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Environnement L’innovation, clé pour réduire de 50 % des pesticides d’ici 10 ans

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Depuis sa sortie en janvier dernier, l’étude Ecophyto R&D menée par l’Inra a suscité de nombreuses polémiques quant à la réduction de 50 % des utilisations de produits phytos d’ici 10 ans. Quelques jours avant l’ouverture du débat parlementaire sur le projet de loi Grenelle 2, la sortie du rapport de l’OPECST sur les pesticides a remis le sujet au centre de la scène. Pour les spécialistes de l’Inra, réunis en colloque le 6 mai, c’est l’innovation, la recherche et le développement qui permettront d’obtenir des résultats.

Juste ou partial ? Le rapport de l’OPECST (Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques) sur les pesticides et la santé présenté le 28 avril, à la veille des discussions sur le projet de loi Grenelle 2, a fait des remous. Le député Claude Gatignol et le sénateur Jean-Claude Etienne y insistent notamment sur la différence entre les « risques avérés » dus à l’exposition aux pesticides et les « risques perçus » par la population, probablement très forts même s’ils sont mal évalués. Et surtout, ils mettent l’accent sur l’utilité des produits phytos pour la production agricole. A propos de l’étude Ecophyto R&D diffusée par l’Inra en début d’année, ils soulignent que « l’engagement du Grenelle de l’Environnement de réduire l’usage des pesticides de 50 % dans un délai de dix ans impliquerait, selon une simulation, que toute l’agriculture française passe en mode de production intégrée ». Ce qui ne manquerait pas de faire baisser les rendements, de 12 % en grandes cultures, 24 % en viticulture et 19 % en fruits, tout en ayant des « effets significatifs sur les marges ». La pondération des rapporteurs a fait grincé FNE (France Nature environnement).L’organisation s’est dite « très désappointée » par le travail des parlementaires, qui utilise « une méthode surprenante » et « remet en cause l’objectif du plan Ecophyto 2018 ». A l’inverse, l’UIPP (Union de l’industrie de la protection des plantes), a jugé que les recommandations des élus allaient « dans le sens de l’Histoire » et l’encourageaient à poursuivre et accélérer ses démarches de progrès.

Pas de prospectives ni de prévisions avec Ecophyto R&D
« L’étude Ecophyto R&D a été l’objet de critiques et de controverses », a reconnu Pierre Stengel, directeur scientifique à l’Inra, le 6 mai à l’occasion d’un colloque sur la réduction des pesticides en grandes cultures organisé par l’institut à Versailles. Première du genre, l’étude présente des faiblesses. Parmi celles-ci : le fait de ne reposer que sur les résultats de l’année 2006, ce qui ne permet pas de considérer la variabilité interannuelle, ou le nombre limité d’indicateurs pris en compte. « Les scénarios ne peuvent pas servir à faire des prospectives ou des prévisions », a souligné le spécialiste. Car il y manque les notions de temps et de changements de contexte. De ce fait, « nous ne sommes pas en mesure de nous prononcer sur la partie “10 ans” du “si possible” » posé dans la commande de l’Etat, a insisté Pierre Stengel. Il n’empêche. Des progrès sont envisageables. « Quand on compare des indices de fréquences de traitement au niveau européen sur blé, nous observons des valeurs comprises entre 2 et 8, a pour sa part expliqué Pierre Ricci, de l’Inra. La France se trouve au milieu de la fourchette, vers le haut. Ce qui signifie qu’elle n’est peut-être pas aussi vertueuse que cela… ! ». Pour le chercheur, si baisser de 50 % les produits phytos revient à réduire la production et les marges des agriculteurs, c’est parce que l’on pense avec les outils d’aujourd’hui. « Il faut innover », a-t-il insisté. Comme l’a souligné Jean Boiffin, ancien chef du département agronomie de l’Inra, « les niveaux de rupture de pratique inventoriés sont ceux que l’on est capable d’identifier ! ».

Des connaissances à approfondir
Des pistes existent tout de même pour aller plus loin. Parmi celles-ci, la reconstruction ou « reconception » d’agrosystèmes moins vulnérables. Prenons l’exemple du désherbage : plutôt que d’utiliser des solutions chimiques, il s’agit de décaler les semis pour éviter la rencontre entre la plante et l’adventice. Intéressant mais complexe. Parce que « disposer de la lutte chimique nous concentre sur les risques de dommages maximum à l’instant, a analysé Pierre Ricci. Or il faudrait considérer l’ensemble des cycles, donc se préoccuper des adventices d’aujourd’hui mais aussi des banques de graines ». Chercheuse à l’Inra de Grignon, Muriel Morison réfléchit à l’élaboration d’itinéraires techniques intégrés en colza d’hiver. Mais « il existe une très grosse variété d’adventices et nous les connaissons très mal, a-t-elle indiqué. Or, comme les solutions passent par une complexification des systèmes de culture, il est très important de connaître la biologie des espèces ». Nicolas Munier-Jolain, chercheur à l’Inra de Dijon, regrette tout particulièrement de ne pas mieux appréhender la période de levée des adventices selon les régions, les sols, les espèces. « C’est pourtant très important pour piloter les faux semis », a-t-il observé. Phytopathologistes et agronomes ont donc du pain sur la planche… Et peut-être que l’innovation viendra un jour à bout des « 50 %, si possible ».

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