Une production de lait élevée en Europe et l'embargo russe provoque un afflux de lait liquide qui inquiète les industriels français. Syndilait appelle les consommateurs au patriotisme économique et va proposer un logo unique pour le lait fabriqué en France.
LES fabricants de laits de consommation sont « aujourd'hui en grand danger et risquent à terme de disparaître », alerte Syndilait, leur organisation professionnelle, dans un communiqué du 6 octobre. La filière est « confrontée à des conditions de marché de plus en plus difficiles, avec une guerre des prix entre distributeurs et un afflux croissant de laits d'importation qui déstabilisent la filière française », affirme Syndilait. Avec une production européenne abondante et un embargo russe sur les produits laitiers, des opérateurs étrangers essayent de pénétrer le marché tricolore en proposant des produits à bas coûts. Les importations devraient « bondir de 40 % », chiffre l'organisation, l'équivalent de 100 millions de litres de lait. « Nous commençons à observer une hausse des importations sur le second semestre, qui risque d'avoir de fortes répercutions sur notre filière qui opère sur un marché tendu », développe Giampaolo Schiratti, président de Syndilait et directeur général de Candia.
PEU DE VISIBILITÉ SUR LES PRIX
D'autant que les relations commerciales sont souvent tendues entre les transformateurs de lait et la grande distribution. « Jusqu'à cet été, les prix de vente à nos clients étaient en ligne avec le prix du lait. Mais suite à l'embargo russe, il y a un risque de dichotomie entre le prix de vente de nos produits et le prix d'achat du lait », explique Giampaolo Schiratti.
Pour les prochains mois, il affirme n'avoir « aucune visibilité ni sur le prix du lait, ni sur le prix de vente des produits laitiers ». Mais « les cotations du beurre et de la poudre ont chuté de plus de 30% en moins de deux mois, cela aura un impact sur le prix du lait », précise-t-il.
BIENTÔT UN LOGO POUR LE LAIT FRANÇAIS
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Il appelle « au patriotisme économique » et à « l'engagement citoyen des consommateurs pour choisir le lait français ». Sinon, « dans un an et demi, des producteurs auront arrêté, des entreprises auront fermé », craint-il. Pour guider le consommateur, les professionnels des laits de consommation « mènent actuellement une réflexion sur une démarche collective d'identification et de valorisation des laits collectés et conditionnés en France ». Elle doit aboutir avant la fin de l'année par la création d'un identifiant visuel. Pour l'instant, seule une estampille, peu visible, indique le pays d'origine. Et une multitude d'appellations se côtoient dans les rayons. L'objectif est donc d'avoir un seul logo pour le lait collecté et transformé en France, de marque nationales, de distributeurs, comme de premier prix.
Une quinzaine de sociétés conditionnent du lait de consommation sur une trentaine de sites répartis sur tout le territoire, selon Syndilait. « Au total, la filière représente environ 24 000 emplois : 6 000 emplois directs et environ 18 000 emplois indirects », chiffre le syndicat.
BONGRAIN VA BAISSER LE PRIX DU LAIT PAYÉ AUX ÉLEVEURS
Bongrain va baisser le prix d'achat du lait payé aux éleveurs, dénoncent plusieurs organisations de producteurs. L'entreprise va « appliquer un décrochage de 13,87 euros par 1 000 litres le prix du lait payé aux producteurs sur les mois d'octobre, novembre et décembre à venir », explique le groupement des producteurs de lait de la vallée du Dropt, dans un communiqué du 6 octobre. « Cette décision unilatérale ne passe pas », préviennent ces éleveurs de Dordogne, Gironde et Lot-et-Garonne, qui demandent à l'entreprise de « respecter le contrat qu'elle a signé ». Le 2 octobre, l'organisation de producteurs des Fromageries Perreault (Mayenne) et l'association des producteurs de lait Nord Aquitaine (Dordogne) avaient dénoncé la même baisse des prix. Bongrain a confirmé l'information à l'AFP, expliquant être en avance sur les prix du lait depuis le début de l'année et vouloir rééquilibrer les choses alors que « les prix reculent sur le marché depuis le début de l'année » et que « la baisse va se poursuivre au 4e trimestre ». « Jusqu'à présent, Bongrain a toujours respecté les indicateurs de marchés », explique Vincent Leblond, président de l'association des producteurs de lait Nord Aquitaine. « Mais d'autres industriels ne l'ont pas fait, et aujourd'hui on s'aligne sur le plus bas », regrette-t-il, dénonçant une rupture du contrat signé entre les éleveurs et l'industriel. L'entreprise a indiqué à Agra alimentation ne pas vouloir communiquer sur le sujet.