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UE/Nanotechnologies L’industrie européenne veut jouer la carte de la transparence

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L’industrie alimentaire poursuit dans la transparence son dialogue ouvert avec les parties prenantes pour répondre aux critiques du secret sur les nanotechnologies. C’est en quelque sorte le message qu’a voulu envoyer FoodDrinkEurope, le lobby des entreprises agroalimentaires de l’UE en organisant le 5 octobre à Bruxelles sa quatrième réunion annuelle de dialogue entre les parties prenantes sur les utilisations potentielles des nanotechnologies dans l’alimentation. Seul problème : lors de ce séminaire il a été beaucoup question des formidables applications possibles des nanotechnologies dans l’alimentation et peu des risques potentiels de ces nouvelles technologies. Au grand dam des associations de consommateurs.

La quatrième réunion annuelle du Dialogue de l’industrie avec les parties concernées sur les applications potentielles alimentaires des nanotechnologies organisé par FoodDrinkEurope (ex-CIAA) était censée favoriser « des échanges et des débats sur les risques et les bénéfices attendus de ces nouvelles technologies ». De nombreux exemples d’applications futures dans les secteurs alimentaires et connexes ont été longuement présentés par les différents membres du panel composés de décideurs politiques, de chercheurs, d’académiciens et de représentants de l’Autorité européenne de sécurité alimentaire (AESA). Une partie des travaux a porté sur l’identification des lacunes dans les connaissances en matière de risques et sur les moyens de les combler. En vérité le panel invité à s’exprimer s’est davantage appliqué à souligner les « nombreux avantages substantiels » de l’utilisation des nanotechnologies dans la production alimentaire que de s’appesantir sur les risques potentiels sur la santé des consommateurs. Lors de son intervention, Mike Knowles, président du Groupe d’experts sur les nanotechnologies de « FoodDrinkEurope », a indiqué que la réunion du 5 octobre « démontre les progrès réalisés par l’industrie alimentaire qui continue à s’engager dans un dialogue ouvert, transparent et constructif avec les parties prenantes autour du sujet important des nanotechnologies et de leurs avantages potentiels pour le consommateur et la société dans la lutte contre les défis sociaux, économiques et environnementaux de notre époque ». Il a espéré qu’en poursuivant ce dialogue, « l’industrie agroalimentaire contribuera à dissiper les idées fausses et les craintes autour de l’utilisation potentielle des nanotechnologies dans notre industrie ». Pour ceux qui en douteraient encore, il a ajouté : « Nous sommes impatients de poursuivre ce processus en tenant les consommateurs pleinement informés de tous les nouveaux développements ». Cependant quand on les a interrogés à l’issue des travaux de ce Dialogue sur les nanotechnologies, des représentants d’associations de consommateurs se sont dits passablement frustrés des résultats de telles opérations de communication. « Après toute une série de présentations par différents membres du panel, j’ai l’impression que ceux-ci n’ont pratiquement parlé que des bénéfices de l’utilisation des nanotechnologies dans l’alimentation et très peu, voire pas du tout, de leurs risques potentiels sur la santé », nous a affirmé par exemple Chiara Tomalino, responsable du département « Politique alimentaire » d’EuroCoop, l’association des coopératives de consommateurs de l’Union européenne.

Lacunes manifestes
Si les présentations des membres du panel ont permis d’avoir des informations sur les « innombrables » propriétés de l’emploi des nanotechnologies dans l’alimentation (modification de la couleur des aliments, de leur odeur, leur goût, leur fluidité) ainsi que sur les nanomatériaux qui peuvent être incorporés aux emballages (pour agir sur la conservation, la traçabilité ou le recyclage des aliments), en revanche très peu de données ont été fournies permettant d’apprécier d’éventuels effets de ces nanocomposés ou nanoprocédés sur la santé humaine. On ne sait pratiquement rien par exemple sur la biodégradabilité de substances en question ni sur les risques de bioaccumulation et de transfert dans les écosystèmes et la chaîne alimentaire. Sans parler de l’exposition des travailleurs en amont de l’utilisation des nanomatériaux. L’absence de dispositif de traçage ne permet pas non plus de pouvoir dresser une liste des produits alimentaires ou des emballages contenant des nanomatériaux. Les nanotechnologies qui envahissent clandestinement notre vie quotidienne dépasseraient aujourd’hui plus de 2000 produits (peintures, textiles, cosmétiques, aliments, jouets, etc...) et atteindraient un chiffre d’affaires de plus de 50 milliards d’euros. Selon certaines organisations écologiques, entre 400 et 500 nano-aliments seraient déjà sur le marché et seulement 10 % de la population européenne aurait déjà entendu parler de nanotechnologie...

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