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LSDH en route pour verdir ses activités

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De gauche à droite : Alexandre David (responsable R&D Les Crudettes), Dominique Duprat, directeur général du pôle végétal LSDH), Fabien Guyot, (directeur packaging et innovation LSDH) et Emmanuel Vasseneix, (PDG de LSDH) Crédits : © LSDH

Bouteille de lait en PET recyclé, sachet de salade en papier, serres en aquaponie, etc. LSDH ne se contente pas de sous-traiter la mise en bouteilles de liquides pour des marques, mais investit aussi massivement – 300 millions d’euros au total sur différents projets - dans des solutions lui permettant, entre autres, de réduire l’impact environnemental de ses activités agricoles et industrielles, et de développer sa production.

La serre d’herbes aromatiques annoncée par LSDH dans le Loiret il y a plusieurs mois, entre dans une phase plus concrète. « Le chantier vient de démarrer sur notre site de Saint-Denis-de-l’Hôtel pour y construire une serre dans laquelle les herbes aromatiques sont cultivées en aéroponie sur une surface de 7 000 mètres carrés, sans aucun pesticide ni insecticide, et cela tout au long de l’année », explique Dominique Duprat, directeur général du pôle végétal de LSDH. Pour obtenir ce résultat, la serre fonctionne en circuit fermé, les herbes recevant juste ce qu’il faut d’eau et de nutriments, et se trouvent à l’abri des maladies, des insectes et mêmes des aléas climatiques. « La serre permet une réduction de la consommation d’eau de 97 % par rapport à une culture traditionnelle », souligne-t-il. Elle est chauffée grâce à la chaleur dégagée par l’usine d’embouteillage de LSDH qui se trouve juste à côté. Ne pouvant obtenir le label bio, la production peut toutefois mettre en avant sa dimension locale en étant cultivée en France, alors qu’entre octobre et avril ces herbes viennent du Kenya, d’Israël ou du Maroc.

Pour arriver à mettre au point cette serre du futur, LSDH a investi dans une start-up suisse, depuis six ans. Et rien que pour un hectare de serre, le coût avancé par LSDH est de 10 millions d’euros. À partir de l’été 2022, et de la rentrée 2022 pour la mise en rayon des produits dans les magasins, la serre va pouvoir produire 70 tonnes d’herbes par an, soit trois fois plus que ce que vend actuellement LSDH. « On va échanger avec les producteurs avec qui nous travaillons et qui peuvent être intéressés par cette montée en gamme », souligne de son côté Emmanuel Vasseneix, le p.-d.g. de LSDH. Le marché des herbes aromatiques fraîches connaît une croissance annuelle à deux chiffres en grandes surfaces, ce qui fait penser à LSDH qu’il y a de la place pour répondre à une demande qui monte en exigence, de plus en plus sensible à la production relocalisée et sans chimie de synthèse.

Le pôle végétal est aussi à la pointe de la réduction des emballages. Depuis plusieurs mois, les Crudettes, la marque de salades de 4e gamme et d’herbes fraîches de LSDH, commercialise certaines de ses salades en sachets constitués de papier à hauteur de 95 %. « Les 5 % restants correspondent au polyéthylène nécessaire pour obtenir une barrière étanche entre la salade et le papier », précise Fabien Guyot, directeur packaging et innovation de LSDH. « Cette révolution assumée de l’emballage du futur est le fruit d’une collaboration avec Mondi, leader mondial de l’emballage et du papier et IMA Ilapak, leader mondial dans la conception et la fabrication de machines automatiques pour l’emballage », indique la société. Mais toutes les salades ne sont pas adaptées : si les jeunes pousses et la mâche le sont (six références disponibles au total), les laitues, très fragiles, ne sont pas assez bien protégées de l’oxydation. Ce qui demande des recherches supplémentaires, encore en cours. « Il faut encore de la pédagogie pour éduquer le consommateur qui n’est pas habitué à ce que le produit soit masqué par un emballage totalement opaque. Dans certains magasins, les résultats sont bons, dans d’autres, c’est plus compliqué, par exemple en zones rurales », explique Emmanuel Vasseneix. Ajouter une fenêtre pour laisser apparaître la salade est une piste de recherche pour remédier à cet écueil. Ce nouvel emballage induit un surcoût lié à l’innovation d’une part, mais aussi à un scellage plus compliqué qui entraîne une perte de rendement d’environ 20 %, selon LSDH.

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Bouteille de lait innovante

Le pôle liquides de LSDH, essentiellement tourné vers la sous-traitance (Cidou est la seule marque détenue par l’entreprise avec les Crudettes et C’Zon), se tourne aussi vers des solutions à moindre impact environnemental. « Nous avons mis au point la première bouteille de lait en PET issue d’une boucle de recyclage fermée », explique Emmanuel Vasseneix : les bouteilles sont fabriquées à partir de PET issu de de bouteilles récupérées dans les filières de recyclage. « Nous réintégrons ainsi jusqu’à 100 % du PET issu de bouteilles, qui jusqu’à présent était destiné à la fabrication de fibres textiles », explique la société. Carrefour s’est lancé dans l’expérience de cette bouteille noire, ce qui peut perturber les clients, avec en plus la mise en place d’une « filière qualité » de lait biologique en MDD. « Le lait demi-écrémé bio Carrefour dans cette bouteille permet une économie de 143 tonnes de plastique vierge par an (sur la base des volumes annuels) », selon les calculs de LSDH.

Des revalorisations à faire passer

Alors que les négociations commerciales battent leur plein, LSDH est bien conscient de l’obligation de faire passer des hausses de tarif auprès des distributeurs, de plus en plus sensibles à l’impact environnemental. Et Emmanuel Vasseneix d’appeler à une large mobilisation pour populariser cette nouvelle solution : « Ces emballages responsables, pour perdurer, nécessitent que les autres acteurs s’engagent : nos partenaires distributeurs en référençant ces emballages qui cassent les codes habituels d’achat, les parties prenantes (collectivités, éco-organismes, collecteurs-recycleurs) en développant des filières de tri et de recyclage toujours plus opérationnelles, et aussi les consommateurs à la fois au moment de faire leur choix en magasin et lors du tri ».

Le programme actuel d’investissements de LSDH est particulièrement important, et entend notamment anticiper les attentes émergentes des consommateurs et s’adapter aux défis environnementaux actuels. Sur les 300 millions d’euros programmés, le premier destinataire est l’Abeille de Cholet (Maine-et-Loire), une usine de colas, soft drinks et limonade, dans laquelle LSDH va investir 130 millions d’euros pour la convertir à la production de lait et de jus, et pourquoi pas plus tard de jus végétaux. 38 millions d’euros sont aussi prévus à Châteauneuf-sur-Loire (Loiret) dans la logistique des jus et des salades, 32 millions d’euros dans l’extraction végétale et 50 millions d’euros dans les végétaux liquides. Le solde comprend notamment la serre du futur, dans laquelle LSDH place de grands espoirs. Car à côté de la France, qui ne connaît pas de souci majeur pour produire du maraîchage, les pays du Golfe représentent un potentiel important pour la production de végétaux frais, en s’affranchissant des contraintes climatiques. Une piste à explorer pour le développement à venir de LSDH.

« Nous avons mis au point la première bouteille de lait en PET issue d’une boucle de recyclage fermée »