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Coopératives L’investissement industriel, une tendance lourde des coopératives

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Avec des aléas de marché de plus en plus fréquents, les coopératives agricoles intègrent leurs débouchés de façon croissante. La mutualisation des investissements dans des outils industriels collectifs leur permet de capter la valeur ajoutée de leurs productions, tout en limitant l’impact des fluctuations de marchés sur leurs résultats.

«Lorsque les marchés deviennent fous, l’approche industrielle, qui consiste en l’investissement dans des outils en propre de la part de l’amont, permet de s’immuniser des variations de marché liées à la volatilité des prix », indique Steve Ohana, professeur de finance à l’ESCP Europe et co-fondateur de Riskelia. Les coopératives détiennent aujourd’hui, au travers de filières alimentaires et non alimentaires, les outils leur permettant de se prémunir en partie des risques de marché en maîtrisant l’offre et la transformation. « Les marchés financiers ne sont qu’un des moyens de se prémunir de l’incertitude », comme l’explique Olivier Reymondon, stratégiste marché de l’énergie pour la SNCF. Selon lui, « la gestion physique des stocks en est un autre, tout comme l’investissement dans des outils de production ou encore la recherche d’une plus grande maîtrise d’une filière en remontant vers l’amont ». Cette approche industrielle permet de s’éloigner d’une logique purement financière tout en bénéficiant des chaînes de valeurs.

Les coopératives de la moitié nord de la France font bloc derrière Tereos et Siclaé

Acquise en 2009 par le groupe coopératif Tereos, la distillerie de la vallée de l’Oise devrait traiter 80 000t/an de blé pour la production d’alcool de bouche. L’investissement dans des outils industriels de la part des coopératives agricoles est un phénomène en plein essor. Le groupe agro-industriel travaille ainsi avec onze coopératives céréalières de la moitié nord de la France, rassemblées au sein de la holding Tereos Agro-Industrie. Les céréaliers représentent 35% du capital de la holding. L’éthanolerie BENP Lillebonne, qui distille en éthanol 800 000t de blé par an, et l’amidonnier Syral, transformant 2,9Mt de céréales, font partie des industries de transformation développées par Tereos afin de valoriser les productions localement. Parmi les coopératives souhaitant mieux maîtriser leurs débouchés, Champagne Céréales, actionnaire à près de 60% du groupe agro-industriel Siclaé, accompagnée des coopératives agricoles Nouricia (18,56%), EMC2 (13,49%), La Champagne Colligny (2,34%) et Sézanne(1,98%), fait partie des leaders. Ces coopératives valorisent ainsi leurs collectes de céréales au travers des filiales de Siclaé comme Nutrixo, qui moud et utilise 1,3Mt/an de blé, ou Malteurop, leader mondial du marché du malt (11% du marché) avec une capacité de production de 2,2Mt. Les coopératives de Champagne transforment aussi leur maïs, avec une unité de production dans la Marne d’une capacité de 110 000t/an. L’amidonnerie et glucoserie Chamtor, traitant 400 000t/an de blé, permet aussi un débouché à haute valeur ajoutée pour les céréales locales. Enfin, l’unité de trituration Ineos Champlor/LMT oléagineux, opérationnelle depuis 2010 et d’une capacité de traitement de 400 000t/an de graines de colza, pourra produire 200 000t de biodiesel et 180 000t de tourteaux chaque année. Grâce à ce groupe industriel, Champagne céréales et les coopératives agricoles affiliées ont un moyen complémentaire aux services financiers de mise en marché pour mieux maîtriser leurs marges.

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