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Sucre/UE L'industrie de la confiserie dénonce le prolongement du système des quotas

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En votant en faveur d'un prolongement des quotas sucriers jusqu'en octobre 2020, les eurodéputés sapent les perspectives d'un marché européen du sucre équilibré et d'une industrie alimentaire et des boissons européenne plus compétitive. Visiblement déçus par le vote de la commission de l'agriculture du Parlement européen sur le volet « sucre » de la réforme de la PAC, les industries utilisatrices de sucre de l'UE ne décolèrent pas et envisagent – d'ici le vote en session plénière du Parlement sur la réforme de la PAC en mars 2013 – de maintenir la pression aussi bien sur les eurodéputés que sur les Etats membres afin de leur expliquer que « prolonger les quotas sucriers n'est pas la solution ».

« Nous avons besoin d'un marché du sucre équilibré, stable et équitable, fondé sur la concurrence, la production nationale durable et complété par des importations dans la mesure où cela est nécessaire. Le vote de la commission de l'agriculture du Parlement européen le 23 janvier ne fait rien pour soutenir cet objectif. Nous sommes vraiment déçus ». Robert Guichard, le président du Comité des industries utilisatrices de sucre de l'UE (CIUS) veut faire comprendre à qui veut bien l'entendre que les députés de la commission de l'agriculture du PE « ont envoyé un mauvais signal à l'un des secteurs de fabrication européens les plus importants aujourd'hui». Selon lui, le vote des eurodéputés affaiblirait « les perspectives de création de nouveaux emplois et de croissance au sein de la chaîne d'approvisionnement alimentaire, lesquels dépendent de la compétitivité de l'industrie ». Pour Muriel Korter, la secrétaire générale du CIUS, prolonger le système des quotas sucriers à l'année 2020 reviendrait « à rouvrir une prochaine négociation pour une prochaine réforme de la Pac ». Elle appelle le Parlement européen à reprendre ses esprits et à « s'engager sur une date précise de la fin du régime communautaire des quotas de sucre » et, en tout cas, « bien avant 2020 ». La responsable du CIUS explique à Agra Alimentation que – d'ici le vote de la plénière du Parlement européen sur la réforme de la Pac à la mi-mars 2013 –, le lobby des industries utilisatrices de sucre va poursuivre ses explications en direction de l'ensemble des eurodéputés, des différents Etats membres ainsi que des associations nationales membres, avec l'objectif de leur faire prendre conscience que « prolonger le système des quotas n'est pas la solution ». Dans l'espoir bien sûr qu'il y ait « suffisamment d'écoute pour que le vote des membres de la commission Agri du 23 janvier 2013 ne soit pas confirmé par la majorité des eurodéputés».

Exercice d'explication un brin périlleux

Il faudrait peut-être préciser que bon nombre d'industriels n'ont pas été surpris par le vote de la commission Agri dans la mesure où, disent-ils, « un grand nombre de ses membres a des liens plus ou moins étroits avec le monde agricole, en particulier avec les betteraviers ». Ce qui fait dire à d'aucuns que « l'exercice d'explication » du CIUS pour changer le cours des choses dans les semaines à venir ne sera pas de tout repos dans la mesure où, jusqu'ici, les Etats membres partisans d'une libéralisation du marché sucrier se comptent sur les doigts d'une seule main (Royaume-Uni, Danemark, Suède) et ont en face d'eux plusieurs grands producteurs de betteraves comme la France, l'Allemagne, les Pays-Bas ou encore la Belgique qui, au contraire, ont applaudi le vote des membres de la commission Agri du Parlement européen. Pourtant, au niveau du CIUS, on continue d'affirmer que « plusieurs États membres de l'UE seraient encore indécis et n'auraient pas encore pris une position définitive sur le dossier du sucre et qu'ils pourraient « encore changer de position s'ils obtenaient des compensations dans l'un ou l'autre domaine de négociations de la réforme de la Pac ».

70 % des achats de sucre assurés par les industries utilisatrices

Les industries membres du CIUS se plaisent à rappeler qu'elles achètent « près de 70% de la production annuelle européenne de sucre pour l'utiliser dans les produits alimentaires et pour les boissons, à la fois pour le marché intérieur et pour l'exportation. Elles rappellent aussi que le système actuel des quotas sucriers a entraîné « des pénuries majeures d'approvisionnement et les prix non concurrentiels ». Pire, « à cause du système des quotas », la production européenne de sucre de betterave « serait aujourd'hui inférieure de 20 % par rapport à la demande européenne ». Les prix du sucre de l'UE auraient, quant à eux, « augmenté de 47 % entre octobre 2010 et octobre 2012 en raison de pénuries artificielles ». Des prix qui seraient aujourd'hui « 50 % plus élevés que ceux du marché mondial, en dépit d' une baisse des coûts de production». De plus, avec la croissance des populations mondiales, la demande mondiale de sucre et de produits contenant du sucre « augmenterait plus vite que l'offre mondiale, tout comme pour la plupart des catégories alimentaires ». Le CIUS estime que le Parlement européen serait mieux avisé « d'aider et non d'entraver les producteurs européens dans leurs efforts à répondre à la demande mondiale croissante ».

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