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Loop, un projet louable qui soulève des questions

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Plateforme de e-commerce créée par TerraCycle avec l’aide financière de 25 multinationales, Loop proposera, au printemps, à Paris et New York, une centaine de produits de grande consommation dont les emballages consignés seront récupérés, nettoyés et remplis pour être remis sur le marché. Un projet circulaire et vertueux visant à réduire les emballages à usage unique et la production de déchets, dont certains aspects restent toutefois encore très flous.

Plateforme de e-commerce créée par TerraCycle avec l’aide financière de 25 multinationales, Loop proposera, au printemps, à Paris et New York, une centaine de produits de grande consommation dont les emballages consignés seront récupérés, nettoyés et remplis pour être remis sur le marché. Un projet circulaire et vertueux visant à réduire les emballages à usage unique et la production de déchets, dont certains aspects restent toutefois encore très flous.

Le 24 janvier au Forum économique et social de Davos, Tom Szaky, p.-d.g. fondateur de TerraCycle Inc, entreprise américaine spécialisée dans le recyclage des déchets (32 millions de dollars de chiffre d'affaires en 2018), a présenté Loop, nouveau modèle d’économie circulaire destiné à réduire l’utilisation des emballages à usage unique de produits de grande consommation grâce au retour de la consigne. Cette plateforme de e-commerce (maboutiqueloop.fr) proposera des produits alimentaires et non alimentaires des principales multinationales du mass market (voir encadré) dont les emballages consignés seront réutilisés. "Loop a été conçu afin d’éliminer le déchet à sa source et vise au-delà, à améliorer l’expérience des consommateurs qui pourront désormais acheter des produits de grandes marques livrés dans des emballages conçus spécialement pour être durables, réutilisables ou entièrement recyclables", a précisé Tom Szaky.

Et d’annoncer enfin le lancement conjoint de Loop à Paris et à New York au printemps 2019, sans toutefois donner de date plus précise. Une information qui, aujourd’hui, demeure toujours aussi floue. Même si, en se fiant à un film publicitaire de Lesieur, l’un des partenaires de Loop, l’entrée en service du site pourrait intervenir en mai.

Carrefour, distributeur partenaire exclusif

Dans sa phase de lancement, Loop vendra une centaine de références correspondant aux unités de besoin les plus fréquemment consommées à l’exception des produits frais : pâtes, riz, farine, sucre, céréales, thé, café, chocolat, fruits secs, jus de fruits, eau, huile et vinaigre, produits d’hygiène et d’entretien (gel douche, shampoing, crème, rasoir, couches, lessive, etc.). En tant que distributeur partenaire en France, Carrefour y verra une vingtaine de références de ses marques propres conventionnelle et bio, l’enseigne ayant annoncé dans Challenges vouloir tester l’été prochain la consigne dans ses drives, un canal de distribution jugé particulièrement adapté. À noter que ce partenariat exclusif est limité dans le temps sans que Loop ou Carrefour n’en précisent l’échéance.

Car, au même titre qu’elle souhaite enrichir rapidement son offre de produits en faisant appel à d’autres marques, sans exclure celles issues de PME, la plateforme a pour objectif d’étendre ses partenariats à d’autres distributeurs, notamment pour pouvoir créer des corners dédiés dans leurs réseaux de magasins et augmenter ainsi les points relais de distribution des produits et de récupération des emballages. À noter qu’à New York, Loop n’a, pour l’instant, pas signé de contrat exclusif avec un distributeur, contrairement à l’accord déjà conclu avec Tesco pour son lancement à Londres, prévu en septembre.

En France, une fois commandés, les produits seront acheminés uniquement dans les départements 75, 91, 92 et 93 par un transporteur partenaire, qui n’est pas encore connu officiellement (UPS interviendrait seulement à New York). "L’objectif est de s’appuyer sur les réseaux et partenaires logistiques éprouvés de Carrefour", précise Cécile Hourse, chargée de la communication chez Loop. Chaque commande sera livrée à J + 1 dans un sac réutilisable une centaine de fois, recyclable en fin de vie et pouvant contenir une vingtaine d’articles (dimension du sac : 50x40x40cm). "Le coût de la livraison de 25 € sera dégressif en fonction du nombre de produits achetés et du taux de remplissage du sac. Pour un sac plein, la livraison sera gratuite, pour un sac à moitié plein elle sera facturée de moitié et ainsi de suite, le but est d’inciter les consommateurs à optimiser leurs commandes", poursuit Cécile Hourse.

Un modèle logistique complexe

Une fois les produits consommés, les emballages vides (consigne de 1 à 3 € selon le packaging) seront récupérés par le même transporteur pour être regroupés au sein d’une plateforme logistique située dans la métropole lilloise (soit à 200 km de la zone de chalandise). Puis, ils seront transférés à Besançon (à 600 km) chez un prestataire spécialiste du nettoyage des contenants répondants aux exigences sanitaires des produits alimentaires et d’hygiène beauté. Enfin, une fois nettoyés, ils seront renvoyés sur les sites de production de chacune des marques partenaires pour être à nouveau remplis avant de repartir dans un nouveau cycle de commercialisation.

