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Loop à l’épreuve du magasin

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Après 17 mois de test en e-commerce, Loop et Carrefour déploient, dans sept magasins de proximité parisiens, la vente de trente produits dont les contenants sont consignés. Les objectifs visent à favoriser le réemploi des emballages et limiter les plastiques à usage unique qui seront interdits en 2040, mais aussi rendre plus visible cette solution de distribution circulaire, pour l’instant encore confidentielle. Pour espérer s’imposer, Loop et les marques partenaires (1) doivent enrichir l’offre, baisser les prix des produits, rationaliser la chaîne logistique.

Depuis mi-novembre, Carrefour déploie dans sept de ses magasins de proximité franciliens la solution Loop de distribution circulaire de produits alimentaires et non alimentaires qui, depuis son lancement en mai 2019, n’existait qu’en e-commerce (1). Cette intégration dans le réseau physique des points de vente vise à élargir son audience actuellement limitée à 200 clients sur carrefour.fr. « Les deux premières semaines suivant l’ouverture du service dans le drive piéton du Carrefour Bizot nous avons vendu 450 produits estampillés Loop avec un taux de recrutement de clients de 10 % », précise Bertrand Swiderski, directeur développement durable du groupe Carrefour. Ces chiffres restent aujourd’hui très modestes, mais la meilleure visibilité des produits et du service en magasin devrait logiquement les booster. « Il faut du temps pour changer des habitudes de consommation », reconnaît Blandine Surry, directrice générale de Loop Europe depuis janvier 2020, après vingt ans passés chez Danone.

Les enseignements de l’expérimentation

La phase pilote menée avec la plate-forme maboutiqueloop.fr (Agra Alimentation du 7 mars 2019) « nous a permis d’organiser l’amont de la boucle avec les marques partenaires, de co-développer des contenants consignés et de vérifier que le concept est bien compris par les consommateurs et qu’il leur plait », poursuit Blandine Surry. Les marques partenaires de leur côté ont beaucoup appris durant cette phase expérimentale. « Elle nous a permis de lever certaines de nos appréhensions tout en sachant que nous ne nous serions pas engagés dans cette voie sans Loop et la participation d’autres grandes marques reconnues », assure Roberto Bellino, responsable RSE chez Lesieur. « Nous avons rapidement constaté que l’organisation et le fonctionnement de nos chaînes de production sont tout à fait compatibles avec l’adoption de contenants consignés sans tout remettre en cause, ce qui est porteur d’avenir pour le développement de l’économie circulaire », détaille-t-il.

À l’origine, Lesieur proposait une huile d’olive bio et une huile de tournesol vierge et une de mayonnaise bio. « Finalement, nous avons renoncé à la mayonnaise car elle n’était pas suffisamment achetée et pose des problèmes de réemploi de contenant. Plus globalement, Loop nous aide à concrétiser plus tôt certains de nos engagements RSE, comme d’atteindre 100 % de recyclabilité de nos emballages dès 2023 », reconnaît Roberto Bellino.

Enrichir l’offre et baisser les prix

Parmi les axes de progrès, l’offre produits reste à enrichir. « Nous ne couvrons pas tous les besoins de consommation courante, mais nous allons passer à une cinquantaine de références au premier trimestre et au double avant la fin de l’année », plaide Blandine Surry. À noter qu’entre le lancement de Loop en 2019 et aujourd’hui, le catalogue Loop est passé de 137 à 31 références pour un nombre de marques quasi identique. « Au départ, il y avait une centaine de références de notre MDD Nevoli pour satisfaire les besoins élémentaires notamment en produits secs alimentaires. Elles ont été retirées depuis sachant qu’un grand fabricant de pâtes rejoindra très prochainement la boucle », assure-t-elle.

Il y a aussi la question sensible du prix des produits qui, une fois le coût de la consigne déduit (de 10 centimes à 3 euros selon les contenants), reste supérieur, parfois de plusieurs dizaines de pourcents, à l’offre conventionnelle correspondante. « L’augmentation des volumes va forcément avoir un impact positif sur les prix, l’objectif est de tendre à une convergence du prix des contenus de Loop avec l’offre conventionnelle de la même marque, c’est l’enjeu de négociations avec les industriels partenaires », précise Bertrand Swiderski.

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Un bilan carbone loin d’être optimal

Enfin, la chaîne logistique mériterait d’être optimisée. En effet, une fois les produits consommés, leurs contenants sont récupérés dans les entrepôts franciliens de Carrefour, centralisés ensuite dans la métropole lilloise, envoyés pour le lavage au sein de la Société Nouvelle NPI Ultrasons à Besançon qui les dispatche dans les différents sites de production des marques, pour être à nouveau remplis. Au total, les contenants ont souvent parcouru plus de 1 000 km. C’est pourquoi l’intégration d’un site de lavage par Loop devrait rendre la boucle plus vertueuse (lire encadré).

On peut également interroger la pertinence de Loop en comparaison de la vente en vrac en pleine expansion en France. Selon Réseau Vrac, ce marché pesait 1,2 Mrd€ de chiffre d’affaires en 2019 en progression de 41 % et les prévisions tablent sur son triplement d’ici à 2022. « C’est évidemment une solution à laquelle nous travaillons parallèlement à l’expérience de Loop », confirme Roberto Bellino.

id="NOTE_MAQUETTE">1) Les 24 marques partenaires sont Bonduelle, Brâam, Coca-Cola, Fanta, Sprite, FuzeTea, Tropicana, Danone, Evian, Badoit, Vittel, San Pellegrino, Nutella, la Biscuiterie de Provence, Milka, Chocapic, Nesquik, Ricoré, Puget, Lesieur, Herbal Essences, Maison Verte, Nivéa et l’Oréal.

 

Loop se dote de centres de nettoyage de contenants

Depuis son lancement en mai 2019, Loop faisait appel à la Société nouvelle NPI Ultrasons basée à Miserey-Salines (nord de Besançon) pour nettoyer les contenants des produits des marques partenaires. Ce contrat s’achevant en mars et compte tenu de la montée en puissance espérée de Loop en France et en Grande-Bretagne (Tesco proposera en mai dans ses magasins 100 best sellers Loop), la filiale de Terracycle va créer avec Ecolab Inc un site de nettoyage dans le sud de l’Angleterre (localisation et investissement non précisés). Au fur et à mesure que le nombre de contenants et leur fréquence de nettoyage augmenteront, Loop prévoit de se doter, dès cette année, d’un deuxième site de lavage en Ile-de-France, à proximité immédiate du bassin de consommation de ses produits limité pour l’instant à huit départements franciliens.