L'introduction de la notion de « services écosystémiques » dans le projet de loi Biodiversité pourrait augmenter les risques de marchandisation de la biodiversité.
«LA marchandisation de la biodiversité, on est en plein, on n'a pas attendu ce projet de loi pour s'en rendre compte », explique Nathalie Bertrand, docteur en économie au centre de Grenoble d'Irstea (1) lors d'une conférence de presse à Paris, le 14 mai. Dans le projet de loi Biodiversité qui doit être examiné par les parlementaires les 24, 25 et 26 juin prochain, la notion de « services écosystémiques » est introduite pour la première fois dans une loi. L'Irstea rappelle que ce sont « les services rendus par les écosystèmes, indispensables aux activités humaines ». Ils permettent notamment d'évaluer économiquement la demande en matière de biodiversité. « Les recherches menées visent à rendre compte de la complexité et de l'hétérogénéité de “la demande de nature” des citoyens (en termes de préférences, de motivations ou de valeurs attribuées à la biodiversité) », expliquent les experts de l'Irstea. Concrètement, il s'agit de donner une valeur en euros à différents biens de la biodiversité. Mettre une valeur monétaire sur la biodiversité pourrait alors entraîner sa marchandisation. Si la tendance inquiète, Nathalie Bertrand précise qu'elle est déjà utilisée. « Il existe des banques de compensation », rappelle-t-elle. Ce sont des actions écologiques qui permettent de contrebalancer les pertes de biodiversité dues à des projets d'aménagements (autoroutes, parcs éoliens, lotissements, etc). Ce processus n'est possible qu'à condition de pouvoir donner une valeur aux pertes de biodiversité.
Par ailleurs, l'Irstea rappelle que l'introduction de la notion de services systémiques dans le projet de loi Biodiversité peut être une opportunité pour la biodiversité « ordinaire ». Car « la biodiversité cible souvent des espèces rares (animaux sauvages par exemple), mais on sous-estime la biodiversité ordinaire (vers de terre, papillons…) qui n'est pas perçue par les citoyens », explique Philip Roche, écologue à l'Irstea.
(1) Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture
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(2) Office national de la forêt
«E ST-CE que la MAE (mesure agroenvironnementale) “prairies fleuries” change les pratiques des agriculteurs ? Non. Mais elle permet de maintenir les bonnes pratiques déjà en place », a affirmé Nathalie Bertrand, docteur en économie au centre de Grenoble d'Irstea (institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture), lors d'une conférence de presse à Paris, le 14 mai. Cette MAE est une obligation de résultats : avoir au moins quatre espèces de fleurs différentes dans les prairies. Concrètement, Nathalie Bertrand explique que les agriculteurs obtiennent déjà de tels résultats. Mais la politique publique permet de maintenir à moyen long terme les bonnes pratiques agricoles en faveur de la biodiversité via une compensation financière.