Avec ses 1 800 salariés et ses 800 millions d’euros de chiffre d’affaires, la laiterie de Saint-Denis-de-l’Hôtel continue à innover en visant les laits d’origine végétale (avoine, soja, riz, etc.) et autres boissons réhydratantes à base de thés ou infusions.
Le hangar de stockage de la Laiterie Saint-Denis-de-l’Hôtel (LSDH) sur le site de Varennes-sur-Fouzon (36) semble sortir du futur. Cela tombe bien car Emmanuel Vasseneix prône l’innovation pour son entreprise. « L’innovation est une posture de tous les instants », disait-il déjà en 2012 (1). « Innover pour moi, c’est le moteur de l’entreprise », continuait-il en 2015 (2). Il tiendra toujours le même discours lors de l’ouverture de son usine à la presse le 19 mai. En 1984, avec l’instauration des quotas laitiers, l’entreprise a justement innové en se diversifiant vers le conditionnement de liquides alimentaires. Un choix véritablement stratégique, pour cette entreprise qui reste aujourd’hui l’une des rares laiteries indépendantes. LSDH affiche aujourd’hui un chiffre d’affaires de près de 800 millions d’euros et emploie 1 800 personnes sur trois sites. « Nous paraissons gros, mais nous sommes des nains », poursuit Emmanuel Vasseneix, surtout face à d’autres grands groupes de boissons comme Tropicana ou Joker. Le lait représente 25 % du chiffre d’affaires total du groupe (50 % à la laiterie de Varennes-sur-Fouzon), les jus de fruit et boissons 45 %, les boissons gazeuses 15 % et les boissons réhydratantes ou végétales 15 %. Dix millions d’euros sont budgétés par an pour la R&D (produit, emballage, technologie). Trente-cinq personnes travaillent à temps plein sur ce secteur.
« Innovation d’origine végétale »
À l’avenir, Emmanuel Vasseneix explique qu’« innover » pour l’entreprise signifie « innovation d’origine végétale » ! Les « boissons alternatives à base de soja, d’avoine, de riz, d’amande » sont à l’honneur, tout comme « les boissons réhydratantes à base de thés, d’infusions, de fruits », explique-t-il. « Il s’agit de suivre les nouvelles tendances » venues des pays anglo-saxons, par contre, « nous voulons rester dans le naturel », souligne-t-il. Il justifie cet intérêt par la nécessité de « rééquilibrer l’alimentation » des pays développés, trop riche en produit animaux. Il rappelle qu’il faut plusieurs kilos de protéines végétales pour faire un kilo de protéine animale. Face à ce marché qu’il évalue comme prometteur, « on sent que ces filières [des boissons alternatives végétales, ndlr] ne sont pas encore très organisées. Aussi n’exclut-on pas d’investir… », relève-t-il. Côté investissements, 150 millions d’euros sont prévus de 2017 à 2022 pour tout le groupe, dans du matériel, des outils d’extraction, de la recherche, quitte à agrandir les sites industriels déjà existants, mais tout en conservant « une gestion humaine des choses », selon son p.-d.g..
Garder un lait de proximité
Emmanuel Vasseneix s’avoue « très à l’aise avec la différenciation » et table aussi sur cette stratégie. Son entreprise propose, sous diverses marques de distributeur (MDD) comme Aldi, Auchan, Super U, Monoprix, du lait bio, du lait produit par des éleveurs de la région centre, du lait estampillé bleu-blanc-cœur, du lait produit par des éleveurs sous charte de bien-être animal, du lait en bouteille sans opercule, etc. Qui dit « différenciation et marché de niche », dit aussi « meilleure valorisation » ! Chez LSDH, le prix payé au producteur est légèrement supérieur à la moyenne nationale, de l’ordre de 0,30 €/litre, observe Philippe Leseure, directeur administratif et filières chez LSDH. L’entreprise propose depuis deux ans une « Start box » aux jeunes éleveurs qui s’installent sur des exploitations dont le lait est déjà récolté par LSDH (380 fermes et 300 millions de litres récoltés par an pour le site de Varennes-sur-Fouzon) ; elle est composée d’un prix du lait garanti à 320 €/1 000 l sur cinq ans, une avance de trésorerie de 5 000 € à taux zéro, une augmentation de la production et une formation de deux jours. « Dix jeunes en ont profité en 2015 et déjà 20 à la mi-2016 », selon Philippe Leseure.
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(1) : https ://www.youtube.com/watch?v=35MEc4QHGV4
(2) : https ://www.youtube.com/watch?v=_PR4i-4V4-w
Le p.-d.g. de LSDH évoque des « drames humains » dans la production laitière
Face à la crise du lait, le p.-d.g. de LSDH Emmanuel Vasseneix s’insurge le 19 mai lors de l’ouverture à la presse de son usine : « La France est en limite de traiter le lait qu’elle produit. Ce n’est pas du boulot ! ». Trop de lait sur le marché français, trop de lait en Europe. Selon lui, la crise laitière actuelle est liée à « une volonté politique de l’Europe. Quand on a besoin, on produit, quand on n’a pas besoin, on ne produit pas et entre les deux, c’est la jungle ! […] On a menti aux gens. On leur a dit pendant des années "ne vous affolez pas, la Politique agricole commune (PAC) est là”. Or, la Pac avait forcément une fin. On est en train de vivre des drames humains. Il n’y a jamais eu autant de dépôts de bilan qu’en ce moment surtout dans l’élevage ».