Contrats, coopérative, Pac, organisation de producteurs…, la Fédération nationale des producteurs laitiers (FNPL) a écrit son Livre blanc, rendu public le 14 avril. Les relations entre coopératives et éleveurs sont pointées du doigt.
Le Livre blanc, annoncé par la Fédération nationale des producteurs laitiers (FNPL) lors de son dernier congrès, en mars, à Albi, a été rendu public le 14 avril lors d'une conférence de presse. Il positionne clairement les grandes lignes directrices de la FNPL pour les années à venir, à la suite de la fin des quotas laitiers. « La Pac a diamétralement changé, le contexte de marché aussi », tel est résumé en une phrase le cadre politico-économique dans lequel s'inscrit ce Livre blanc. Face à cela, la FNPL a structuré, noir sur blanc, ses propositions autour de trois axes : mieux appréhender la volatilité et les crises dans un marché en croissance, organiser la filière au service de la dynamique des exploitations et créer un environnement favorable pour les exploitations. Plus globalement, elle reprend les positions qu'elle défend depuis plusieurs mois : un audit de la contractualisation et une remise à plat des contrats entre éleveurs et industriels, la structuration des organisations de producteurs (OP), la définition d'indicateurs de crise au sein de la Pac et la définition de nouveaux indicateurs pour réindexer le prix du lait dans les contrats en accord avec tous les membres de la filière.
La contractualisation, un outil de blocage ?
« La contractualisation ne doit pas être un outil de blocage », s'est exclamé Thierry Roquefeuil, président de la FNPL. Or aujourd'hui, « on va plus vers des moments de blocage que de dynamisme dans la construction laitière », analyse-t-il, d'où la demande d'un audit sur la contractualisation mené par Yves Berger, ancien directeur d'Interbev, Yves Riou et Yves Marchal du Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux (CGAAER). D'après le Livre blanc, « plusieurs clauses des contrats posent problème dans leur rédaction. Ce sont notamment les clauses de prix et surtout de sauvegarde qui doivent être précisées et “objectivées” » (voir Agra-Presse n°3491). Les clauses d'exclusivité ou d'apport total sont une entrave à la liberté d'entreprendre des éleveurs ». André Bonnard, secrétaire général de la FNPL, précise : « Si une entreprise veut une sécurisation de son approvisionnement », comme avec la clause d'exclusivité, « alors cela se paye ! ». Il estime également, faisant référence aux catégories de prix (A, B, C), que « si les prix sont en cascade avec des tarifs non rémunérateurs accompagnés d'une clause d'apport total », cela rompt cette clause. « En instaurant des prix dissuasifs, les coopératives sont sorties d'elles - mêmes de la clause d'apport total », continue-t-il.
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Fluidifier les volumes échangés de lait sur le marché
La suppression de la clause d'apport total est également une manière de fluidifier le marché, selon la FNPL, par la mobilité – de nouveau possible – des volumes de lait. Cette dernière revendique également des contrats collectifs entre organisations de producteurs et industriels afin d'amener de la souplesse dans les échanges et de redonner du pouvoir aux éleveurs dans les relations commerciales. Dans ce Livre blanc, la transparence des coopératives est également indirectement remise en cause. « Les éleveurs doivent se sentir acteurs du développement coopératif et accéder à toute l'information, qu'elle soit stratégique, économique ou industrielle[…] Le sentiment de nombreux coopérateurs est qu'ils n'ont aucun pouvoir et que la coopérative décide seule des orientations, que ce soit en termes de prix, de volume ou de stratégie industrielle », est-il écrit. Il est important de « former les sociétaires », estime André Bonnard. D'après lui, « lors des assemblées générales de section, lieu des délibérations, les éleveurs sont absents ou ils ne comprennent pas ce qu'il leur est présenté. Ils n'entendent pas au travers des chiffres la stratégie qui leur est annoncée ».
«I l a été acté que la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) sera beaucoup plus présente à l'international », s'est exclamé André Bonnard, secrétaire général de la FNPL, le 14 avril. Le syndicat compte sur la présence d'éleveurs étrangers pour défendre l'élevage français, au travers d'un groupe d'éleveurs ambassadeurs. « Beaucoup d'éleveurs étrangers se sont installés en France, qui maîtrisent des langues étrangères », explique André Bonnard. Près d'une vingtaine par département de l'Ouest, estime-t-il, souvent de nationalité danoise, hollandaise ou allemande. Ils ont vendus leur quota et réinvesti en France puisqu'il « est possible d'accéder au métier autrement que par héritage », souligne Marie-Thérèse Bonneau, vice-présidente de la FNPL. D'après elle, « ils voient les points positifs : accès au métier, foncier moins chers, aspects sociaux. Ils ont eu l'opportunité de risquer une installation » en France et « surtout y sont restés ». Ces ambassadeurs de la « ferme France » auront pour « objectif », entre autre, « de renforcer l'implantation des groupes [industriels] leaders en France », selon le Livre blanc de la FNPL.