Abonné

En direct avec Lisa McCooey, porte-parole de la Confédération des industries agroalimentaires de l’UE (Ciaa)

- - 7 min

Agra alimentation: Un premier commentaire global sur le récent vote en 1ère lecture du Parlement européen sur la proposition de règlement relative à l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires ?
Lisa McCooey : C’est un vote plutôt positif pour nous, industrie agroalimentaire, mais il reste encore pas mal de travail devant nous car nous avons des soucis notamment en ce qui concerne la clarification des dispositions sur l’étiquetage nutritionnel. Nous devons analyser avec beaucoup d’attention les amendements complexes qui ont été adoptés à ce sujet et qui parfois sont contradictoires. Il nous faudra clarifier tout cela dans les prochains jours et semaines. Nous sommes ravis aussi du fait que le système d’étiquetage dit des « feux tricolores » ou « code de couleurs » (1) ait été rejeté par les eurodéputés. Nous saluons aussi le fait que les députés ont voté contre la possibilité pour les systèmes nationaux d’étiquetage nutritionnel de coexister avec un système communautaire. Selon nous la co-existence avec des systèmes nationaux ne peut que fragmenter le marché unique et susciter plus de confusion chez les consommateurs. En revanche nous regrettons que les eurodéputés aient adopté la mention obligatoire sur les étiquettes du lieu d’origine des produits alimentaires. Cela ne fera qu’alourdir encore plus les charges administratives de l’industrie...

Vous applaudissez le fait que les députés ont voté contre le système d’étiquetage dit des « feux tricolores ». C’est pourtant un système plus facile à comprendre par le consommateur de base, en un clin d’œil il peut se faire une idée sur le contenu sain ou moins sain des aliments qu’il achète... ?
Nous sommes vraiment contents que le système dit des feux tricolores ou code de couleurs ait été rejeté par une forte majorité de députés. Ceux-ci ont donné un signal positif à notre approche qui consiste à mettre à la disposition des consommateurs des données factuelles qui leur permettent de choisir en connaissance de cause. Nous considérons qu’il s’agit d’une approche plus correcte que celle des feux rouge, vert et orange qui est susceptible de troubler inutilement les consommateurs. Le système d’étiquetage nutritionnel volontaire développé par l’industrie, les RNJ ou GDA en anglais (2), fournissent des informations nutritionnelles factuelles et objectives concernant les nutriments et l’énergie contenus dans une portion. Les feux tricolores, au contraire, sont une évaluation subjective indiquant si un produit contient une quantité faible, moyenne ou élevée de chaque nutriment. Ils ne donnent donc pas aux consommateurs les informations nécessaires qui leur permettent d’opter pour une alimentation équilibrée.

L’industrie a bataillé contre la proposition de mentionner obligatoirement sur les étiquettes le pays d’origine ou la provenance des produits alimentaires. Sans succès apparemment...
C’est vrai et là nous trouvons que les eurodéputés sont allés un peu trop loin. C’est une question très complexe du fait qu’un produit peut contenir plusieurs ingrédients et indiquer l’origine de chaque ingrédient serait tout à fait compliqué. De plus, des amendements totalement contradictoires auraient été votés à ce sujet... On va vérifier ce qui a été vraiment voté par les députés... On se demande d’ailleurs si ce système pourrait fonctionner car rien n’est clair pour l’instant. On va voir comment le Conseil des ministres interprétera ce vote. On peut se demander quel impact aurait cette décision sur l’industrie mais aussi ce que ce vote apporte comme valeur ajoutée au consommateur. Décider d’augmenter le nombre d’informations nutritionnelles sur les étiquettes des produits à un moment où l’on parle tant de durabilité et de protection de l’environnement, ce n’est pas donner un bon exemple du tout ! Notre industrie fournit déjà assez d’informations aux consommateurs et d’une manière volontaire, il ne faudrait tout de même pas exagérer....

Certaines informations insinuent que l’industrie agroalimentaire aurait dépensé des sommes faramineuses – on parle d’un milliard d’euros – pour tenter d’influencer les votes des députés. Que répondez-vous à de telles affirmations ?
Nous sommes vraiment déçus par la teneur de certains articles de presse. Ces journalistes n’ont pas du tout vérifié les sources statistiques de leurs informations, ils n’ont même pas pris la peine de nous contacter. Dire qu’une organisation comme la Ciaa a dépensé un milliard d’euros pour faire du lobbying auprès des députés dans la situation économique que l’on connaît, c’est vraiment une folie ! Cela ne nous coûte rien d’envoyer des e-mail ou des fax à des députés européens et notre action, qui consiste à faire le suivi de la législation européenne concernant nos industries, est tout à fait légitime. Nous avons organisé quelques évènements au sein du Parlement européen sur la question de l’étiquetage et de l’information des consommateurs mais les députés sont libres, ils ne sont pas obligés de venir à nos conférences et débats. C’est très facile à ces tabloïds britanniques qui sont « anti-industrie » de faire de tels reproches et contre cela nous n’avons pas les moyens de nous défendre.

Oui mais le chiffre d’un milliard d’euros qui a été évoqué, d’où sort-il ? A quoi correspond-il exactement ?
Ce chiffre de 1 milliard d’euros est d’abord une simple estimation et il n’a rien à voir avec nos campagnes de lobbying auprès des députés. C’est le coût estimé des dépenses que l’industrie a faites durant ces cinq dernières années dans le cadre de nos engagements au sein de la Plateforme européenne d’action sur l’alimentation, l’activité physique et la santé qui vise à réduire les maladies liées au mode de vie. Nos industries membres ont investi des sommes importantes dans la recherche, les innovations, la reformulation des produits, l’étiquetage, la modification de la taille des portions et autres nouveaux design... Cela coûte une fortune pour une PME de modifier ses étiquettes et n’oublions pas que la Ciaa compte 310.000 sociétés dont 90 % sont des PME.

(1) Ce système utiliserait le rouge, l’orange et le vert pour indiquer aux consommateurs si le niveau (par 100 g ou 100ml d’aliment) des nutriments essentiels (matières grasses, graisses saturées, sucres et sel) est « élevé », « moyen » ou « faible » d’un point de vue de santé publique. La classification par couleurs doit se baser sur des critères indépendants et scientifiques, comme par exemple un avis de l’Autorité Européenne de Sécurité Alimentaire (Aesa).

(2) En 2006, la Ciaa s’est engagée à développer un modèle d’étiquetage nutritionnel volontaire qu’elle souhaite étendre à l’ensemble de l’industrie agroalimentaire européenne. Le modèle repose sur les Repères Nutritionnels Journaliers (RNJ ou Guideline Daily Amounts, GDA en anglais) qui indiquent la quantité d’énergie et de nutriments contenue dans une portion d’une denrée alimentaire ou d’une boisson.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

consommateurs
Suivi
Suivre
Parlement européen
Suivi
Suivre