Abonné

Fruits et légumes L’Inra donne des idées pour relancer la consommation

- - 5 min

Michel Barnier a proposé des mesures d’incitation à la consommation de fruits et légumes, le 13 novembre, devant les experts de l’Inra. Ceux-ci rendaient publique une synthèse des connaissances sur le thème de la consommation de fruits et légumes et des politiques nutritionnelles possibles.

La consommation de fruits et légumes par les Français reste toujours inférieure aux recommandations nutritionnelles, indique l’expertise scientifique collective qui a été rendue publique le 13 novembre au Muséum d’histoire naturelle par l’Inra. Cette expertise, état des lieux des connaissances mondiales sur les bienfaits des fruits et légumes sur la santé, a été commandée par le ministère de l’Agriculture, pour évaluer notamment les facteurs susceptibles de favoriser la consommation de fruits et légumes. Pour l’Inra, les « comportements n’évoluent pas beaucoup » ; depuis le lancement, en 2001, du Programme national nutrition santé (PNNS) qui recommande de manger au moins cinq fruits et légumes par jour. Les Français, avec 340 grammes en moyenne par jour et par personne, sont encore au-dessous de la recommandation (400 gr quotidiens) de l’Organisation mondiale de la santé. Chaque ménage français a consommé 14,89 kg de fruits et légumes en 2006 contre 15,35 kg en 2005, selon une étude de TNS Worldpanel. Les quantités achetées par les Français ont baissé de 12% pour les fruits frais et de 14% pour les légumes frais (hors pommes de terre) entre 1997 et 2005, selon Interfel, l’interprofession des fruits et légumes.

La consommation de fruits et légumes la plus élevée est le fait des 55-65 ans. Le plus inquiétant est que ce n’est pas tant une question d’âge que de génération, a souligné Marion Guillou, p.-d. g. de l’Inra : les 55-65 ans sont les plus gros consommateurs non pas en raison de leur âge mais parce qu’ils appartiennent à une génération qui a grandi avec un mode de consommation plus équilibré, ont relevé plusieurs experts.

L’Inra admet que des études épidémiologiques récentes « n’ont pas permis d’établir clairement un lien de causalité entre l’accroissement de la consommation de fruits et légumes et une moindre incidence » des maladies comme le cancer, les affections cardio-vasculaires. Faut-il pour autant renoncer aux politiques nutritionnelles ? Marion Guillou a comparé l’état des connaissances sur les fruits et légumes à celles sur le tabac : le lien direct entre le tabac et les effets néfastes sur la santé n’a pas été plus prouvé que les bienfaits des fruits et légumes pour la santé, et pourtant cela n’empêche pas les politiques anti-tabac d’être mises en œuvre. On sait que globalement les populations qui mangent des fruits et légumes ont un équilibre nutritionnel meilleur que ceux qui n’en mangent pas, et que leur état de santé est meilleur, a-t-elle dit en substance.

La promotion doit commencer auprès de l’enfant

L’augmentation de la consommation passe par l’éducation dès le plus jeune âge. Les experts de l’Inra évoquent aussi les fausses pistes.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

consommation
Suivi
Suivre

Les prix bas seraient apparemment un moyen de relancer la consommation, mais le secteur de production est fragile, et ne peut encaisser des baisses de prix, a indiqué Louis-Georges Soler, économiste à l’Inra.

Les marges de manœuvre en génétique sont minces. En effet, en la matière, toute amélioration est affaire de compromis : quand on augmente le rendement, on réduit des éléments de qualités, notamment aromatiques, a souligné Xavier Leverve, directeur scientifique en nutrition humaine à l’Inra. De même, quand on augmente la capacité d’un produit à se conserver, il n’évolue plus, et perd son attrait pour les consommateurs.

Pour autant, des solutions pour relancer la consommation ont été expérimentées aux États-Unis, a indiqué Martine Padilla, économiste au Centre international des hautes études méditerranéennes (Ciheam). À Philadelphie, des marchés forains ont été installés, tandis que les pouvoirs publics ont dispensé une formation aux enfants dans les écoles, leur faisant découvrir les fruits et légumes. En Grande-Bretagne et aux États-Unis, se développe le concept du « fresh cut », fruits et légumes frais, mais coupés en dés, lamelles ou rondelles, dans un objectif de praticité avant tout.

Les solutions pour améliorer l’accessibilité des fruits et légumes sont à rechercher aussi dans l’agroalimentaire, la logistique et l’emballage. Xavier Leverve et Marion Guillou, ont indiqué les voies de recherche à poursuivre. C’est du côté des techniques de conservation, de surgélation, d’emballage, qu’il faudra trouver de nouvelles modalités de conservation, pour garantir la fraîcheur, pour manipuler et manutentionner des produits tout en faisant en sorte qu’ils conservent leur texture, leur jutosité et leurs arômes. « Nous aurons surtout besoin des connaissances de la chimie, de la biologie, des technologies du film d’emballage », a commenté Xavier Leverve.