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Sel dans les aliments/UE L’industrie peut mieux faire face aux sels dans les produits alimentaires

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En juin 2008, les États membres avaient accepté d’engager volontairement au niveau national des actions visant à réduire l’apport en sel dans l’alimentation. Or, les premiers résultats collectés auprès des industriels laissent la Commission insatisfaite des efforts accomplis quant à leurs engagements en matière de reformulation des produits alimentaires. Certains accords concrets ont toutefois pu être signés. L’enjeu est d’importance, car la consommation excessive de sel est reconnue par les scientifiques comme l’un des principaux facteurs de maladies cardiovasculaires.

Le travail dans les années à venir devrait se concentrer sur l’augmentation du nombre d’ engagements chiffrés de réduction des teneurs en sel des produits de l’industrie alimentaire ainsi que sur la mise en place de programmes de surveillance adéquats dans les États membres ». Tel est le constat sans complaisance que vient de faire la Commission européenne dans un rapport sur les résultats des efforts des États membres engagés dans le cadre du « Programme européen de réduction de la consommation de sel ». Pour le moins, les premiers résultats, fondés sur un questionnaire auprès des 27 États membres de l’UE sur la période août 2008-décembre 2009(1), seraient plutôt peu flatteurs pour l’industrie alimentaire. Si 25 États membres ont déclaré avoir eu des négociations avec les opérateurs du secteur alimentaire, trois d’entre eux n’ont carrément pas répondu au questionnaire et seuls deux pays (la Slovaquie et l’Espagne) ont indiqué qu’ils n’avaient pas eu de négociations du tout.
Parmi les pays qui négocient avec les entreprises alimentaires, huit ont précisé qu’elles étaient « dans le dialogue par le biais des associations représentatives sectorielles ». Un pays (la Pologne) a déclaré qu’il avait adressé un questionnaire aux entreprises alimentaires pour en savoir plus sur les questions relatives au sel utilisé dans les aliments. Le Royaume-Uni est le seul pays qui s’est engagé à travers des engagements et des plans d’action précis. D’aucuns notent une réaction plutôt mitigée quant à la volonté des exploitants du secteur alimentaire à s’engager. Si la plupart des pays ont indiqué que l’industrie alimentaire était prête à se mobiliser, un certain nombre ont cité une série d’obstacles potentiels. La Belgique, par exemple, a marqué une préférence pour une « approche pan-européenne plus large du problème » tandis que des pays comme le Danemark, l’Italie et la Roumanie ont indiqué qu’ils avaient besoin de « plus de temps pour explorer des solutions techniques ». Si un certain nombre d’autres pays ont signalé une « certaine réticence par les opérateurs économiques à s’engager », d’autres, comme la Hongrie ou l’Estonie ont carrément indiqué que le secteur alimentaire « ne semble pas très coopératif ». La Lettonie a de son côté plaidé le « manque d’expérience de l’auto-régulation de ses entreprises ». Cinq pays (Belgique, Bulgarie, Pays-Bas, Norvège et Royaume-Uni) ont toutefois indiqué qu’ils travaillaient « sérieusement dans cette voie « avec tous les secteurs de l’industrie alimentaire. Quatre pays (Autriche, Luxembourg, Roumanie, Slovénie) ont même précisé qu’ils travaillaient sur les teneurs de sel dans le pain et la viande tandis que la Lettonie a dit viser également le fromage, la viande, le poisson et les snacks. Si au Portugal les négociations progressent avec les associations de boulangerie dans le processus de réduction du sel, celles avec les autres secteurs de l’industrie sont beaucoup moins actives même si les entreprises de restauration ont commencé à créer des programmes pour réduire le sel dans leurs repas.

Quelques accords concrets quand même...
Parmi les Etats membres qui ont lancé des négociations avec des entreprises alimentaires, 13 ont indiqué qu’ils avaient conclu des « accords concrets », tandis que 10 autres n’en ont enregistré aucun. Seulement cinq pays ont conclu des engagements quantifiables précis de réduction des teneurs en sel dans différentes catégories de produits. Citons pas exemple une réduction de 10% de l’apport en sel dans la population belge d’ici 2012 par le biais d’une reformulation des produits et le changement dans les habitudes alimentaires. Pour la Tchéquie, une réduction progressive des niveaux de sel dans les soupes et les sauces à 50% des apports journaliers recommandés (c’est à dire 1,2 gramme de sodium ou moins). Ou encore aux Pays-Bas où on vise une réduction moyenne de 12% des teneurs en sel dans toutes les catégories de produits alimentaires. En ce qui la concerne, la France a annoncé que 15 chartes ont été signées avec 10 marques dans l’industrie alimentaire, tandis qu’en Italie « des accords volontaires » avec l’association des artisans boulangers ont permis de réduire la teneur en sel de certains produits. Le rapport intérimaire de la Commission reconnaît cependant que la réduction de l’apport en sel est un processus lent, car, souligne-t-il, « des obstacles technologiques et des préoccupations de sécurité alimentaire ne doivent pas être négligées » et qu’il est également important de veiller à « l’acceptation des consommateurs et à l’adaptation nécessaire de leur goût nécessaire au fil du temps ». En outre, la crise économique en Europe peut avoir un « impact sur le financement disponible pour les programmes de santé publique ».

