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Compétitivité Louis Gallois : « La réglementation devient un facteur de blocage »

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Pour que la filière agricole soit plus compétitive, « il est indispensable que la marée réglementaire soit endiguée », a indiqué, le 28 mars, Louis Gallois, auteur du rapport sur la compétitivité, convié au dernier jour du congrès de la FNSEA à Troyes. Il estime le principe de précaution surexploité en France, alors que, selon lui, « le principal risque que nous courrons, c’est celui du déclin ».

Bien qu’il ait d’emblée indiqué ne pas être un spécialiste de l’agriculture, Louis Gallois, commissaire général à l’investissement, a rapidement su gagner les faveurs des acteurs du secteur agricole, le 28 mars, lors du congrès annuel de la FNSEA, à Troyes. Pour que la filière agricole soit encore plus compétitive, l’auteur du rapport sur la compétitivité estime en effet indispensable « d’endiguer la marée réglementaire », a-t-il indiqué répondant ainsi aux échos répétés de la FNSEA sur le sujet et suscitant par la même occasion les applaudissements de l’assemblée. « C’est un problème qui touche tout l’appareil productif, mais qui vous touche plus particulièrement ». En cause, selon lui : les recours excessifs au principe de précaution. « C’est un bon principe dès lors qu’il ne dépasse pas les bornes ». Or, en la matière, « on les dépasse largement », a-t-il commenté, s’appuyant sur les exemples des OGM, mais aussi du nucléaire et des nanotechnologies. Louis Gallois ne propose pas pour autant de mettre à bas la réglementation sanitaire, environnementale, et celle en vigueur sur la traçabilité – elles peuvent être un élément positif « pour l’image », estime-t-il, seulement, actuellement, « cette réglementation devient un facteur de blocage ».

« Le prélèvement fiscal ne doit pas casser la machine productive »

Chargé du bon déroulé du plan de compétitivité lancé par le gouvernement Ayrault en novembre, Louis Gallois a rappelé que parmi les 35 chantiers qui composaient ce plan, cinq relevaient de la simplification des normes et un considérait plus précisément « la surtranscription » en France des directives européennes, a-t-il souligné. « Je prévois ainsi d’élargir mon cadre à l’agriculture » jusque-là oubliée, a-t-il convenu, faute d’avoir consulté ses représentants lors de la préparation de son rapport sur la compétitivité. « Une faute » à corriger, a-t-il reconnu. Interpellé par Christiane Lambert, première vice-présidente de la FNSEA, sur « les impôts qui avancent avec des faux nez, comme l’écotaxe », Louis Gallois a reconnu que « le prélèvement fiscal doit veiller à ne pas casser la machine productive en France ». Et de proposer notamment de « mieux taxer les rentes et un peu moins ceux qui prennent des risques en produisant ». Il faut « se battre » également, selon lui, pour un coût du travail mieux organisé en Europe, pointant notamment les distorsions sociales entre l’Allemagne et la France, comme un autre frein à la compétitivité.

L’agriculture « peu présente » sur le volet de l’innovation

Le poids de la grande distribution ne permet pas non plus aux agriculteurs d’améliorer leur situation, a soutenu Louis Gallois, soulignant « la concurrence acharnée » des sept grands groupes de la grande distribution en France, « en situation de puissance », a-t-il commenté. Cette position crée un rapport de force vis-à-vis des fournisseurs « qui en font les frais ». Et ceci est « un problème spécifiquement français ». Mais, selon le commissaire général à l’investissement, la solution consistera non seulement à s’assurer que la grande distribution n’utilise pas exagérément sa position dominante – avec les questions centrales des délais de paiement et de la gestion des marges –, mais aussi à mettre en place de nouveaux types de partenariat entre les producteurs et la grande distribution sur le volet, notamment, de la qualité, de la diversité et de la bio. D’autres solutions tiendront de la volonté des agriculteurs eux-mêmes : Louis Gallois a souligné la nécessité de soutenir l’innovation. Aujourd’hui, la filière agricole est « peu présente » dans la demande d’aide à l’innovation, « peu présente » également vis-à-vis des guichets d’aide à l’innovation, a-t-il indiqué. Et de mettre en exergue l’absence de projets, notamment dans la filière viande et peu de projet concernant le numérique. Or, « ce sont des facteurs de compétitivité », a-t-il rappelé, tout comme la formation où, dans ce domaine, la filière agricole est plutôt bien positionnée avec « un enseignement agricole de qualité », a-t-il salué.
Reste que pour Louis Gallois l’effort de compétitivité doit être avant tout un effort de persévérance. Il n’existe pas de solution miracle, selon lui, quelques modèles cependant : « Une des caractéristiques de l’Allemagne est que ses acteurs économiques travaillent ensemble, ce qui n’est pas le cas en France ».

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