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Réglementation/Etiquetage L’industrie de la viande persiste contre l’étiquetage obligatoire du pays d’origine

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Le lobby de l'industrie de la transformation de viandes de l'UE (Clitravi) et le secteur du commerce des viandes de l'UE (Uecbv) s'opposent fermement à l'extension du modèle d'étiquetage obligatoire de l'origine de la viande de bœuf aux autres viandes (porc, volailles, etc.) notamment pour des raisons de coûts financiers et pour des raisons pratiques. Une position qui est à l’opposé de ce que demande en France l’interprofession du bétail et des viandes qui demande « sans retard » l’étiquetage d’origine des plats préparés à base de viande. Une demande relayée à Bruxelles par Benoît Hamon, ministre délégué en charge de la Consommation.

Les industries et commerces européens des viandes sont toujours vent debout contre le projet d’étiquetage obligatoire de l’origine des viandes. Ainsi, le Centre de liaison des industries transformatrices de viandes de l'UE vient de redire son opposition à la mise en application du règlement n° 1169/2011 (Information des consommateurs sur les denrées alimentaires). « C'est une gabegie administrative que de mettre en place des exigences qui sont impossibles ou très difficiles à réaliser pour les opérateurs. Cela peut également alimenter chez les consommateurs des attentes qui ne pourraient pas être satisfaites mettant ainsi en péril la confiance des consommateurs », indique-t-on à Clitravi. Une telle mesure aura « un impact direct sur la compétitivité des opérateurs du secteur alimentaire » car, souligne-t-il, « plus on leur demandera de fournir des détails sur l'origine plus ils devront adapter leurs procédures internes pour séparer les origines pour se conformer aux exigences ». Dans une position commune avec l'Uecbv (Union européenne du commerce du bétail et des métiers de la viande), Clitravi rejette ce qu'il considère comme « des règles disproportionnées qui ne peuvent pas être respectées dans la pratique par les opérateurs ». Les deux lobbies européens demandent à l'Union européenne de faire « une distinction claire entre les mesures qui visent à assurer la traçabilité des viandes et celles qui assurent leur authenticité ».
De toutes les façons les deux organisations s'opposent obstinément à l'extension du modèle d'étiquetage obligatoire de la viande de bœuf aux autres viandes (porc, volailles, etc...). Tout au plus elles accepteraient une indication obligatoire de l'origine ne mentionnant que « le lieu de l'élevage et de l'abattage » des animaux. Elles estiment aussi que les exploitants du secteur alimentaire devraient avoir le choix entre deux options: soit mentionner « origine UE/Hors UE » ou « nom de l'Etat membre» ou « nom des Etats membres » impliqués. Mieux : le choix des opérateurs industriels devra également prendre en considération divers facteurs, parmi lesquels les caractéristiques commerciales des entreprises, les exigences pour le consommateur final ainsi que la complexité de l'étiquetage des éléments particuliers tels que les viandes hachées et le parage des viandes. En effet, aux yeux des deux lobbies européens, les viandes hachées et les préparations de viandes – comme par exemple les hamburgers et les saucisses fraîches – devraient dans tous les cas être exemptés de l'exigence d'étiquetage obligatoire de l'origine.
 
Des mesures dérogatoires pour les viandes utilisées en ingrédients
Clitravi et l'Uecbv réclament également des dérogations à l'indication obligatoire du pays d'origine pour la viande utilisée comme ingrédient. S’ils reconnaissent que conformément au règlement 1169/ 2011 relatif à l'information des consommateurs sur les denrées alimentaires, l'indication obligatoire du pays d'origine ou du lieu de provenance de la viande utilisée comme ingrédient peut être demandée (art. 26.3), les industriels de la viande estiment toutefois que « l'indication d'origine de la viande comme ingrédient devrait rester volontaire ». Les raisons principales pour lesquelles l'origine des ingrédients doit rester volontaire, selon eux, est que l'approvisionnement en ingrédients est « multiple (mélanges de viandes) et peut changer souvent en raison de facteurs tels que la disponibilité saisonnière , la qualité, le prix et la durabilité ». Les deux lobbies considèrent que – pour de répondre aux attentes de leurs consommateurs – « les industriels sont déjà en mesure de donner des informations sur l'origine des ingrédients sur une base volontaire ». Ces derniers devraient également être en mesure de « choisir la meilleure option pour répondre aux attentes des consommateurs en ce qui concerne le prix, le goût et la qualité ». In fine, rappellent-ils, les industriels « sont soumis au principe général prévoyant l'indication obligatoire du pays d'origine ou du lieu de provenance d'une denrée alimentaire lorsque son omission est susceptible d'induire en erreur le consommateur, quant au véritable pays d'origine ou du lieu de provenance réel du produit ».
 
Les Français militent pour une obligation élargie de l’étiquetage
Reçus le 6 septembre à Bruxelles par le commissaire européen à la santé des consommateurs, Tonio Borg, huit députés et sénateurs français et le ministre chargé de la Consommation, ont demandé que la Commission aille plus loin en étendant l’obligation de mentionner l’origine des viandes aux plats cuisinés. Ils se sont vus confirmer que cette extension aux viandes fraîches autres que le bœuf (porc, volaille...) sera mise en place d'ici la fin 2013 sur la base du volontariat dans un premier temps, puis rendue obligatoire à partir de décembre 2014. Le commissaire maltais a également indiqué à la délégation française que le rapport de la Commission européenne sur l'étiquetage de la provenance de la viande dans les produits transformés sera présenté dans la 2e quinzaine du mois d'octobre 2013. Ce rapport sera transmis au Parlement européen et au Conseil des ministres afin d'entamer une discussion sur les suites à lui donner, notamment sur la question d'une éventuelle extension de l'étiquetage obligatoire de l'origine aux viandes transformées. Tonio Borg a par ailleurs pris note de la volonté exprimée par une partie de ces parlementaires et sénateurs français – d'adopter dès cette année 2013 – un amendement qui obligerait la France à imposer cet étiquetage obligatoire.
De son côté, dans un communiqué du 10 septembre, Interbev, l'Association nationale interprofessionnelle du bétail et des viandes, a salué cette décision de la Commission Européenne d'étendre comme pour le bœuf, l'obligation de spécifier l'indication d'origine des viandes de porc, de volaille et d'agneau. Toutefois, l’interprofession s’inquiète des suites qui pourraient être données à la remise du rapport d'opportunité et de faisabilité pour rendre obligatoire l'étiquetage de la mention d'origine des viandes des plats transformés. En effet, ce rapport demandé par la Commission Européenne ne doit pas minimiser l'urgence d'assurer aux consommateurs l'accès à une information la plus complète possible. Elle réitère sa demande formulée depuis 6 mois que les mentions obligatoires sur le pays d'origine de la viande soient étendues aux préparations à base de viande.

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