L’offre européenne pour un accord de libre-échange avec les pays du Mercosur, déjà jugée très audacieuse par les industriels, ne semble pas suffire. Les négociations avancent dans le domaine des services et des marchés publics, mais pour les questions agricoles, les pays d’Amérique latine se montrent intraitables.
Après les discussions de ces derniers jours, des « progrès sûrs » ont été accomplis dans les négociations avec l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay, s’est félicité Pascal Lamy, le 13 juin. Mais à quel prix ! Alors que l’industrie agroalimentaire dénonce l’opacité des négociations entre l’Union européenne et le Mercosur, le peu d’informations qui filtre sur les propositions réciproques inquiète les lobbies. Car les pays d’Amérique latine jugent l’offre agricole et agroalimentaire faite par l’Union européenne trop timide. Ils lui demandent d’aller au-delà.
Démantèlement des protections douanières
Dans le secteur des fruits et légumes transformés par exemple, le Mercosur souhaiterait des assouplissements aux normes de sécurité alimentaire, et notamment la possibilité d’exporter des produits transformés issus d’une agriculture qui ne respecte pas les règles phytosanitaires de l’Europe. Dans le domaine des fruits et légumes, la Commission aurait déjà concédé un véritable démantèlement des protections douanières. Les jus de fruits, d’orange et de pomme, pourraient être frappés de plein fouet par une concurrence plus vive encore des produits brésiliens.
Le scénario se répète pour les produits laitiers. Le Mercosur ne se satisferait pas des contingents d’importation supplémentaires octroyés par l’Europe. Comme pour les négociations à l’OMC, l’Amérique latine demande à l’Union européenne de réduire ses soutiens à la production. Restitutions, aide à la caséine… les soutiens à la production sont dans le collimateur. Déjà l’Europe serait prête à augmenter ses contingents pour le beurre de 4 000 tonnes, de 20 000 tonnes pour les fromages et de 13 000 tonnes pour le lait concentré.
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Détermination
A l’issue des discussions du week-end dernier, le chef de la diplomatie brésilienne a montré sa détermination à obtenir de nouvelles concessions. « On a beaucoup avancé en matière de service et encore trop peu sur les subventions agricoles», déplore-t-il. De même un responsable argentin demande « un concept clair de réciprocité de la part de l’UE en terme d’accès aux marchés pour les produits où le Mercosur a de l’intérêt».
En tout état de cause, les propos de ces responsables politiques trouvent leur écho inverse en Europe. La France ne manque pas une occasion pour dénoncer la stratégie de Bruxelles dans les négociations Mercosur. Pas une occasion non plus pour faire part de sa préoccupation due au déséquilibre entre les offres révisées des deux parties. Quoi qu’il en soit, les négociations devraient se poursuivre avec l’objectif de parvenir à un accord dès le mois d’octobre 2004.