« L’Union européenne devrait ajourner les négociations sur le projet de directive sur les sources d’énergie renouvelables dans l’attente des résultats d’une recherche indépendante sur les effets directs et indirects de la production de biocarburants ». C’est ce que viennent de faire valoir dans un communiqué commun les représentants de différentes industries agroalimentaires allant de la confiserie à la meunerie en passant par le sucre et les huiles végétales. Ces derniers affirment que l’obligation d’incorporer un objectif de 10 % d’agro-carburants dans les carburants d’ici à 2020 ne peut être respectée de manière durable et ne ferait que perturber l’approvisionnement de l’industrie en matières premières et contribuer à l’augmentation des prix agricoles.
Les représentants de Caobisco (chocolat et confiseries), Imace (graisses végétales), AIBI (boulangerie industrielle), Ceereal (céréales pour petit déjeuner), Cofalec (industrie de la levure), Fedima (ingrédients industriels de la boulangerie), Gam (meunerie), Unafpa (fabrication de pâtes) et CIUS (industries utilisatrices de sucre), tous se disent préoccupés par le fait que les 10% obligatoire d’agro-carburants retenus pour cible par l’UE dans les carburants utilisés pour les transports d’ici à 2020 pourraient avoir « des conséquences négatives non intentionnelles » sur leurs secteurs respectifs.
Un « frein » à la compétitivité de l’industrie
Selon eux, la première génération des agro-carburants est fabriquée à partir d’huiles végétales, de canne à sucre, de céréales et de leurs dérivés, « qui sont des matières premières clé pour nos industries ». Associée à une demande croissante pour les produits agricoles et l’irrégularité des conditions climatiques, la politique officielle visant à produire de plus en plus d’agro-carburants aurait, à leur avis, contribué considérablement à l’augmentation spectaculaire des prix des matières premières dans le monde. « La question de la cible obligatoire de 10 % pour chaque Etat membre de l’UE pose un problème non seulement à nos industries mais à beaucoup d’autres parties intéressées. Pour nous c’est une intervention économique que l’on ne peut pas accepter », explique à Agra alimentation David Zimmer, le secrétaire général de Caobisco (Association des industries de la chocolaterie, biscuiterie-biscotterie et confiserie). « Nous sommes,dit-il, pour la concurrence entre les produits mais ce qui importe le plus pour nous c’est de pouvoir assurer l’approvisionnement de nos industries en matières premières ».
Des études convergentes
Selon le secrétaire général, différents organismes scientifiques se sont dit gravement préoccupés au sujet des objectifs fixés pour les agro-carburants dans les carburants mais la Commission européenne n’a pas pris la peine d’en tenir compte. Ainsi le Centre commun de recherche européen d’Ispra (CCR) se serait interrogé sur la politique globale des agro-carburants en indiquant que les coûts des agro-carburants l’emporteraient presque à coup sûr sur les avantages. L’Agence européenne de l’environnement aurait de son côté déclaré que la cible trop ambitieuse affichée de 10 % est une expérience dont les effets non intentionnels sont difficiles à prévoir et à contrôler.
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Ces conclusions seraient également soutenues par un nombre toujours croissant d’études internationales faisant autorité et confirmant les risques potentiels des agro-carburants pour la sécurité alimentaire et le développement durable.
En tout cas, l’impact de la production d’agro-carburants sur la compétitivité de l’industrie alimentaire européenne aurait été analysé par l’Université de Bologne, pour la DG « Entreprises » de la Commission européenne, et aurait conclu à des conséquences importantes sur les prix suite à une forte augmentation de la demande de produits agricoles de base ainsi qu’à une baisse de la compétitivité de l’industrie alimentaire. Cette étude pronostique une augmentation des coûts de production qui devrait à terme être supportée par les consommateurs.
Les Verts à la rescousse
Ces lacunes, affirment les lobbies de l’agroalimentaire pour ceux qui seraient encore sceptiques, « ont été confirmées par le projet de rapport de l’eurodéputé luxembourgeois Claude Turmes (Verts/ALE) sur la proposition de directive relative à la promotion de l’utilisation de l’énergie à partir de sources renouvelables ». Ce rapport préconise l’abandon de l’objectif de 10 % de biocarburants dans les transports. Selon le député, « la biomasse doit s’orienter vers des domaines non contestés et des technologies de conversion telles que les biogaz et la biomasse produisant de l’électricité et du chauffage, lesquelles sont de loin plus efficaces que les agro-carburants de première et seconde génération ». La commission de l’industrie, des transports et de l’énergie du Parlement européen devrait voter son rapport le 16 juillet et le vote en plénière (codécision, 1 ère lecture) est prévu pour septembre L’avis de Claude Turmes n’est pas partagé par tout le monde car au sein même de la Commission des transports et de l’énergie du Parlement l’objectif de 10% d’agro-carburants n’est pas contesté par la plupart des membres.. Les représentants de l’industrie agroalimentaire estiment enfin que si par malheur les négociations sur le projet de directive devaient être lancées, « des mandats clairs devraient être prévus afin de permettre à la Commission d’intervenir dans le domaine des biocarburants sur les marchés alimentaires afin d’alléger les situations de crise ». Ils invitent par ailleurs les institutions de l’UE à stimuler la R & D « pour la fabrication de biocarburants de seconde génération qui soient commercialement disponibles et à promouvoir les sources d’énergie renouvelables autres que les agro-carburants ».