Suite au lancement des négociations sur le Brexit, les représentants de l’industrie alimentaire et des boissons de l’UE plaident pour que les décideurs politiques européens fassent de leur mieux pour limiter tout impact commercial négatif liée au départ du Royaume-Uni sur les entreprises européennes du secteur.
Le 29 mars 2017, la Première ministre britannique, Theresa May, a officiellement déclenché l’article 50 du Traité de Lisbonne pour lancer les négociations pour la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Les deux parties ont vingt-quatre mois pour négocier les conditions de cette sortie. Des conditions qui ne laissent pas indifférents les représentants de l’industrie agroalimentaire et des boissons de l’UE. "Le commerce des produits alimentaires et des boissons de l’UE-27 avec le Royaume-Uni s’élève à environ 45 milliards d’euros, ce qui en fait notre principal partenaire commercial. Les échanges dans les deux sens seront grandement affectés par le retrait du Royaume-Uni, avec des conséquences économiques qui restent encore à déterminer", a déclaré Mella Frewen, la directrice générale de FoodDrinkEurope, le lobby de l’industrie agroalimentaire de l’UE. "Le temps est venu pour les deux parties de s’engager dans des négociations significatives, pour donner des assurances aux citoyens et aux entreprises européennes. Nous encourageons les négociateurs à travailler pour le meilleur des accords, un accord qui puisse maintenir les barrières de toute sorte à un niveau minimum absolu », a-t-elle souligné. La dirigeante irlandaise estime qu’en tant que plus grande industrie manufacturière de l’UE, le secteur de l’alimentation et des boissons doit être considéré comme une priorité dans les prochaines négociations. Selon elle, réduire l’incertitude est essentiel pour les affaires en cours, pour la croissance et pour les investissements. Assurer le moins possible de perturbation dans le commerce des matières premières, des ingrédients et des produits alimentaires et des boissons ainsi que minimiser les divergences réglementaires, seront des éléments cruciaux dans les négociations pour l’industrie agroalimentaire européenne. Aux yeux de Mella Frewen, il sera indispensable de disposer de suffisamment de temps pour passer à de nouveaux dispositifs pour les chaînes d’approvisionnement hautement intégrées et sophistiquées qui existent actuellement dans l’industrie alimentaire de l’UE
Le vin : une relation spéciale entre l’UE et le Royaume-Uni
Les négociations sur le Brexit sont également une priorité pour l’industrie du vin de l’UE. Par la voix du CEEV (Comité européen des entreprises de vin), le secteur européen du vin plaide aussi pour la sécurité juridique et pour le maintien d’un flux commercial harmonieux entre l’UE et le Royaume-Uni. "Les vins de l’UE et les consommateurs britanniques ont eu une relation spéciale pendant des siècles et continueront de l’avoir malgré le Brexit. Avec les vins de l’UE qui représentent environ 55 % des importations de vins au Royaume-Uni, il ne fait aucun doute que le marché du Royaume-Uni revêt une importance capitale pour les producteurs de vins de l’UE et que les Britanniques apprécient vraiment les vins européens », a déclaré Jean-Marie Barillère, le président du CEEV. Pour Ignacio Sanchez Recarte, le secrétaire général du CEEV, "l’objectif global du CEEV est de veiller à ce qu’il n’y ait pas de perturbation des flux commerciaux du vin entre le Royaume-Uni et l’UE à 27". Celui-ci estime que pour permettre aux entreprises et aux administrations de s’adapter au nouveau système de relations commerciales – futur accord de libre-échange entre l’UE et le Royaume-Uni –, il sera fondamental que les dirigeants des deux côtés de la Manche s’entendent sur une période transitoire et sur un calendrier qui réduirait autant que possible l’incertitude.
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Le Copa-Cogeca inquiet des conséquences financières
Le Copa-Cogeca a également exprimé des préoccupations quant à l’impact que le Brexit aurait sur les agriculteurs et les coopératives agricoles de l’UE. Pekka Pesonen, secrétaire général du Copa-Cogeca, a notamment indiqué : « Avec cette décision du gouvernement britannique, nous estimons que les agriculteurs et les entreprises agricoles de part et d’autre de la Manche seront durement touchés. Les consommateurs, qui ont jusqu’à présent bénéficié d’un excellent choix de produits de qualité de toute l’UE, en ressentiront eux aussi l’impact ». Il a rappelé que le Royaume-Uni est importateur net de produits agroalimentaires, pour une valeur de 57 milliards d’euros et qu'en même temps, 60 % des exportations agroalimentaires britanniques (viande bovine, agneau, volaille, produits laitiers, céréales) – ce qui représente une valeur de 11 milliards de livres sterling pour l’économie du Royaume-Uni – vont vers le marché de l’UE à 27. Comme en plus le Royaume-Uni est un contributeur net au budget communautaire, cela suscite aux yeux du leader du Copa-Cogeca « de graves préoccupations concernant l’impact commercial et budgétaire potentiel du Brexit sur les agriculteurs européens et leurs coopératives ». Il estime que les agriculteurs et leurs familles ne devraient pas avoir à payer le prix du Brexit et il attend du gouvernement britannique qu’il honore ses engagements dans le cadre budgétaire actuel de l’UE, ainsi qu’envers les programmes européens auxquels il a souscrit et qui s’étendent au-delà de 2020. Selon Pekka Pesonen, il conviendrait de trouver des solutions pour maintenir le budget actuel de la politique agricole commune (Pac), laquelle représente pour le moment moins de 1 % des dépenses publiques totales des gouvernements de l’UE et assure en retour un approvisionnement en denrées alimentaires de qualité pour 500 millions de consommateurs tout en permettant de préserver la biodiversité, la croissance et l’emploi. Toute perturbation du commerce agricole devrait également être évitée. Faute de quoi, les agriculteurs et leurs coopératives devront au final payer doublement pour le Brexit, aussi bien en termes budgétaires que commerciaux. Cela pourrait nuire à l’ensemble de l’économie européenne, avec des répercussions négatives sur la croissance et l’emploi.