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Ania (industries agroalimentaires) L’investissement, clé de sortie de crise des entreprises de transformation

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Les entreprises agroalimentaires françaises doivent investir si elles veulent sortir de la crise. Jean-René Buisson, président de l’Association nationale des industries alimentaires (Ania), qui l’affirmait le 1er juin lors d’une conférence de presse, estime que la bonne résistance des industries agroalimentaires françaises à la crise économique ne doit pas masquer une profonde carence d’investissement, dangereuse à long terme, et déjà en partie à l’origine des reculs de la compétitivité française.

Les industries agroalimentaires tardent à bénéficier de la reprise ; leurs marges ne sont que de 5,2% en 2010, alors que celles de l’industrie manufacturière en général est de 6%. Elles ne retrouveront leur compétitivité que si elles redressent la barre de l’investissement. Tel est le diagnostic qu’a dressé le président de l’Ania lors d’une conférence de presse le 1er juin.
« Les entreprises agro-alimentaires françaises ont fait le dos rond en 2009, mais redoutent les effets à long terme de la crise, notamment sur leur trésorerie », a-t-il indiqué. Si elles ont quasiment réussi à conserver les emplois (- 0,9%) en 2009, quand l’ensemble des industries manufacturières ont cédé 4,2%, elles ont perdu la première place mondiale à l’exportation qu’elles occupaient globalement en 2000. En 2008, elles sont passées de la deuxième place à la quatrième, derrière les Pays-Bas, l’Allemagne et les États-Unis.

« Nous n’investissons pas assez dans l’innovation »
La perte de compétitivité est particulièrement criante face à l’Allemagne, qui a « ciblé les aides à l’investissement de manière intelligente ». Outre-Rhin, l’industrie a « lourdement investi, avec le soutien de l’Etat et des régions, dans des domaines comme l’énergie, redonnant de la compétitivité à l’industrie, notamment laitière ». Avant la crise, « la France a surtout investi dans du matériel agricole, parfois superfétatoire », a commenté Jean-René Buisson.
L’indice sur lequel se focaliser selon lui est l’investissement. Il a chuté de 14% en 2009, pour tomber à 2,7% du chiffre d’affaires global, alors qu’en 2007 les entreprises investissaient encore 4% de leur chiffre d’affaires. « La chute des investissements traduit un attentisme des patrons », inquiets de l’environnement économique, surtout de la montée du chômage, qui risque de compromettre la relance de la consommation.
« Nous investissons à peine 1% de notre chiffre d’affaires en moyenne dans l’innovation. C’est peu », a estimé le responsable syndical. L’Ania travaille à la mise au point d’un dispositif d’encouragement à l’investissement des industriels dans la recherche, avec le Grand emprunt.

Relations avec les distributeurs : l’Ania en opposition avec les pouvoirs publics
Le combat pour la valeur ajoutée dans le contexte actuel est d’autant plus difficile pour les transformateurs que d’un côté les prix des matières premières remontent et que de l’autre les grandes et moyennes surfaces (GMS) font tout pour tirer les prix vers le bas.
A ce propos, le président de l’Ania a dénoncé la non-application de la loi de modernisation de l’économie (LME) par les enseignes de distribution sur le volet des relations fournisseurs-distributeurs. « J’avais accepté la LME du bout des lèvres, contre mes troupes, et à condition que des contreparties précises à la négociabilité (des tarifs des fournisseurs par les distributeurs) soit respectées. Or les distributeurs n’appliquent pas ces contreparties ». Les enseignes « s’asseyent sur les conditions générales de vente et sur les plans d’affaires ».
Devant les « grandes difficultés rencontrées par les entreprises » dans la mise en œuvre du volet relations commerciales de la LME, l’Ania demande que ces points évoqués ci-dessus soient précisés dans la Loi de modernisation de l’agriculture (LMA), puisque « les pouvoirs publics sont tout à fait opposés à ce qu’on touche à la LME ». « Nous sommes en opposition frontale avec les pouvoirs publics . Nous demandons que la LME s’applique, et si ce n’est pas possible il faudra en sortir ».

L’Ania propose trois amendements dans la LMA
Selon l’Ania, la LMA, dont le but est la compétitivité des filières agricoles, est le cadre adéquat pour faire figurer des amendements sur le thème des relations entre fournisseurs et distributeurs. Le revenu des paysans ne peut être garanti si la transformation agro-alimentaire, qui représente 70% de leurs débouchés, devient un maillon faible, rappelle-t-elle. L’association des industriels propose trois amendements dans la LMA, cadrant les relations fournisseurs-distributeurs.
– Il faut réaffirmer la primauté des conditions générales de vente (CGV) et du tarif. Les conditions générales de vente des fournisseurs sont le point de départ de la négociation commerciale.
– Après les CGV, sont discutées les conditions particulières de vente (CPV). « Il faut refuser une négociabilité qui ne serait pas assortie de contreparties sur des engagements concrets et vérifiables
– Un plan d’affaires de l’année doit être défini, résumant les CGV, les CPV et la négociation, pour que les éléments négociés ne soient pas sans cesse remis en cause.

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