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GRANDES MARQUES/NÉGOCIATIONS COMMERCIALES L'Ilec dénonce des accords largement entachés d'irrégularités

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L'Institut de liaison et d'études des industries de consommation (Ilec), qui représente les grandes marques, déplore le non-respect de la date butoir du 29 février pour boucler les négociations commerciales et les pressions inhabituelles sur ses adhérents. Il s'inquiète du manque de rapidité de réaction de la DGCCRF et exprime ses craintes au sujet de l'emploi industriel en 2016.

« C'est du jamais vu ! Pour la première fois, 20% des accords n'étaient pas signés au soir du 29 février, un taux pouvant approcher les 50% pour certains de nos adhérents », a souligné Richard Panquiault, le directeur général de l'Ilec, à l'occasion d'une présentation du bilan de l'année passée et des dernières négociations commerciales. Certains adhérents de l'Ilec, qui représente 75 entreprises réalisant la moitié du chiffre d'affaires des marques en GMS (33 milliards d'euros en 2015), ont signé seulement dans le courant de la seconde quinzaine du mois de mars, et l'un d'entre eux n'a rien signé du tout. Ce constat est le résultat « d'accords largement entachés d'irrégularités », selon le directeur général. Et de détailler : « Des demandes des distributeurs qui n'ont pas ou que très peu varié entre le début des négociations et le 29 février, des accords souvent signés sous la contrainte après des arrêts de commandes ou des déréférencements (plus de 30% de nos adhérents sur une fourchette de 15% à 70% de leur chiffre d'affaires) ou des menaces de rétorsion, et des plans d'affaires rarement au rendez-vous des niveaux de baisses de tarif consenties par les industriels avec une améliorations des plans d'affaires dans moins de 40% des cas. »

L'Ilec a alerté les autorités au sujet du déroulement des négociations en écrivant au ministre de tutelle dès le mois de mars mais n'a pas encore reçu de réponse. Face à cette situation, « il faut que la DGCCRF aille voir qui est à l'origine de la non-signature des accords », a demandé Richard Panquiault, déplorant de surcroît le fait qu'elle ne réagisse « pas assez vite face au rythme de dégradation des pratiques illicites. » La déflation généralisée des prix inquiète particulièrement des grandes marques, selon l'Ilec qui a présenté les résultats de ses études chiffrées sur le sujet. Selon lui, les prix des marques nationales en supermarchés et hypermarchés n'ont cessé de baisser depuis mars 2013, soit 36 mois consécutifs, à la seule exception de juillet et août 2015. Cette baisse concerne surtout les marques leaders (1400 références les plus vendues représentant 18% du chiffre d'affaires total des produits de grande consommation) « dont 85% ont vu leur prix baisser et 45% d'entre elles de plus de 4%. » En alimentaire, la baisse médiane est de 1,9% sur l'ensemble des résultats internes. Et sur les 24 derniers mois, la dégradation des tarifs nets des adhérents de l'Ilec se chiffre à plus de 1,1 milliard d'euros. Cette somme, perdue pour les industriels, se répartit entre la période des négociations et le reste de l'année sous forme de compensation de marges.

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Le chiffre d'affaires des adhérents, en légère hausse en 2015, ne permet pas de rattraper cette perte. À ce sujet, Richard Panquiault a tenu à dénoncer les idées fausses consistant à lier baisse des prix et valorisation, ou baisse des prix et augmentation des volumes. « La valorisation était déjà enclenchée et avait même atteint 893 millions d'euros en 2013, sans guerre des prix », souligne-t-il.

Pour l'avenir, l'Ilec n'est pas confiant, estimant que la spirale déflationniste n'est pas terminée. « Les briefs promotionnels pour 2016 sont encore plus agressifs » : le taux de promotion lourde a bondi de 18% entre 2011 et début 2016 et le niveau de discount moyen est passé de 32,4% à 33,3%, contre 18% en 2012. Résultat de cette guerre des prix : une baisse de 7 % des investissements clés pour l'innovation et la création de valeur, la disparition des plus petits fournisseurs et une perte d'attractivité pour les filiales françaises des grands groupes internationaux. Richard Panquiault craint que la dernière variable d'ajustement pour les industriels soit l'emploi, estimant que les gains de productivité ont déjà été entièrement réalisés depuis les dix dernières années et excluant l'idée selon laquelle les industriels puissent jouer sur les recettes ou la qualité des ingrédients.