L’association européenne des producteurs de sel, EuSalt, salue le projet d’avis scientifique que vient d’établir l’AESA (Autorité européenne de sécurité des aliments) sur « les recommandations nutritionnelles en fonction du régime alimentaire » et selon lequel il n’est pas possible de généraliser au niveau européen des exigences en matière de consommation de sel.
En août 2008, le groupe scientifique de l’AESA a lancé une consultation publique sur son projet d’avis scientifique concernant les recommandations nutritionnelles en fonction du régime alimentaire. La consultation vise à rassembler toute nouvelle preuve scientifique pouvant contribuer à ce travail. Elle est ouverte jusqu’au 15 décembre 2008, mais dans ces premières constatations, l’AESA considère que les recommandations nutritionnelles doivent notamment « tenir compte de grandes disparités dans les habitudes alimentaires, elles-mêmes dues aux différences culturelles dans la prise des repas et aux fluctuations dans la disponibilité des produits alimentaires en Europe ».
Ne pas faire de généralisation
Le groupe scientifique de l’AESA sur les produits diététiques, la nutrition et les allergies (NDA) est chargé de donner un avis scientifique – à destination de la Commission européenne et des États membres – sur la meilleure façon de transposer des recommandations générales en termes de consommation de nutriments, en des conseils nutritionnels spécifiques, tout en tenant compte de la diversité de la population au sein de l’Union européenne et des différents pays. Ses premières conclusions constatent qu’il n’est pas possible d’établir des recommandations nutritionnelles détaillées et efficaces pouvant être appliquées globalement au sein de l’UE dans la mesure où « les priorités des autorités de santé publique en matière de régime alimentaire diffèrent selon les Etats membres ». Les recommandations doivent également tenir compte de grandes disparités dans les habitudes alimentaires, « elles-mêmes dues aux différences culturelles dans la prise des repas et aux fluctuations dans la disponibilité des produits alimentaires en Europe ». Raison pour laquelle le groupe scientifique de l’AESA a décidé de concentrer son avis sur le processus scientifique qui sous-tend la mise au point des recommandations nutritionnelles en fonction du régime alimentaire. Ces premières conclusions du projet d’avis scientifique soulignent que « les habitudes alimentaires des populations dans les différents Etats membres ont un impact considérable sur la santé publique, notamment en ce qui concerne le risque d’obésité et les troubles chroniques liés à l’alimentation tels que les maladies cardiovasculaires, le cancer et le diabète ». Le groupe scientifique recommande donc à chaque État membre d’analyser les problèmes de santé spécifiques à l’alimentation du pays afin d’adapter les recommandations nutritionnelles aux besoins de la population. Ces recommandations doivent également être testées afin de vérifier leur efficacité et leur effet positif sur l’équilibre alimentaire global. Les experts de l’AESA estiment que des recommandations scientifiques concernant la consommation de certains nutriments ou substances, traduites « en conseils alimentaires simples » peuvent aider les consommateurs à faire les bons choix nutritionnels et servir de base à la communication sur la nutrition et la diététique auprès du grand public. D’après le groupe scientifique, les recommandations en question doivent en outre être intégrées à d’autres politiques de promotion de la santé, par exemple l’incitation à pratiquer une activité physique quotidienne. Le groupe recommande aux États membres d’adopter une approche pluridisciplinaire concernant l’élaboration de ces recommandations. Par ailleurs, l’implication précoce des diverses parties intéressées est vivement conseillée afin de favoriser l’adhésion aux messages.
Pas d’apport journalier recommandé
Ces premières remarques du groupe scientifique sont naturellement saluées par l’industrie européenne du sel qui rappelle que plusieurs publications scientifiques récentes auraient clairement mis en garde contre les tentatives de réduire les apports en sel dans l’alimentation sans tenir compte des besoins individuels, des habitudes alimentaires ou des modes de vie.
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Wouter Lox, directeur général d’EuSalt, avertit : « Poursuivre ces politiques générales de restriction de sel pourrait même être dangereux pour beaucoup de consommateurs et de patients ». EuSalt n’est pas favorable à la fixation d’un « apport journalier recommandé de sel ». Selon elle, les besoins en apport quotidien de sel sont déterminés par des facteurs comme « la géographie, le mode de vie et les besoins propres des individus ». Wouter Lox explique: « Le sel est un ingrédient essentiel qui fournit les éléments nutritifs de sodium nécessaires au corps humain ». Selon lui, « c’est l’organisme de chaque individu qui réglemente les besoins en sodium. Ce besoin est très individuel et dépend de la personne concernée, de la région dans laquelle elle vit et de son mode de vie ». Il ajoute que certains groupes de population spécifiques (personnes âgées, femmes enceintes ou grands sportifs) ont besoin de consommer beaucoup plus de sel que d’autres catégories de personnes ».
Très réticentes à l’idée de baisser les teneurs en sel dans les produits alimentaires – pour les raisons économiques que l’on devine – l’industrie alimentaire mais aussi et surtout l’industrie européenne du sel ne se contentent pas de faire de la résistance mais exercent également un lobbying très actif non seulement auprès des pouvoirs publics nationaux et européens mais également auprès des professionnels de la santé et de la presse pour minimiser les effets nocifs de la surconsommation de sel sur la santé des consommateurs.