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Diversification des cultures L’Inra analyse les freins pour dégager des pistes

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Hasard du calendrier, c’est exactement un mois après la journée ministérielle sur le « produisons autrement » que l’Inra présentait, le 18 janvier, les résultats d’une étude sur les freins et les leviers à la diversification des cultures en France. L’Institut de recherche agronomique en tire une série de « recommandations » qui touchent autant les filières que l’action publique. Et qui font écho à de nombreuses réflexions récurrentes dès lors qu’on parle de changement de pratiques en agriculture.

Malgré les atouts agronomiques environnementaux et économiques d’une diversification – intelligemment programmée – des cultures dans les rotations de la ferme France, la diversification des cultures « progresse peu ». C’est en partant de ce constat que l’Inra a planché, à la demande des ministères de l’Agriculture et de l’Ecologie, sur les « freins et leviers à la diversification des cultures ». Les résultats de cette étude, lancée il y a un an et demi, ont été présentés le 18 janvier. Première leçon : les freins identifiés, à travers l’étude de 12 cultures de diversification (1), sont multiples et se retrouvent à de nombreux maillons de la chaîne agroalimentaire. En conséquence, les solutions à trouver sont, elles aussi, multiples et doivent être mobilisées simultanément. L’Inra cite notamment trois leviers. Le premier serait de favoriser les débouchés pour les filières de diversification. En particulier, grâce à des mécanismes de différenciation ou de labellisation des produits issus de la diversification, souvent moteurs pour asseoir un débouché. En effet, ces mécanismes mettent en évidence l’avantage d’un produit par rapport au produit qu’il pourrait remplacer, que cet atout soit nutritionnel (c’est l’exemple du label nutritionnel Bleu-blanc-cœur), technologique environnemental, etc.

Des filières coordonnées

Deuxième levier identifié par les chercheurs, une meilleure coordination des acteurs de ces filières émergentes. En effet, pour un agriculteur, choisir une culture de diversification implique des investissements, en matériel comme en formation. Ce risque est plus facile à assumer si l’amont et l’aval de la filière apparaissent comme sécurisants, notamment grâce à la contractualisation pluriannuelle. En réalité, analysent les chercheurs, c’est la coordination des producteurs, coopératives, mais aussi de la R&D, des sélectionneurs de semences et des centres de gestion qui apparaît nécessaire. L’Inra suggère notamment de construire des modes de partenariat originaux, à l’image des clusters industriels ou sur la base des partenariats européens pour l’innovation. Du côté de la R&D, mobiliser les acteurs nationaux et régionaux est important, tant pour la sélection, que pour l’acquisition de références sur ces « nouvelles » espèces et sur les itinéraires techniques à trouver, autant de freins identifiés par l’étude.

Faire évoluer le modèle sociotechnique dominant et encourager les niches

Enfin, l’action publique, quant à elle, pourrait utiliser deux leviers, analysent ces experts (agronomes, économistes, etc.). D’abord, il s’agit de favoriser le développement des « niches d’innovation » dans lesquels émergent l’intérêt pour les cultures de diversification et qui contribuent à l’acquisition de connaissances sur ces filières, mais aussi de consolider les filières, grâce à la coordination de leurs acteurs.
Le deuxième levier suggéré pour l’action publique consiste à « inciter le régime sociotechnique standard à évoluer, à ouvrir des fenêtres d’opportunité, à la faveur desquelles certaines filières de diversification pourront se développer et dépasser le statut de niche. » Trois pistes sont mentionnées pour aller dans ce sens : profiter de la Pac pour susciter la diversification, promouvoir ces filières par la commande publique (restauration collective, isolation des bâtiments, etc.), et inciter à la réduction des intrants, puisque la simplification des rotations s’avère très corrélée à la hausse de l’utilisation des intrants : pesticides, engrais et eau.

(1) chanvre, féverole, lin (fibre et oléagineux), lupin, luzerne, moutarde condiment, pois protéagineux, pois chiche, soja, sorgho et tournesol (en zone Nord uniquement)

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