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UE/Profils nutritionnels L’industrie de la boulangerie veut des exemptions pour les produits traditionnels

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« Nous, professionnels de la boulangerie/pâtisserie européenne, demandons que vous publiiez une déclaration clarifiant que les produits alimentaires traditionnels non destinés au commerce transfrontalier soient exemptés des dispositions prévues sur les profils nutritionnels dans le cadre du règlement sur les allégations nutritionnelles et de santé sur les denrées alimentaires » (1). C’est ce que viennent de réclamer les professionnels européens de la boulangerie et de la pâtisserie dans une lettre adressée au nouveau commissaire européen à la politique des consommateurs, John Dalli.

Dans une lettre adressée le 9 avril au nouveau commissaire européen responsable de la santé et de la politique des consommateurs, le Maltais John Dalli, la Confédération européenne des organisations nationales de la boulangerie et de la pâtisserie (Cebp), réclame carrément la suppression de l’article 4 du règlement 1924/2006 (1) sur les profils nutritionnels ou à tout le moins une dérogation à l’obligation d’établir des profils nutritionnels des valeurs nutritives de leurs produits artisanaux. En termes simples, l’article 4 de ce règlement prévoit la définition de profils nutritionnels qui devront déterminer si les aliments sont autorisés ou non à porter des allégations nutritionnelles et de santé sur la base de leur composition d’éléments nutritifs. Dans la plupart des cas, les consommateurs pensent que les produits porteurs de certaines allégations sont « meilleurs pour leur santé et leur bien-être ». Toutefois, pour le moment, une denrée alimentaire qui est riche en matières grasses, en sel et (ou) en sucre peut quand même utiliser des allégations du type « riche en vitamine C« ou « riche en fibres », même si ses bénéfices globaux en termes de santé et de nutrition sont faibles. Les profils nutritionnels visent justement à protéger les consommateurs contre des informations potentiellement trompeuses de ce type, en contrôlant les allégations nutritionnelles et de santé.

Non à l’uniformisation des quantités de sel dans les baguettes !
Comme les produits de la boulangerie et de la pâtisserie sont souvent accusés de contenir soit trop de sel soit trop de matières grasses (dans des proportions qui dépassent en tout cas les limites recommandées par les organismes internationaux comme par exemple l’OMS), on peut comprendre l’activisme actuel de l’industrie de la boulangerie auprès de la Commission européenne, à qui, rappelons-le, revient la charge d’établir ces fameux profils nutritionnels qui détermineront les critères que les denrées alimentaires devront respecter avant de pouvoir mentionner des allégations nutritionnelles ou de santé. Rappelant que leur industrie regroupe plus de 190.000 PME et offre des emplois à plus de 1,9 million de personnes, les boulangers européens considèrent que le débat actuel sur les profils nutritionnels « ignore totalement la diversité et la richesse des habitudes culinaires des États membres » (2). Ils citent volontiers l’exemple de l’Allemagne qui, à elle seule, compterait plus de 300 sortes de pain. « S’il devait respecter la quantité de sel imposée par le législateur européen, le boulanger traditionnel, qui se démarque par la qualité de sa recette originale, perdrait alors sa créativité et sa liberté individuelle. Alors que c’est justement en raison de la diversité de ses traditions boulangères et pâtissières que l’Europe est unique », s’exclament les dirigeants de la Confédération européenne des organisations nationales de la boulangerie et de la pâtisserie. Accusant la Commission européenne de vouloir « uniformiser la quantité de sel présente dans toutes les variétés de pain vendues aux quatre coins de l’UE », celle-ci précise que les nutriments naturels « tels que le sel/sodium, les matières grasses et le sucre sont indispensables à l’être humain et que les produits de substitution chimiques, par exemple pour le sel, ne peuvent pas constituer une alternative valable ».

(1) Règlement 1924/2006 sur les allégations nutritionnelles et de santé portant sur les denrées alimentaires.
(2) La Commission européenne reconnaît elle-même que la définition de profils nutritionnels est un « exercice complexe » qui doit prendre en compte tout un ensemble d’éléments: recommandations diététiques, considérations de santé publique mais également des preuves scientifiques concernant la relation entre l’aliment, la nutrition et la santé mais également des considérations industrielles ou commerciales (innovation), culturelles et bien sûr diététiques et culinaires.

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