Quid des nécessaires contrôles ?
Côté contrôle des engagements convenus, quinze pays ont indiqué qu’ils avaient effectivement mis en place une procédure de surveillance mais 12 autres ont reconnu qu’ils n’en avaient aucune... Parmi les pays qui ont un système de surveillance, seuls quatre d’entre eux (Belgique, Irlande, Pays-Bas, Royaume-Uni) ont précisé qu’ils mènent leurs contrôles par le biais d’analyses d’urine et du panier alimentaire, d’autres par des enquêtes alimentaires (Bulgarie et Roumanie) et d’autre par l’analyse des niveaux de sel d’apports en sel dans les aliments de la restauration (Hongrie et Royaume-Uni).

Deadline de mise en œuvre largement dépassé...
Le « Cadre européen pour la réduction de sel dans les aliments » a été adopté en juin 2008 et les États membres étaient censés commencer sa mise en œuvre en 2009. Toutefois, l’enquête de la Commission a révélé que le calendrier convenu a glissé dans certains pays en raison d’un certain nombre de circonstances atténuantes. Ainsi par exemple la crise économique des années 2008-2009 a obligé la Bulgarie à différer ses engagements et a poussé la Grèce à reporter ses plans d’action et ses projets en raison des compressions budgétaires majeures dans le secteur public. La Pologne et les Pays-bas ont avancé des « difficultés techniques » dans leurs projets de réalisation de la réduction du sel. Mieux: la Slovénie a expliqué que la grippe pandémique qui a sévi dans le pays « a retardé le lancement d’une campagne de sensibilisation en ce qui concerne la consommation excessive de sel ...».

Un problème à prendre à bras le corps
Selon de solides preuves scientifiques, la consommation élevée de sel actuellement constatée dans l’ensemble de l’Europe est un des principaux facteurs d’élévation de la pression artérielle et, par là, des maladies cardiovasculaires, et pourrait également avoir d’autres effets préjudiciables directs, tels qu’une augmentation du risque d’accident cardiaque, d’hypertrophie ventriculaire gauche et d’affections rénales. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (AESA) a émis des avis scientifiques selon lesquels la consommation journalière de sodium (3 à 5 g de sodium, soit environ 8 à 11 g de sel) de la plupart des Européens « est largement supérieure à la dose journalière recommandée par l’OMS et la source principale de sodium dans l’alimentation, à savoir 70 à 75 % de la consommation totale, se trouve dans les aliments transformés » (2). Les ministres européens chargés de la santé et de la protection des consommateurs estiment qu’il est essentiel de mettre en place un suivi à long terme des progrès accomplis dans la réduction de ces teneurs. Ils souhaitent une approche globale, comportant notamment des données nationales sur la consommation, des actions de sensibilisation, des mesures pour reformuler les produits alimentaires afin d’en réduire la teneur en sel, et un processus de suivi et d’évaluation. S’ils saluent les mesures de reformulation déjà prises par certains secteurs de l’industrie alimentaire, de la distribution, des restaurateurs et des traiteurs, ils soulignent également la nécessité de faire en sorte que les politiques nationales de réduction de la consommation de sel soient conçues de manière « à toucher tous les groupes socioéconomiques de la société et donc les produits alimentaires dans toute la gamme des prix ». Ils relèvent aussi la nécessité de prendre en compte « la dimension transnationale des actions de reformulation de la teneur en sel » et le rôle important que des enceintes réunissant de multiples parties prenantes, comme la Plateforme d’action européenne sur l’alimentation, l’activité physique et la santé, peuvent jouer dans cette approche. Ils insistent en tout cas sur le rôle majeur que joue l’étiquetage des aliments pour ce qui est de fournir aux consommateurs des informations « visibles, claires et faciles à comprendre, leur permettant de choisir des produits à moindre teneur en sel ». Contrairement aux souhaits des industriels, les ministres ont pris acte à cet égard de ce que le Groupe de haut niveau de la Commission sur la nutrition et l’activité physique ait décidé d’employer, plutôt que le terme « sodium », qui désigne le nutriment véritablement ciblé par les initiatives, le terme « sel » qui est plus parlant pour le commun des mortels et qui constitue la forme principale sous laquelle le sodium est ajouté aux aliments. Les ministres pressent également les États membres à inciter les producteurs et les fournisseurs du secteur alimentaire à mettre l’accent sur la reformulation des produits afin d’obtenir « la réduction la plus forte possible de la teneur en sel des aliments et des repas commercialisés ». Quant à la Commission européenne, elle affirme qu’elle continuera à travers le mécanisme de soutien du Groupe de haut niveau et de la Plateforme d’action européenne sur l’alimentation, l’activité physique et la santé d’obtenir des « engagements quantifiables de réduction des teneurs en sel des produits de l’industrie alimentaire et de veiller à ce que des mécanismes efficaces pour les programmes de surveillance de sel de réduction soient dûment mis en place ».
 
(1) Plus la Suisse et la Norvège
(2) Deux avis, l'un du 21 avril 2005 sur « l'apport maximal tolérable de sodium » et le second, du 13 mars 2009, sur « l'étude des valeurs d'apport de référence en matière d'étiquetage des aliments ».

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