L’industrie alimentaire innove davantage dans ses procédés, ses emballages et son marketing que dans ses produits. Les innovations passent en priorité par les grandes entreprises et visent surtout la conquête de nouveaux marchés et l’élargissement des gammes. Dans la période 2002-2004 qui fait l’objet de la dernière enquête du SCEES sur l’innovation, près de 60% des entreprises agroalimentaires ont innové sous une forme ou sous une autre, ce qui est davantage que dans la période précédente (1998-2000).
Quoi de neuf dans l’agroalimentaire ? demande le dernier bulletin Agreste. Davantage de nouveautés touchant les procédés de fabrication que les produits, même si ces deux opérations vont souvent de pair, si l’on en croit l’enquête réalisée sur la période 2002-2004 auprès des entreprises de l’industrie alimentaire. Et une bonne dose de changements dans le marketing et l’organisation du travail. Parmi les entreprises de plus de 10 salariés, 41% ont innové au moins une fois dans la période sur un procédé ou un produit. Un tiers ont renouvelé leur marketing et un peu plus ont modifié l’organisation du travail. Les innovations de procédés, de produits ou encore d’organisation sont par leurs fréquences comparables à celles des autres industries. Mais les nouveautés de marketing sont plus fréquentes dans l’agroalimentaire, où les entreprises s’attachent autant au contenant qu’au contenu. Au total, près de 6% des entreprises ont innové.
Marketing et emballage au cœur des nouveautés
Les nouveaux produits alimentaires n’ont qu’une influence modeste sur le volume des ventes. Pour la moitié de l’échantillon, ils ne représentent que 8% du chiffre d’affaires. Seules 10% des firmes font au moins 30% de leurs ventes avec de nouveaux produits. Ces résultats illustrent la pérennité des habitudes alimentaires. La création de produits nouveaux pour le marché mobilise en fait 20% des entreprises et est davantage répandue dans les plus grandes.
Se placer sur des créneaux occupés par les concurrents en offrant des produits déjà existants est une autre forme d’innovation, et c’est le lot des « sous-traitants » de la grande distribution, amenés à fréquemment s’adapter à la stratégie des donneurs d’ordre. Les petites entreprises se cantonnent plus volontiers aux modifications des procédés de production. Spécificité du monde agroalimentaire, l’innovation concerne souvent le marketing : modification de l’emballage ou du design par exemple lors d’un changement de recette. Un tiers des entreprises les ont mis en œuvre de 2002 à 2004. C’est deux fois plus que dans le reste de l’industrie. Même si les grandes entreprises agroalimentaires sont les plus novatrices, les petites innovent également en matière de marketing. Les changements relevant de l’organisation touchent toutes les tailles d’entreprise, mai sont également plus fréquents dans les grandes unités.
La conquête de nouveaux débouchés est le premier motif d’innovation dans les IAA. Signe de la pression concurrentielle, cet objectif concerne en premier lieur les fabricants sous arques de distributeur et les entreprises exportatrices. L’élargissement des gammes est la deuxième motivation pour innover. L’amélioration de la qualité des produits est aussi un objectif prioritaire. L’adaptation aux règlements et aux normes et la réduction des coûts sont jugées moins importantes par les IAA mais elles les préoccupent quand même davantage que dans la précédente enquête.
Parce qu’elle facilite la recherche et le développement ainsi que l’accès au financement, la taille des entreprises stimule l’innovation. Au-delà de 250 salariés, trois quarts des firmes ont innové sur un procédé ou un produit entre 2002 et 2004. Elles ne sont qu’une sur deux dans la tranche 50-250 salariés, et une sur quatre de 10 à 20 salariés. A caractéristiques identiques, les secteurs se distinguent également en matière d’innovation. Les entreprises innovantes sont plus nombreuses dans les produits sucrés, biscuits, chocolat, dans l’huile et le sucre que dans les secteurs viandes. Et plus encore dans les entreprises exportatrices.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Près de 90% des entreprises agroalimentaires innovantes ont une activité de recherche et développement, celle-ci étant pratiquée majoritairement en interne. Seul un quart des entreprises la sous-traitent. La R&D représente 87% des dépenses d’innovation, le reste de ces dépenses étant consacré à l’achat de machines et de logiciels, de connaissances externes, de formation du personnel.
7% du chiffre d’affaires
Au total, les IAA consacrent 7% de leur chiffre d’affaires au financement de l’innovation. En moyenne, une entreprise innovante sur cinq reçoit une aide publique, d’abord des collectivités locales et dans une moindre mesure de l’Etat. Les aides de l’Union européenne sont rares et ne servent que de complément. Les plus petites unités sont plus fréquemment aidées que les grandes, mais ces dernières bénéficient davantage de crédits d’impôts.
Le manque de moyens financiers en interne et le coût de l’investissement sont les premiers freins à l’innovation. Un grand nombre d’entreprises innovantes expliquent ainsi l’abandon d’un projet dans la phase de conception. L’incertitude de la demande et des positions bien établies d’entreprises concurrentes jouent dans une moindre mesure.
Le manque d’information sur la technologie, les difficultés à trouver du personnel qualifié ou des partenaires n’ont qu’une influence marginale sur la décision d’innover. Les entreprises qui n’innovent pas invoquent aussi l’argument financier. Elles font également référence à l’absence d’une demande réelle pour de nouveaux produits. C’est le cas des boissons dont la réputation provient souvent d’un savoir-faire traditionnel. Pour innover, la majorité des entreprises mobilisent des sources d’information propres. Un tiers recourent à une coopération extérieure, sous la forme d’un partenariat avec les fournisseurs d’équipement ou de matériel, les clients, ou encore les entreprises du groupe ou du réseau d’enseignes. Les coopérations avec d’autres entreprises agroalimentaires, avec des organismes publics ou privés de R&D ou avec l’enseignement supérieur restent exceptionnelles. Les IAA sont peu nombreuses à protéger leurs innovations en déposant un brevet. En revanche, la moitié d’entre elles protègent leurs marques.
En ce qui concerne la population des PME de moins de 20 salariés, on observe une progression sensible de l’innovation en produits ou procédés entre les deux enquêtes successives. Plus de 46% des entreprises considérées déclarent innover en produits ou procédés pour la période 2002-2004, contre 40% seulement entre 1998 et 2000.