Afin de maximiser la contribution des acteurs de la chaîne d'approvisionnement alimentaire à la lutte contre le gaspillage, la Commission européenne propose une série de mesures parmi lesquelles l'idée de développer une méthodologie commune de l'UE pour mesurer les déchets alimentaires, ainsi que la clarification des dates de consommation des aliments (1). L'industrie agroalimentaire européenne applaudit ces propositions tout en soulignant les initiatives qu'elle a déjà prises dans cette optique et son intention d'intensifier les efforts entrepris.
En septembre 2015, l'Assemblée générale des Nations unies a adopté des « Objectifs de développement durable à l'horizon 2030 », dont un qui consiste à réduire de moitié le gaspillage alimentaire par habitant au niveau du commerce de détail ou du consommateur et à réduire les pertes tout au long des chaînes de production et d'approvisionnement. L'UE et ses États membres se sont engagés à atteindre cet objectif. La nouvelle proposition législative sur les déchets a invité les États membres à réduire le gaspillage à chaque étape de la chaîne d'approvisionnement alimentaire, à en surveiller les niveaux et à faire état de leurs constatations afin de faciliter les échanges entre les acteurs sur les progrès réalisés. C'est pour aider à cette mission que la Commission européenne a annoncé, le 2 décembre dernier, qu'elle compte établir une « méthodologie européenne commune » pour mesurer le gaspillage alimentaire et définir des indicateurs pertinents. Elle va aussi créer une plate-forme rassemblant les États membres et tous les acteurs de la chaîne d'approvisionnement alimentaire afin d'aider à définir les mesures nécessaires pour atteindre les objectifs de développement durable en matière de gaspillage et d'échanger les bonnes pratiques et les résultats obtenus. Elle prendra aussi des mesures pour clarifier la législation de l'UE relative aux déchets, aux denrées alimentaires et aux aliments pour animaux et facilitera les dons. L'exécutif européen examinera par ailleurs les moyens d'améliorer l'utilisation, par les acteurs de la chaîne d'approvisionnement, des dates de consommation des produits alimentaires et leur compréhension par les consommateurs, notamment la mention « à consommer de préférence avant le...».
QUELLES ACTIONS CONCRÈTES ?
La Commission prendra, avec les États membres, des mesures pour clarifier la législation de l'UE relative aux déchets, aux denrées alimentaires et aux aliments pour animaux, afin de faciliter la redistribution d'aliments sûrs et comestibles aux personnes dans le besoin et, si cela ne présente pas de danger, l'utilisation d'anciennes denrées alimentaires pour produire des aliments pour animaux. La proposition législative sur le gaspillage, par exemple, exclut clairement de son champ d'application les matières premières destinées aux aliments pour animaux. Cela garantira que des anciennes denrées alimentaires (par exemple, des biscuits cassés ou du pain rassis) qui sont sûres, mais ne peuvent intégrer la chaîne alimentaire pour des raisons commerciales, ne seront considérées comme « déchets » nulle part dans l'UE et pourront dès lors être utilisées comme ressources pour produire des aliments pour animaux. La Commission élaborera aussi, en coopération avec les États membres et les parties prenantes, des orientations de l'UE sur le don d'aliments à l'intention des donateurs d'aliments et des banques alimentaires, décrivant la manière de respecter la législation de l'UE (sécurité alimentaire, traçabilité, responsabilité juridique, TVA, etc.). L'UE compte également adopter des mesures visant à empêcher les poissons comestibles d'être rejeté à la mer par les navires de pêche.
ENGAGEMENTS DE L'INDUSTRIE AGROALIMENTAIRE
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FoodDrinkEurope, le lobby de l'industrie agroalimentaire de l'UE, a bien accueilli les propositions de la Commission européenne en matière de lutte contre les déchets alimentaires dans le cadre de son train de mesures sur l'économie circulaire. « Nous sommes heureux de voir que des mesures pour réduire les déchets alimentaires constituent un élément important de l'ensemble de mesures prévues pour l'économie circulaire », a indiqué Mella Frewen, directrice générale de FoodDrinkEurope. Elle se félicite notamment du fait « que la Commission européenne ait recommandé aux États membres de prendre des mesures pour réduire le gaspillage alimentaire dans toute la chaîne d'approvisionnement alimentaire et cela de la ferme à la fourchette et à évaluer et rendre compte des progrès selon un ensemble de méthodologies communes ». La directrice générale estime que cette approche « apportera une contribution importante aux engagements globaux sur les déchets alimentaires dans le cadre des Objectifs de développement durable des Nations unies que FoodDrinkEurope soutient pleinement », assure-t-elle. La porte-voix de l'industrie agroalimentaire européenne rappelle que le secteur « est engagé à maximiser l'utilisation des ressources disponibles et à améliorer continuellement les pratiques de gestion des déchets à chaque étape tout au long de la chaîne d'approvisionnement alimentaire et, dans le même temps, à continuer à assurer la sécurité alimentaire ». Les responsables de FoodDrink Europe se plaisent à rappeler que l'industrie alimentaire et des boissons de l'UE a déjà pris des mesures pour aider à prévenir et lutter contre le gaspillage à travers la chaîne d'approvisionnement alimentaire, avec notamment son initiative « Every crumble counts » (Chaque miette compte) (2) et sa boîte à outils « Maximiser les ressources alimentaires ».
(1) Ces propositions font partie d'un arsenal de mesures ambitieuses sur « l'économie circulaire » présenté le 2 décembre 2015 par la Commission européenne en vue de faciliter la transition de l'UE vers une « économie plus compétitive, plus durable et créatrice d'emplois ».
(2) FoodDrinkEurope a publié, le 12 juillet 2013, une déclaration conjointe, « Every Crumble counts », avec d'autres acteurs du secteur agroalimentaire, déclaration qui s'est donnée pour objectif de réduire le gaspillage alimentaire tout au long de la chaîne d'approvisionnement alimentaire et de contribuer à réduire de moitié le gaspillage alimentaire comestible de l'UE d'ici 2020.
Environ 100 millions de tonnes de nourriture sont gaspillées chaque année dans l'UE. Si l'on ne fait rien, avertissent les experts de la Commission européenne, les déchets alimentaires pourrait atteindre plus de 120 millions de tonnes d'ici 2020. Environ un tiers de tous les aliments produits à l'échelle mondiale pour la consommation humaine est perdu ou gaspillé - environ 1,3 milliard de tonnes par an-selon l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). La perte des aliments et les déchets alimentaires dans les pays industrialisés est aussi élevée que dans les pays en développement, mais leur répartition est différente. Dans les pays en développement, plus de 40% des pertes des produits alimentaires interviennent après la récolte et pendant le traitement. Dans les pays industrialisés, plus de 40 % se produisent au niveau de la distribution et au niveau de la consommation.