat promet son soutien financier à l’entreprise, implantée à Esplugues de Llobregat (Barcelone), et qui emploie 4 000 salariés.

Le groupe de boulangerie-pâtisserie industriel Panrico, passé d’un fonds d’investissement (Apax Partner) à un autre (Oaktree Capital), très endetté, est de nouveau en grande difficulté, ce qui n’est pas une première dans son histoire mouvementée. Malgré l’injection d’argent frais, malgré des cessions d’actifs, comme la vente de la filiale de biscuit Artiech (12% de PDM), l’entreprise a dû présenter en septembre aux syndicats (voir Agra-alimentation du 20 septembre) un plan de licenciement économique pour les 6 sites espagnols, concernant 197 salariés. Mais cette fois-ci l’entreprise est au pied du mur, comme le montre l’ampleur des décisions annoncées fin octobre par Carlos Gila, le nouveau p.-d.g. de la société qui vient de succéder à Joan Casaponsa dont le plan de viabilité a été rejeté dernièrement par le conseil d’administration de Panrico.
L’entreprise est mise à une diète sévère : licenciement de 1 914 travailleurs (soit 48% des effectifs) d’ici 2015, réduction de salaire de 35 à 45% pour ceux qui restent dans l'entreprise. De plus, la direction a décidé de suspendre temporairement le versement des salaires en raison de problèmes de trésorerie. Cette décision doit lui permettre de faire face à ses « engagements envers les fournisseurs, tout en préparant un nouveau plan industriel avec les ajustements nécessaires ». Les salariés ont rejeté le plan de restructuration soumis par la société et ont décidé d’arrêter les négociations.
 
Les raisons des difficultés actuelles
Les experts, interrogés par le journal El Pais, sont pessimistes sur l’avenir de l’entreprise, qui dispose pourtant de belles marques (Donuts ou Bollycao) et de solides parts de marché. Ils soulignent l’importance des effectifs (4 000 salariés) pour une entreprise de cette taille (500 M€ de CA). Fondée par la famille Costafreda en 1963, Panrico (pour Panificio Rivera Costafreda) a été vendue à la société à Apax Partners en 2005 pour 900 millions d'euros, un prix que les experts ont toujours considéré exorbitant. Les nouveaux propriétaires ont cédé les usines que possédait Panrico en Grèce et en Chine, racheté la marque Artiach et ont pris une décision qui a été fatale : emballer pour une vente en libre-service les donuts, qui trônaient depuis des décennies dans les vitrines des boulangeries, des bars et des épiceries. Devant les pertes accumulées (en 2008, elles atteignaient 700 M€), et la grogne des autres actionnaires, Apax Partner a cédé le gouvernail au fonds américain Oaktree Capital en 2011. Celui-ci a présenté un plan de continuation, prévoyant l’effacement d’une partie des dettes et la réinjection de 115 M€ d’argent frais. Depuis l'année dernière, Oaktree Capital contrôle 100% du capital de Panrico.
Tout cela n’a pas suffi. Jaume Llopis, professeur de management stratégique à l'IESE, cité par El Pais, explique que la crise provient d’un manque de stratégie à long terme et de l’instabilité du management. « Panrico a eu quatre directeurs généraux en cinq ans », note ce dernier. Reste que la concurrence des marques propres vendues jusqu’à trois fois moins cher, et la pression exercée sur les prix par les détaillants, ont contribué au déclin de l’entreprise. D’où le remède de cheval infligé aujourd’hui à ce fleuron de l’industrie catalane. Carlos Gila a pour mission de réduire les dépenses de 50 M€.

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