L’Observatoire de la formation des prix et des marges a rendu son rapport 2020. Selon son président Philippe Chalmin, il est encore trop tôt pour constater les éventuels effets de la loi Egalim sur la formation des prix et des marges. Les experts ont également donné une première analyse "à chaud" de l’impact du Covid-19 sur les différentes filières agroalimentaires.
La loi Alimentation, censée rééquilibrer les relations entre producteurs, industriels et distributeurs, n’a pas eu d’effets sensibles sur les prix payés aux agriculteurs en 2019, a estimé Philippe Chalmin, le président de l’Observatoire de la formation des prix et des marges (OFPM). « C’est encore un peu trop récent », a déclaré ce dernier, lors d’une visioconférence de presse de présentation du rapport 2020, le neuvième depuis sa création. L’OFPM a pour mission d’étudier les coûts de production, de transformation et de distribution, afin d’assurer plus de transparence sur la formation des prix des produits alimentaires.
La loi Alimentation (Egalim), promulguée fin 2018, vise notamment à permettre aux 448 000 agriculteurs français de vivre de leur métier, avec des prix davantage calculés sur la base de leurs coûts de production. Les décrets d’application ont été publiés en cours d’année 2019, a rappelé l’économiste, qui n’a pas constaté depuis de « modification radicale » sur la formation des prix et des marges. En 2019, les prix payés aux agriculteurs ont progressé en moyenne de 1,8 % par rapport à 2018, selon le rapport de l’Observatoire. Ils ont augmenté de 21,9 % pour le porc (qui a bénéficié d’une forte hausse de la demande en provenance de Chine où la peste porcine africaine a dévasté le cheptel), de 9,7 % pour le blé dur, de 7,2 % pour les légumes, de 3,9 % pour le lait de vache et de 2,7 % pour les volailles. À l’inverse, les prix ont reculé pour les fruits (-5,9 %), les bovins et veaux de boucherie (-1,3 %) et le blé tendre (-0,9 %). Les prix payés aux éleveurs de bovins n’ont jamais couvert leurs coûts de production depuis la création de l’Observatoire en 2010, a fait remarquer Philippe Chalmin. Et pour le lait, les prix de vente collaient « à peu près » aux coûts de production en 2019, « sauf pour les producteurs de lait de montagne », a-t-il souligné. Évoquant une « absence de transparence caractéristique de l’industrie laitière », l’économiste a regretté que les groupes privés et les coopératives du secteur n’aient pas participé aux travaux de l’Observatoire.
Concernant les marges de la grande distribution, les données de l’année 2018 (celles de 2019 n’étant pas encore totalement disponibles) examinées par l’Observatoire font apparaître pour l’ensemble des rayons alimentaires frais, après imputation des charges, une marge de 1,8 % avant impôt, en baisse par rapport à 2017 (2,2 %). « L’univers viande reste globalement positif (4,6 % avant impôt) grâce aux rayons volailles (8,6 % avant impôt) et charcuterie (8,5 % avant impôts) qui dégagent les marges nettes les plus élevées et compensent un rayon boucherie toujours déficitaire (- 1,4 % avant impôt) », peut-on lire. À l’inverse, le rayon boulangerie dégage une marge déficitaire (-1,1 % avant impôt) « du fait notamment du poids important de la main-d’œuvre dédiée » et le rayon marée, comme les années passées, reste le plus déficitaire (-7,1 % avant impôt). Et du côté de l’euro alimentaire, qui permet d’évaluer la répartition de la valeur ajoutée induite par la consommation alimentaire, les résultats « confirment la tendance au recul du poids de l’agriculture dans la valeur de l’alimentation », est-il encore précisé.
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Et l’après confinement dans tout ça ?
Si le présent rapport de l’OFPM traite des données de 2019, ses auteurs ont souhaité apporter « une première analyse « à chaud » de la manière dont les filières agricoles et alimentaires ont subi et se sont adaptées » aux contraintes qu’a entraînées la récente crise sanitaire. Une synthèse, réalisée sur la base de données partielles, « beaucoup plus qualitative et subjective sous la responsabilité et la plume du seul président », est-il précisé.
Les 55 jours de confinement entre mars et mai derniers ont totalement modifié les modes de consommation alimentaire et bouleversé les circuits industriels et commerciaux. Des bouleversements pour les filières, les consommateurs et les distributeurs qui permettent de tirer quelques enseignements. Pour sa part, le consommateur, privé de restauration hors domicile, a dû « cuisiner », mais n’a globalement « pas payé plus cher son alimentation et n’a pas souffert de pénuries ». De leur côté, « les différents maillons du complexe agroalimentaire ont bien fonctionné », selon les experts, chacun faisant face à ces bouleversements avec une certaine efficacité. « Ce qu’il faut retenir aussi, c’est que concertation et même solidarité ont été à l’ordre du jour. Alors que l’on commençait à déplorer une lente dilution de “l’esprit” des EGAlim, cette épreuve a permis de retrouver un climat de conciliation au niveau interprofessionnel, avec un recours peut-être un peu moins systématique aux arbitrages de la puissance publique », selon Philippe Chalmin. Une logique qui a présidé, rappelle-t-il à la création de l’Observatoire de la formation des prix et des marges et qu’il souhaite voir « perdurer au-delà de la crise ».