Abonné

Relations commerciales L’Ilec déplore des négociations commerciales pires qu’en 2017

- - 4 min

Les grandes marques alimentaires ont encore plus souffert au cours des dernières négociations commerciales que l’année précédente. À la clé : des conséquences lourdes pour l’investissement industriel, l’emploi et la publicité. L’Ilec demande que l’Etat fasse respecter la loi dans le cadre des relations avec les industriels.

« Après les États généraux de l’alimentation, je pensais sincèrement qu’il y aurait une amélioration, mais malheureusement il n’en a rien été », a déploré Richard Panquiault, directeur général de l’Institut de liaisons et d’études des industries de consommation (Ilec), en parlant des dernières négociations commerciales terminées le 1er mars. « La situation est même pire qu’en 2017, j’en suis navré et je suis même le premier surpris », a-t-il insisté à l’occasion d’une rencontre avec la presse spécialisée le 6 avril.

D’après une enquête interne réalisée auprès des adhérents de l’Ilec (70 adhérents réalisant 35 milliards d’euros de chiffre d’affaires par an, dont 60 % de marques alimentaires), en 2018, moins d’entreprises sont parvenues à faire passer des hausses de prix qu’en 2017 : 38 % l’année passée, 26 % cette année. Et parmi ces dernières, elles ont obtenu des hausses moins élevées cette année. Ceux qui ont obtenu moins que l’année dernière ont signé des tarifs encore plus bas en 2018.

« C’est la cinquième année de déflation que nous observons, selon le DG de l’Ilec. Les conséquences se font sentir sur les entreprises agroalimentaires qui réduisent les budgets alloués aux médias, qui licencient et qui investissement moins dans l’outil industriel en France. » D’après ses calculs, un milliard d’euros de baisse de prix représente 10 000 emplois en moins, les investissements des industriels adhérents baissent de 200 à 250 millions d’euros par an et lorsque les distributeurs augmentent leur budget médias de 10 % en 2017, celui des annonceurs de l’alimentaire recule de 5 %.

S’appuyer sur l’Autorité de la concurrence

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

consommation
Suivi
Suivre

L’Ilec veut désormais insister sur le respect du droit de la part des distributeurs, estimant ainsi que 20 à 30 % des accords commerciaux sont signés sans contrepartie, sous la contrainte et sont donc illégaux. L’association va donc demander à l’Autorité de la concurrence de redresser ces cas particuliers en s’appuyant sur une jurisprudence de la Cour de cassation de janvier 2017, qui a tranché en faveur de l’industriel. L’Ilec estime que l’action de l’Autorité est payante car les compensations de marges ont été fortement réduites en 2017 par rapport à 2016, et que les déréférencements ont même été divisés par 3 entre mars et décembre 2017 par rapport à la même période de 2016.

« Il faut bannir les pratiques illicites, c’est mon objectif numéro un », a affirmé Richard Panquiault, se disant persuadé que les difficultés des industriels ne viennent pas tant du déséquilibre du rapport de force, identique dans les autres pays européens, que de non-respect de la législation en vigueur. « Aujourd’hui en France, le vice paie plus que la vertu en matière de relations commerciales », a-t-il regretté.

L'alliance Casino-Auchan-Système U inquiète l'Ania 

L’Ania s’est dit « très inquiète des conséquences d’une telle alliance (Casino, Auchan et Système U, NDLR) pour l’ensemble de la filière » dans un communiqué le 5 avril, deux jours après l’annonce des trois enseignes de constituer une centrale d’achat, réduisant à trois le nombre d’acheteurs pour la grande distribution en France. Pour Jean-Philippe Girard, le président de l’Ania, l’Autorité de la concurrence doit « prendre position sur la légalité de cette alliance, notamment en matière d’entente illicite. Il est également majeur de s’assurer que ce montage, qui vise à mutualiser les achats au niveau international, n’est pas un moyen d’échapper à la loi française » faisant allusion aux centrales d’achat basées hors de France. Il dénonce également la distinction entre grandes entreprises d’un côté et produits agricoles et PME-ETI de l’autre. « Pourquoi cette différenciation, alors que le constat et les propositions des Etats généraux de l’alimentation portaient sur un rééquilibrage des relations commerciales pour mettre fin à la guerre des prix sur tous les produits alimentaires ? » s’interroge l’Ania.