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ETIQUETAGE DE L'ORIGINE/UE L'industrie déplore le vote du Parlement exigeant une proposition de loi

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La résolution du Parlement européen appelant à l'étiquetage obligatoire de l'origine de certains aliments, comme les produits laitiers et les produits carnés, pourrait avoir un impact sérieux sur la compétitivité des entreprises, sur les prix des matières premières et donc sur les prix à la consommation. Telle est la réaction de FoodDrinkEurope, le porte-voix de l'industrie agroalimentaire de l'UE, suite au vote d'une résolution de l'Assemblée européenne qui incite une nouvelle fois la Commission européenne à légiférer en matière d'étiquetage obligatoire de l'origine de certains aliments.

Dans une résolution non contraignante adoptée le 12 mai 2016, par 422 voix pour, 159 contre et 68 abstentions, le Parlement européen a de nouveau invité la Commission européenne à présenter des propositions législatives imposant l'étiquetage obligatoire du pays d'origine ou du lieu de provenance des viandes mineures, de la viande dans les aliments transformés, du lait destiné à la consommation directe et des produits laitiers. Selon les eurodéputés, « l'étiquetage obligatoire aiderait à maintenir la confiance des consommateurs vis-à-vis des produits alimentaires en rendant la chaîne alimentaire plus transparente ». La Commission européenne est invitée à faire appliquer l'indication obligatoire du pays d'origine ou du lieu de provenance en ce qui concerne tous les types de lait destinés à la consommation directe, les produits laitiers et les produits à base de viande, et à envisager la possibilité d'étendre cette indication aux autres produits alimentaires contenant un ingrédient unique ou un ingrédient majoritaire. Afin de mieux informer les consommateurs européens dans la foulée du scandale de la viande de cheval et d'autres cas de fraude alimentaire, et afin de rendre la chaîne alimentaire plus transparente, l'indication de l'origine de la viande dans les aliments transformés devrait également être rendue obligatoire, indique le texte de la résolution parlementaire. Les députés soulignent que 84 % des citoyens de l'UE estiment nécessaire d'indiquer l'origine du lait (selon un sondage Eurobaromètre de 2013), que 88 % considèrent un tel étiquetage nécessaire pour la viande (autre que la viande bovine, porcine, ovine, caprine et la viande de volaille, déjà couverte) et plus de 90% considèrent un tel étiquetage important pour les aliments transformés (selon un rapport de la Commission de 2013).

DEMANDES « IRRÉALISTES ET POPULISTES » SELON LE PPE

Comme lors du vote des résolutions précédentes, une majorité du groupe PPE a voté contre la résolution du 13 mai 2016. Dans un communiqué, le PPE a dénoncé les « demandes irréalistes et populistes » du Parlement, qu'il juge également « protectionnistes ». Il met en garde, par la voix de la conservatrice allemande, Renate Sommer, contre les coûts supplémentaires que représenteraient ces nouvelles indications pour les fermiers et les PME, « alors que les consommateurs ne sont pas en mesure d'accepter des prix alimentaires plus élevés et qu'ils ne sont pas intéressés par l'indication du pays d'origine ». Le PPE cite en exemple les frais que devraient assumer les opérateurs laitiers qui collectent le lait dans différents pays et qui seraient contraints d'avoir des camions citernes, des systèmes de refroidissements et des installations différentes pour chaque volume de lait provenant d'un pays différent. « Mensonges que de dire que l'étiquetage obligatoire de l'origine des produits alimentaires entraînerait des surcoûts dits colossaux pour les entreprises », réplique de son côté le socialiste belge, Marc Tarabella. Selon ce dernier, les entreprises effectuant déjà cet étiquetage « ont vu leur coût augmenter de 0,67% seulement. Ainsi un hachis parmentier à 3,14 euros n'en coûterait en fin de compte que 3,16 euros… Il en irait de même avec des raviolis, des pizzas au jambon ou de tout autre plat avec de la viande ». Le député belge rappelle que l'étiquetage de l'origine est déjà obligatoire pour la viande fraîche et que « absolument rien n'empêche que ce soit aussi le cas pour les plats préparés et pour le lait ».

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Industrie agroalimentaire
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VIDE PRÉOCCUPATION DE L'INDUSTRIE

De leur côté, après ce vote du Parlement européen à Strasbourg, les dirigeants de l'industrie agroalimentaire ont réitéré « leur vive préoccupation » quant à l'impact d'une telle exigence pour les entreprises, les consommateurs et l'environnement. « Les entreprises de toute l'Europe, petites et grandes, seraient affectées négativement. Les petites et moyennes entreprises (PME), qui représentent 99% de l'industrie agroalimentaire européenne, et en particulier celles qui sont situées dans les régions frontalières, sont susceptibles de ressentir l'impact encore plus », estime dans un communiqué, FoodDrinkEurope, le lobby de l'industrie. Celui-ci souligne que, « contrairement à ce qui est revendiqué dans la résolution parlementaire, les coûts augmenteraient pour les aliments « peu transformés », en particulier lorsque les ingrédients sont importés de différentes sources et dont l'origine varie fréquemment ». En outre, insiste-t-il, « des difficultés réelles existent quand on essaie de tracer une ligne entre ce qui est « légèrement transformé » et ce qui ne l'est pas, étant donné la complexité et la diversité des produits et des procédés alimentaires ». Selon FoodDrinkEurope, les fabricants d'aliments et de boissons européens fournissent déjà des informations sur l'origine de leurs produits et de leurs ingrédients « sur une base volontaire et lorsque cela est possible d'un point de vue opérationnel ». Car, soutiennent les industriels, « forcer les entreprises à mentionner le pays d'origine des ingrédients dans les aliments transformés nécessiterait des lignes de production et des lots différenciés selon les pays; cela réduirait la flexibilité d'acheter à partir de différentes sources, rendrait les chaînes d'approvisionnement alimentaire moins efficaces, rendrait la production plus coûteuse et créerait plus de déchets alimentaires ». Last but not least, un étiquetage obligatoire de l'origine pourrait également avoir « un impact sérieux sur les prix des matières premières et, en fin de compte, sur les prix à la consommation ». En d'autres termes, pour conserver leurs marges, les opérateurs agroalimentaires n'hésiteront pas à répercuter les coûts de production supplémentaires sur les consommateurs...