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L’incertain bilan agricole de la tempête Alex

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Les services de l’Etat, la chambre d’agriculture et les syndicats tentent toujours d’établir un bilan précis du passage de la tempête Alex le vendredi 2 octobre dans les trois vallées touchées. Sans attendre les chiffres, l’État et les professionnels accompagnent les situations les plus graves.

« Il y a toutes les situations, entre ceux qui sont coincés avec leur véhicule en alpage, ceux qui sont bloqués au-dessus de leurs villages, ou ceux qui ont tout perdu », explique Xavier Worbe, directeur général de la chambre d’agriculture. Mais avec cinquante-deux routes impraticables, des réseaux électriques coupées, des antennes relais à terre, il demeure difficile, une semaine après le passage d’Alex, d’établir un tableau précis de la situation dans les vallées de la Roya, de la Vésubie, et de la Tinée.

« Les chiffres évoluent toutes les heures », résume Michel Dessus, président de la chambre d’agriculture des Alpes-Maritimes. Ce sont parfois les voisins qui alertent, ou même les maires. Certains éleveurs ont aussi pris sur eux pour rejoindre, à pied, les collègues les plus proches. Un survol en hélicoptère effectué par la chambre le 5 octobre a également permis de ravitailler une vingtaine d’éleveurs dont la situation inquiète.

« L’urgence, c’est de rapatrier au maximum les bêtes », insiste Michel Dessus. ». C’est actuellement dans la vallée de la Royat que la situation serait la plus critique, avec 2 000 et 3 000 têtes de bétail coincées dans les hauteurs, sans solution pour redescendre. Dans la vallée de la Tinée, en revanche, les dérogations accordées par la préfecture ont permis de faire passer 20 000 bêtes par semi-remorque sur des routes étroites.

3 000 t de fourrage à héliporter

« On ne retrouvera pas tous les animaux », prévoit déjà le directeur général de la Chambre. Un troupeau de 300 brebis appartenant à un berger emporté par la tempête n’aurait notamment pas encore été localisé. Si quelques bêtes seulement manquent à l’appel chez d’autres éleveurs, « on s’attend à beaucoup de dégâts sur les agnelages », poursuit la chambre.

Au total, une centaine d’exploitants auraient déjà demandé de l’aide à la chambre. Pour beaucoup, avec la disparition des bâtiments, des stocks de foin, voire des prairies elles-mêmes, l’urgence est à nourrir le troupeau. En tout, d’après les premières estimations de la chambre, près de 3 000 tonnes de fourrages seront nécessaires. « Le problème, c’est de les acheminer ! », s’alarme Michel Dessus.

Car faute d’accès routier, une grande partie de ce volume devra être acheminée par hélicoptère. « Mais en termes financiers, toutes les organisations professionnelles agricoles (OPA) n’auront pas les moyens de se faire héliporter ces tonnages », prévient Jacques Courron, président de la FDO (Fédération départementale ovine). Lors de la réunion de crise organisée à Nice le 6 octobre, Groupama, le Crédit Agricole et la Fédération de chasse ont promis 30 000 euros de dons lors de la même réunion pour faciliter l’héliportage en montagne. L’aide de l’État sera cependant nécessaire pour espérer approvisionner tout le monde.

Préparer l’hiver

Les premières neiges sont tombées juste après la tempête. Rappelant une autre urgence : des abris devront être trouvés pour tous les troupeaux. « Les transhumants parviennent à partir par les crêtes, pour rentrer chez eux dans les départements limitrophes. Le problème, c’est ceux qui devaient rester dans les vallées », explique Jacques Courron. Heureusement, des propositions d’aide en nature ou en main-d’œuvre affluent, en provenance des Alpes-de-Haute-Provence et des Bouches-du-Rhône, ou même d’Italie.

Cette solidarité, Jacques Courron précise l’avoir encouragée en alertant sur la situation locale via Facebook ou par email. « Il faut bien se servir des nouvelles technologies », sourit le syndicaliste. Pas question cependant, précise-t-il, de forcer qui que ce soit à quitter les vallées touchées. « C’est juste qu’en termes économiques, je pense qu’il vaut mieux aller ailleurs cet hiver, le temps de refaire les bâtiments correctement, et de pouvoir retrouve un accès aux abattoirs ou aux fromageries », poursuit-il.

La situation est encore plus compliquée dans la vallée de la Roya, où beaucoup d’éleveurs ont fait le choix de la transformation à la ferme, et du circuit court. « Ce sont des exploitations qui ont trouvé les moyens de bien valoriser leurs produits. Mais sans eau, et sans électricité, c’est impossible de respecter les bonnes pratiques dans les laboratoires, ou même la chaîne du froid », s’inquiète Jacques Courron.

Au-delà de ces enjeux matériels, un autre aspect inquiète dans les vallées. Coupés du monde, incapables de retrouver toutes leurs bêtes, inquiets de l’arrivée du froid, le moral est très bas chez les éleveurs touchés. « On nous a signalé beaucoup de situations de grande détresse », confie Michel Dessus, qui compte sur la solidarité et sur l’aide de la MSA sur ce volet.

« On s’attend à beaucoup de dégâts sur les agnelages »

« Sans eau, et sans électricité, impossible de respecter la chaîne du froid »