Les postes frontières se sont ouverts le 1er mai entre l’ancienne et la nouvelle Europe. Les 75 millions de nouveaux consommateurs membres de l’Union européenne sont pour la plupart peu attachés à leurs produits alimentaires locaux, comme le révèle une étude présentée par une association de consommateurs, mais ils prêtent toute leur attention aux prix.
Pas un big bang, juste une grande fête ». La formule trouvée par la direction générale Entreprises de la Commission européenne résume bien l’accueil réservé par le monde économique à l’élargissement de l’Union européenne à dix nouveaux pays Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovaquie, Slovénie, Estonie, Lituanie, Lettonie, Chypre, Malte. Et l’agroalimentaire n’est pas en reste… Des cartes de vœux électroniques célébrant l’Elargissement en musique ont été envoyées par certaines fédérations professionnelles ! Toutes y sont allées de leur communiqué. Si ce n’est son « impréparation », dénoncée par le vice-président du Medef, Guillaume Sarkozy, difficile de trouver une voix discordante chez les entrepreneurs.
Les dix nouveaux membres du grand marché communautaire et leurs 75 millions de consommateurs ont été accueillis « chaleureusement » par la Confédération des industries agroalimentaires de l’Union européenne (CIAA). La grande distribution, selon les propos de son lobby bruxellois Eurocommerce, attend maintenant une « intensification des échanges entre l’ensemble des 25 Etats membres ». Il s’agit pour les acteurs du commerce de « maximiser le bénéfice du marché intérieur pour les acteurs locaux » de l’économie.
« Circonspection »
La dilatation du marché commun est ce qui marche le mieux en Europe, ce qui fait aussi le moins l’objet de polémique, si ce n’est de la part de ceux qui craignent la concurrence des producteurs agroalimentaires des nouveaux Etats membres… Ainsi, l’Organisation européenne des industries transformatrices de fruits et légumes (OEITFL) affiche une « certaine circonspection (…) face à l’Elargissement ». « Si les droits de douanes à l’importation en provenance de Pologne et de Hongrie (…) ont été très fortement réduits, voire abolis, au fil des différents accords pré-adhésion, l’on note cependant une certaine prudence » de la part des dirigeants de nombreuses entreprises communautaires, avoue de façon évasive l’OEITFL.
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Quel que soit le niveau de développement de leurs produits —« au niveau des nôtres dans les années cinquante ! », selon un responsable européen— et bien qu’ils soient empêtrés dans des problèmes de mise aux normes Agra Industrie n°61 du 22 avril 2004, n°56 du 18 mars 2004 et n°16 du 8 mai 2003, les membres de l’Est de l’Europe sont à leur façon des « poids lourds » de l’industrie agroalimentaire. Comme le rappelle la Confédération des industries agroalimentaires de l’UE, chez les Dix, 15 % des emplois industriels sont consacrés à la production d’aliments, et quelque 25 % de la production industrielle sont réalisés par l’agroalimentaire. Ces chiffres ne sont respectivement que de 12 et de 11 % dans le reste de l’Europe communautaire Pour en savoir plus sur les IAA de chacun des nouveaux pays membres, voir les fiches par pays dans Agra Industrie n°16 du 8 mai 2003. De plus, dans les huit pays anciennement communistes – dont les PIB sont de 40 % inférieurs aux autres membres de l’UE – le budget des ménages est encore largement consacré à se nourrir. Du coup, ces consommateurs craignent une « hausse immédiate du prix des aliments », estime le Beuc, s’appuyant sur une étude qu’il a commanditée .
Le prix passe avant l’origine des aliments
Dans ces pays, où le prix passe avant la qualité, les habitants craignent un alignement du coût des aliments sur celui des autres pays de l’Union et une hausse de la TVA. Seule exception, les Slovènes, dont les aliments sont déjà relativement chers, espèrent au contraire une baisse des prix grâce à la suppression des barrières douanières et à l’accroissement de la concurrence entre les opérateurs sur leur marché.
D’un autre point de vue, les auteurs de l’étude présentée par le Beuc estiment que « la décision d’achat dans la plupart de ces pays dépend en premier lieu du prix et de la qualité, sauf en Lettonie, en Slovénie et dans une moindre mesure en Lituanie où les consommateurs apprécient vraiment leurs produits locaux ». Les multinationales, qui offrent des prix bas devraient être considérablement avantagées, écrivent-ils donc. Les prix seront donc tiraillés entre une hausse pour des raisons d’élévation de la qualité ou de la mise en place de la Politique agricole commune, et une baisse due à un renforcement de la concurrence entre les industriels.