Le patriotisme économique a franchi les Alpes. L’Italie fait de la défense de son industrie de la tomate un sujet de mobilisation nationale. Face à la vague de produits chinois, le gouvernement de Silvio Berlusconi compte demander à Bruxelles de suspendre les importations de concentré.
L’assaut de la Chine sur le marché européen du concentré de tomate prend un tour politique. Le gouvernement italien de Silvio Berlusconi a décidé de saisir la Commission européenne pour endiguer l’afflux des importations de concentré chinois. Selon le quotidien Il Messagero, les autorités italiennes veulent obtenir une suspension immédiate de ces arrivages en raison de la chute des cours enregistrée dans la péninsule. Elles souhaitent préserver une industrie locale qui a produit 5,3 millions de tonnes de concentré, en 2005, la première en Europe, loin devant l’Espagne (2,4 millions de tonnes).
157000 tonnes importées en 2004
L’an dernier, l’Italie a importé 157 000 tonnes de concentré chinois. Ces produits ont été débarqués en fûts à Salerne et Naples pour être réexportés, à 90%, en Afrique, simplement reconditionnés ou intégrés dans des denrées de basse qualité, indique Sophie Colvine, la secrétaire générale d’Amitom (Association internationale méditerranéenne de la tomate transformée).
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Avec cette demande italienne se joue aussi une opposition entre les industriels du nord de la péninsule, principaux fabricants de concentré et ceux du sud, tournés vers le reconditionnement des produits, indique un expert français. Selon lui, le différentiel de prix entre les concentrés chinois et européens se situe aux alentours de 200 euros la tonne. A qualité non équivalente, s’empresse-t-il de préciser.
Le concentré Français en perte de vitesse
Une telle levée de bouclier pour défendre l’industrie de la tomate européenne pourrait-elle gagner la France ? « Ce serait alors sans le soutien des industriels qui font en sorte de fragiliser la production depuis le rachat du Cabanon par le chinois Chalkis », indique l’expert. Il note amèrement la baisse continue de la production hexagonale. Elle était de plus de 300 000 tonnes en 2000 mais devrait difficilement atteindre les 160 000 tonnes cette année. Au dernier pointage, quelques jours avant la fin de la campagne, 142 000 tonnes de concentré avaient été produites. Moins d’une dizaine d’opérateurs se partagent le marché avec trois principaux acteurs : Le Cabanon, Conserves France et Tomates d’Aquitaine. Mais leur production couvre à peine plus de 10% des besoins français en concentré de tomate.