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Alcools/UE L’industrie des spiritueux contre un prix minimum pour les boissons alcoolisées

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Les mesures fixant un prix minimum pour les boissons alcoolisées envisagées par le gouvernement écossais, soutenues également par le gouvernement britannique, ne plaisent pas visiblement à l’industrie européenne des spiritueux. Celle-ci recommande à la Commission européenne de s’opposer à l’instauration d’un prix minimum pour les alcools et soutient qu’il y a d’autres moyens plus efficaces pour lutter contre la dépendance à l’alcool.

Pour diminuer les niveaux de consommation d’alcool, le gouvernement écossais a pris des mesures financières dissuasives en fixant un prix minimum pour les boissons alcoolisées (1). Il envisage de fixer un prix minimum par unité d’alcool (équivalent à 63 cents par verre d’alcool, soit environ 8 grammes d’alcool pur). Votée par le Parlement écossais, cette initiative est fortement soutenue par le gouvernement britannique qui voudrait par ce biais contrer les offres à bas prix qui attireraient les buveurs orgiaques (« binge drinkers »). La mesure pourrait donc être étendue à l’ensemble du Royaume-Uni et l’on parle même de projet similaire en Irlande. Conformément à la législation européenne applicable à tous les produits, la proposition écossaise de fixer un prix minimum pour les boissons alcoolisées a été notifiée par le gouvernement britannique à la Commission européenne qui devra faire savoir si cette mesure est compatible ou non avec le droit européen. Cela bien sûr ne fait pas l’affaire de l’industrie européenne des spiritueux qui crie au scandale.
 
« Un obstacle illégal au commerce libre »
Par l’intermédiaire de son lobby à Bruxelles, l’European Spirits Organisation, l’industrie des spiritueux exhorte la Commission européenne de s’opposer à cette proposition écossaise qualifiée « d’infâme ». Celle-ci considère qu’un tel prix minimum représenterait un « obstacle illégal au commerce », une discrimination inacceptable entre les entreprises sur le marché » et que cela aurait « une incidence majeure non pas sur les accros à l’alcool mais sur la grande majorité des gens qui n’abusent pas de l’alcool et ne réglera en aucune manière le problème de consommation nocive d’alcool qu’il se propose de résoudre ». Pire : il créerait « un précédent potentiellement dangereux pour les pays tiers qui pourraient bloquer l’entrée des produits européens sur leurs marchés ». Cette organisation craint que d’autres pays soient tentés d’adopter des mesures similaires en arguant de la « protection de la santé» pour bloquer les produits importés. Ce serait « catastrophique pour l’industrie européenne des boissons, la plus importante des exportations agro-alimentaires de l’UE», s’indigne le lobby des spiritueux. Sollicité par Agra Alimentation pour commenter cette affaire, Paul Skehan, le directeur général d’ESB nous a affirmé que « la réglementation européenne est claire : un prix minimum est un obstacle illégal au commerce. Nous partageons pleinement le combat contre l’abus d’alcool mais, selon nous, d’autres mesures plus efficaces peuvent être utilisées, sans créer d’obstacles au commerce ». Pour bien marquer son opposition, l’European Spirits Organisation irait même jusqu’à se joindre à la Scotch Whisky Association (SWA) qui a menacé d’introduire une action en justice en Écosse pour contester la légalité des mesures proposées par le gouvernement écossais.
 
(1) Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) le prix minimum est « une des mesures parmi les plus efficaces pour agir sur les niveaux de consommation et ses effets néfastes. Lorsque les prix baissent, la consommation augmente ». 

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