Les fabricants de levure de panification redoutent l’impact à la baisse de la réforme de l’OCM pour la production de mélasse en Europe. Cette industrie européenne, qui compte des leaders mondiaux comme Lesaffre, demande à Bruxelles des mesures limitant la capacité des fabricants de bioéthanol à accaparer ce sous-produit de l’industrie du sucre en voie de raréfaction.
C’est un dégât collatéral de la réforme de l’OCM sucre que dénonce l’industrie de la levure européenne. Alors que le Parlement de Strasbourg a entamé, le 17 janvier, des discussions sur la refonte du régime, suite à l’accord entre les ministres de l’Agriculture du 24 novembre dernier, le Cofalec (Comite des fabricants de levure de panification) s’inquiète des conséquences de la restructuration de la filière pour la quantité de mélasse disponible.
« Distorsion de concurrence grave »
Selon Gérard Blin, son président, « la réforme va conduire à une réduction de la production de mélasse de l’ordre de 1 million de tonnes ». Ce qui représente grosso modo la consommation totale de l’industrie de la levure. Il ne resterait plus en Europe que quatre millions de tonnes de mélasse environ, un volume à partager entre l’industrie des aliments pour animaux, l’alcool de bouche et les fabricants de bioéthanol notamment.
C’est insuffisant, prévient Gérard Blin, qui redoute une augmentation des prix de la mélasse comprise entre 15 et 50%. Et ce d’autant plus qu’au-delà d’un certain niveau du cours, « les fabricants de levure ne pourront plus payer », estime le président du Cofalec. Il dénonce une « distorsion de concurrence grave » due aux soutiens, par les pouvoirs publics à la filière bioéthanol qui pourrait accaparer la mélasse.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
CA de 800 millions d’euros
Le Cofalec réclame, sans succès pour le moment, l’interdiction de l’utilisation de la mélasse pour la fabrication de bioéthanol. Et ce d’autant plus qu’il n’existe pas de recours à l’exportation : « Le marché de la mélasse se réduit parce que les pays en développement utilisent de plus en plus cette matière première pour leur propre fabrication », s’inquiète M. Blin qui cite en exemple l’Inde passée très rapidement du rôle d’exportateur à celui d’importateur net.
L’industrie de la levure en Europe est la plus puissante au monde. Elle représente un chiffre d’affaires de l’ordre de 800 millions d’euros et 8 000 emplois directs. Quelque 40 % de la production communautaire de levure sont exportés, notamment par le Français Lesaffre.