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L’industrie laitière dénonce à son tour la décision de l’OMC sur Airbus

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L’industrie laitière européenne a elle aussi exprimé son inquiétude après l’annonce des sanctions américaines suite à la décision de l’OMC sur l’affaire Airbus. Ces sanctions toucheraient sévèrement de nombreux produits laitiers, dont des fromages français.

« Les produits agroalimentaires et donc la communauté agricole sont désormais régulièrement pris en otage dans les conflits commerciaux, ceci est inacceptable. » Visiblement remonté suite à l’annonce des États-Unis d’imposer des tarifs douaniers punitifs à plusieurs produits alimentaires européens et en particulier de nombreux produits laitiers, Alexander Anton, le secrétaire général d’European Dairy Association (EDA), le lobby de l’industrie laitière européenne, a dénoncé les « dommages collatéraux » d’un combat qui n’a rien à voir avec le secteur agroalimentaire : « Nous sommes dans le secteur laitier et nous n’avons rien à voir avec cette affaire Airbus contre Boeing ; pour cette bataille aérienne, une solution doit être trouvée dans le secteur aéronautique », a-t-il indiqué dans une déclaration à la presse. Celui-ci ne voit « aucune raison de faire payer aux amateurs américains de fromages typiques européens la bataille Airbus-Boeing, puisque ceux-ci devraient au final payer des prix plus élevés pour les produits laitiers des États membres de l’UE impliqués dans le projet Airbus » (France, Allemagne, Espagne et Royaume-Uni, ndlr).

Le secrétaire général s’interroge également sur la légalité de la différenciation entre les États membres de l’UE dans la liste des tarifs de rétorsion des États-Unis. Il estime que « l’Union européenne et la “lactosphère” européenne doivent être traitées comme une seule et même unité au sein de l’OMC » et il a d’ailleurs annoncé que ses services sont en contact avec les autorités américaines sur ce point précis. Pour lui, tout doit être fait pour désamorcer ce conflit à venir. Et il a salué les efforts de la commissaire européenne au commerce, Cecilia Malmström, pour trouver une issue mutuellement avantageuse pour les deux parties. Cette dernière continue à penser que même si l’OMC a donné raison aux États-Unis, « choisir d’imposer des sanctions maintenant serait contre-productif et de courte vue. Nous avons toujours indiqué aux Américains que l’UE est prête à travailler avec eux à une solution équilibrée et équitable sur ce problème ».

18 octobre : entrée en vigueur des tarifs punitifs ?

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Le 2 octobre dernier, l’OMC a autorisé Washington à imposer des droits de douane à hauteur de 7,5 milliards de dollars (6,9 milliards d’euros) sur un certain nombre de biens européens dont de nombreux produits laitiers et ce, dès le 18 octobre 2019. Les produits laitiers seront soumis à un droit d’importation supplémentaire de 25 %. Cette décision intervient dans le cadre du contentieux vieux de 15 ans opposant l’UE et les États-Unis concernant les aides et subventions accordées à leurs opérateurs aéronautiques respectifs (Airbus et Boeing).

Les produits visés par les Américains dépassent le simple cadre de l’aéronautique et touche notamment la grande consommation alimentaire. De nombreux produits laitiers figurent sur la liste des représailles potentielles des États-Unis, allant de la plupart des fromages européens aux yaourts en passant par le beurre et le lactosérum. Le montant de 7,5 milliards de dollars doit être confirmé par l’Organe de règlement des différends de l’OMC (la prochaine réunion est prévue pour le 28 octobre, mais les États-Unis pourraient exiger une réunion plus tôt).  Rappelons aussi que l’UE a également le droit de prendre des mesures de rétorsion à l’encontre des États-Unis en raison de subventions excessives à Boeing (mais le montant exact ne sera connu que l’été prochain…).