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On peut logiquement se demander quel sera le bilan carbone de cette chaîne logistique comprenant au moins cinq étapes et plus de 1 000 km. Pour se limiter au cas de Lesieur qui référence sur Loop une huile d’olive bio, une huile de tournesol et une mayonnaise bio, les emballages lavés à Besançon devront ainsi être rapatriés sur deux sites de production distincts, à Vitrolles (Bouches-du-Rhône) pour les huiles et à Grande-Synthe (Nord) pour la mayonnaise, soit à respectivement 546 et 650 km au sud et au nord de la France. "Le modèle de Loop vise à réduire l’impact environnemental global du produit sur tout son cycle de vie. Ainsi, les circuits logistiques sont optimisés grâce à des livraisons assurées par un distributeur prestataire utilisant des circuits déjà existants", tempère Roberto Bellino, responsable RSE de Lesieur. "À partir de cinq réutilisations, l’empreinte carbone des emballages Loop sera de 50 % inférieure à celle d’un emballage à usage unique et de 75 % à compter de 11 cycles", argumente, de son côté, Cécile Hourse.

Pédagogie et sensibilisation

Certaines marques, notamment The Body Shop, Coca Cola, Evian ou encore CoZie, apportent leurs propres emballages réutilisables qui ont été validés par l’équipe R & D de Loop en termes de durabilité, de solidité, de capacité de lavage et de composition à partir de matériaux simples et non mélangés pour faciliter leur recyclage en fin de vie. D’autres, telles Häagen-Dazs, Milka, Pantene ou BIC, ont fait appel à l’expertise de TerraCycle pour co-concevoir des contenants répondant aux mêmes exigences. "Ce qui a favorisé des innovations, comme par exemple le nouvel emballage des glaces Häagen Dazs qui permet de les conserver au frais une à deux heures après leur sortie du congélateur", précise Cécile Hourse.

Au-delà des questions sur la pertinence de son modèle logistique qui devra être évalué à l’usage, Loop s’inscrit dans une prise de conscience de plus en plus partagée au sein de la société mais aussi parmi les industriels et les distributeurs pour limiter l’usage des emballages en plastique. Une source de pollution majeure : 60 % des plastiques retrouvés dans l’environnement proviennent en effet des emballages de conditionnement, de transport et de protection des produits qui ne représentent pourtant qu’un tiers de l’utilisation totale de ce matériau.

Une mobilisation qui s’illustre dans le Pacte national sur les emballages plastiques signé le 21 février par Brune Poirson, secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, six distributeurs (Auchan Retail France, Carrefour, Casino, Franprix, Monoprix et Système U), sept industriels (Biscuits Bouvard, Coca Cola European Partners, Danone, L’Oréal, LSDH, Nestlé France et Unilever) et deux ONG (Fondation Tara Expéditions et WWF France). Dans la logique de la Feuille de route pour l’économie circulaire, ce pacte, qui se veut incitatif plutôt que coercitif, vise notamment à ce que les entreprises signataires atteignent collectivement, dès 2022, le seuil d’usage de 60 % d’emballages effectivement recyclés et 100 % d’ici à 2025 en développant des solutions éco-conçues réutilisables ou entièrement recyclables.

"Loop s’inscrit dans cette dynamique et va permettre de faire de la pédagogie, de sensibiliser et d’éduquer les consommateurs sur les questions d’impact environnemental de la consommation de masse. Sa force est d’avoir réussi à mobiliser les plus grandes multinationales alimentaires et non alimentaires autour de ces enjeux et de proposer, dès son lancement, une variété de produits suffisante pour que le modèle fonctionne et s’impose à grande échelle", estime François Vallée, directeur marketing et communication de Comerso, spécialiste de la valorisation des invendus (Agra Alimentation du 14 février 2018). Mi-février, 50 000 personnes s’étaient pré-inscrites sur la plateforme Loop tant à Paris qu’à New York, en sachant qu’en France la géolocalisation des inscriptions accepte celles extérieures aux quatre départements éligibles à ce service dans sa première phase de fonctionnement. Un lancement à suivre de près, en sachant que Loop annonce des déclinaisons à Londres en septembre 2019, puis à Toronto, Tokyo et San Francisco en 2020.

Des partenaires de poids

Les marques partenaires de Loop, en février 2019, sont Procter & Gamble, Nestlé, PepsiCo, Unilever, Mars Petcare, The Clorox Company, The Body Shop, Coca Cola European Partners, Mondelez International, Danone, Jacobs Douwe Egberts, Lesieur, BIC, Beiersdorf, RB, People Against Dirty, Nature’s Path, Thousand Fell, Greenhouse, Grilliance, Burlap & Barrel Single Origin Spices, Reinberger Nut Butter, CoZie et Preserve. L’enseigne Carrefour est distributeur exclusif en France. UPS, pour le volet logistique et transport, et Suez, co-actionnaire de TerraCycle Europe depuis fin 2016, font également partie des partenaires de Loop.

Selon La Tribune, chacune des marques aurait investi entre 1 et 3 millions de dollars en frais marketing et surtout pour adapter leurs chaînes de production à ce nouveau modèle circulaire et participeraient à hauteur de 250 000 dollars dans le financement de la plateforme, sans qu’il ne soit précisé s’il s’agit d’une participation unique au financement ou amenée à se répéter… Ces chiffres ne sont d’ailleurs pas confirmés par Loop qui, de son côté, annonce avoir consacré 10 millions de dollars (8,79 millions d'euros) pour concevoir et lancer la plateforme à Paris et à New York. La société précise également que chacune des marques reste l’unique propriétaire des emballages utilisés qui ne sont donc pas comptabilisés dans les investissements de Loop.