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Energie L’IFP espère une règlementation stable pour les biocarburants

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L’Institut du pétrole Énergies nouvelles, l’organisme public de recherche dans les domaines de l’énergie et du transport, espère que la Commission européenne prendra une décision rapidement en ce qui concerne la règlementation sur les agrocarburants. En l’absence d’environnement stable, il n’y aura pas d’investisseurs industriels, et l’Europe prendra du retard sur ses concurrents dans la course aux agrocarburants de seconde génération.

Alors que la demande mondiale d’énergie devrait augmenter de 44% d’ici 2030, entraînant une hausse des émissions mondiales de CO2 de 41%, Olivier Apert, président de l’Institut du pétrole Énergies nouvelles, l’organisme public de recherche dans les domaines de l’énergie et du transport, estime que « les biocarburants sont une réponse à ces enjeux », notamment pour les transports qui dépendent à 95% du pétrole.
Mais le secteur est en attente en Europe, suspendu à l’annonce d’une nouvelle règlementation jusqu’à 2030, que la Commission européenne doit rendre en 2014, alors que le débat principal porte sur l’impact des agrocarburants sur l’alimentation, à cause du changement d’affectation des sols.
L’IFP Énergies nouvelles espère que la Commission européenne se décidera rapidement concernant la réglementation des agrocarburants, afin que les investisseurs du secteur puissent avoir une vision à long terme. « La pire situation serait que le débat continue encore longtemps : aucun industriel ne ferait d’investissements », prévient Olivier Apert. Il craint que l’actuelle Commission ne parvienne pas à un accord avant les prochaines élections européennes, ce qui pourrait encore retarder l’échéance. « Le secteur à besoin d’une certaine continuité et de rationalité », explique t-il.

Une première génération discutée

Dans ces conditions, l’Union européenne pourrait prendre du retard face à ses concurrents mondiaux, notamment les États-Unis et le Brésil, où « l’environnement est très sécurisant pour les investisseurs ». La course est aujourd’hui aux agrocarburants dits de « deuxième génération », dont des unités industrielles sont sur le point d’être opérationnelles.
Car les agrocarburants de première génération, produits à partir de sucre, d’amidon, ou d’huiles végétales, ne sont plus considérés comme une réponse à long terme : « Si la technique est éprouvée, la compétition avec l’alimentation est indéniable et la performance environnementale discutée », explique Pierre Porot, responsable de la recherche biomasse à l’IFP. Au niveau mondial, 5,5% de céréales et 18,4% pour la canne à sucre cultivées sont utilisées pour l’éthanol. 12% de l’huile de soja, 25% d’huile de colza et 8,5% d’huile de palme le sont pour le biodiesel. « L’ordre de grandeur n’est pas négligeable mais reste marginal. Ce n’est pas un élément fondamental dans la gestion des prix de ces matières premières », commente Olivier Apert.

Une seconde génération prometteuse

L’IFP plaide pour l’utilisation des ressources de deuxième génération, la biomasse lignocellulosique : « Ce sont des résidus forestiers, agricoles et éventuellement des cultures dédiées, qui présentent un potentiel important et une absence de concurrence directe avec l’alimentation », explique Pierre Porot. Les émissions de gaz à effets de serre de ces technologies sont divisées par 10 par rapports aux carburants fossiles, et elles nécessitent peu d’intrants. Selon lui, « on touche du doigt la compétitivité économique. L’entrée en phase industrielle est proche ». Le projet américain Fiberight produit déjà, alors que l’usine italienne Chemtex serait sur le point de produire à grande échelle. « Dans les cinq ans, on devrait voir émerger un grand nombre d’unités industrielles », anticipe t-il. Seul bémol, si les matières premières ne rentrent pas en compétition avec l’usage alimentaire, elles sont convoitées par la chimie et par des filières de production de chaleur et d’électricité. En France, l’IFP travaille avec de nombreux partenaires, dont l’INRA, Tereos et Unigrains au projet Futurol, à Bazancourt, près de Reims. Olivier Appert assure que le projet, dont le procès consiste à transformer de la cellulose en sucre, va bientôt être compétitif.

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