L'un des principaux opérateurs industriels français de la viande, la SVA Jean Rozé, filiale du groupe Les Mousquetaires, va investir aux côtés d'éleveurs dans un outil de production collectif, dans le Centre. La Conf' dénonce les investissements privés en agriculture.
ÀSAINT-MARTIAL-LE-VIEUX (Creuse), la construction d'un important atelier d'engraissement de taurillons – 1 000 places – est sur le point de débuter, à l'initiative d'une cinquantaine d'éleveurs de la Creuse et de Corrèze. « En France, c'est le premier projet collectif de cette importance », estime Guy Hermouet, vice-président de la FNB.
L'originalité du projet tient surtout au capital de la société exploitante, la SAS Alliance Millevache, dans lequel l'industriel vitréen, SVA Jean Rozé, est présent de façon minoritaire. Les éleveurs resteront majoritaires aux deux tiers, assure l'industriel.
La rentabilité du site est consolidée par la mise à disposition des toitures – environs 5000 m² – à une société qui exploitera une centrale photovoltaïque et versera une quota-part de ses revenus.
Des aides du ministère de la DéfenseLes premiers animaux devraient entrer dans les bâtiments au second semestre 2014. Ils ont d'ores et déjà été réservés par la SVA Jean Rozé, qui a signé un contrat de six ans avec les éleveurs. « Nous étions aussi en contact avec d'autres sociétés », assure André Alanore, ancien directeur de la Chambre d'agriculture de Corrèze et coordinateur du projet. Le groupe d'éleveurs qui porte le projet, était déjà à l'origine de la création du marché au cadran d'Ussel, au nord de la Corrèze, en 2004.
L'investissement est estimé à 1,8 million d'euros, dont une partie – 400 000 euros – sera apportée par le ministère de la Défense dans le cadre d'un Plan local de redynamisation (PLR) lancé le sud Creusois, où le site militaire de la Courtine avait perdu des effectifs lors d'un plan national de restructuration des sites de Défense en 2008.
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«C e plan d'action est tout autant destiné à conserver la valeur ajoutée au niveau des régions qu'à sécuriser les approvisionnement du groupement », affirme l'industriel vitréen. Un million d'euros seront investis dans un plan sur cinq ans pour générer, chez les éleveurs, 10 000 nouvelles places d'engraissement supplémentaire, soit 3 500 créations et 6 500 rénovations. « Nous voyons le cheptel français diminuer, le revenu des éleveurs se faire chahuter. Si nous voulons sécuriser notre approvisionnement, il faut agir concrètement », explique Fabien Cornen, directeur achats vifs chez SVA Jean Rozé.
Pendant une durée de cinq ans, les éleveurs signataires sont aidés sous la forme d'un complément de prix sur les animaux livrés. En échange, ils réserveront à SVA Jean Rozé le volume d'animaux correspondant au nombre de nouvelles places pour lesquelles ils ont été aidés. Le premier contrat a été signé cette semaine, au Salon de l'agriculture, par un jeune éleveur dont le projet est d'agrandir sa capacité d'engraissement de 60 places. Il recevra une prime de 11 000 euros sur cinq ans, soit 183 euros par place.
« Il n'y a pas de mainmise de SVA Jean Rozé, ce sont les éleveurs qui sont décideurs, avec la majorité du capital », analyse Guy Hermouet, qui suit le projet d'un œil bienveillant. « C'est une bonne initiative pour une région où il n'y avait pas d'autres débouchés que l'export. Cela va permettre aux éleveurs de dégager plus de valeur ajoutée. »
« Il faut se poser la question de la façon dont on laisse entrer les capitaux privés en agriculture », a réagi Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne. « Au départ de ce projet, il y a certes une dynamique d'agriculteurs, ce n'est pas pareil que les 1 000 vaches en Picardie. Mais les financements privés, même minoritaires, restent gênants ».
Le syndicat dénonce également la présence d'ateliers de diversification (photovoltaïque et méthanisation) dans le projet, « qui vont encore servir à écraser les coûts de production ». En revanche, pour la Coordination rurale, le projet ne pose pas problème. « L'un de nos adhérents possède sur sa ferme un centre d'engraissement de 1 500 places. Ce n'est pas un souci, si les éleveurs restent décideurs et ne deviennent pas des approvisionneurs de matières premières à bas coût », analyse son président, Bernard Lannes.