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L’UE devenue un exportateur régional en grains et mondial en porc

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En moins de vingt ans l’Europe n’est plus qu’un bloc exportateur de dimension régionale pour les céréales et oléoprotéagineux, distancée par l’Ukraine et la Russie. En revanche elle excelle dans l’exportation de viande de porc à la Chine, occupant la première place sur ce marché. Ces grandes tendances ont été synthétisées lors de la présentation du rapport Cyclope 2017 sur les matières premières le 15 mai.

« L’Europe n’est plus ‘’price maker’’ (leader dans la formation des prix) » sur les marchés céréaliers, notamment celui du blé, son point fort, a indiqué François Luguenot, responsable de l’analyse des marchés chez InVivo, lors de la présentation du rapport Cyclope 2017 sur les matières premières, coordonné par Philippe Chalmin. Dominée par l’Ukraine et la Russie, l’Europe est aussi absente des grands mouvements qui se déroulent entre l’Asie et les Amériques. Si les États-Unis ont perdu 30 % de leur sole de blé depuis les années 1980, leurs exportations de céréales, soja et viande porcine ont été multipliées par 5.

Le soja, matière première très demandée

Aujourd’hui, les farmers sont beaucoup plus tournés vers l’export, notamment vers la façade Pacifique, a ajouté Ralph Ichter, auteur dans Cyclope et consultant de la politique agricole américaine à Washington pour les milieux professionnels et politiques français.

Désormais, la matière première montante du secteur des grains est le soja, très demandé par la Chine, en provenance du Brésil, d’Argentine et des États-Unis. Le facteur limitant à la production est le fait que cultiver soja sur soja est plus risqué que faire maïs sur maïs, a poursuivi François Luguenot. À tel point que le Brésil a interdit ce type de répétition dans les rotations. Tout cela exacerbe la demande chinoise, et cela malgré les subventions qu’accorde le gouvernement chinois à ses producteurs de soja pour encourager la production. Au milieu de toutes ces évolutions, l’UE est devenue un ensemble d’influence régionale, dont la zone de chalandise principale est l’Afrique et le Moyen-Orient.

L’UE premier exportateur mondial de viande porcine

Là où l’Europe excelle par contre, c’est dans l’exportation de viande de porc à la Chine. L’UE est compétitive sur cette destination. Le prix du porc en Chine est supérieur au prix européen (trois fois plus élevé à certains moments), à telle enseigne que l’UE s’est largement remise de l’embargo russe, a développé Jean-Paul Simier, auteur des articles sur la viande dans Cyclope. Mais l’UE « reste très sino-dépendante », a-t-il alerté. D’autres exportateurs de viande de porc ont diversifié davantage leurs exportations, tels les États-Unis et le Canada, tandis que l’embargo russe permet à la Russie de conquérir son marché intérieur en viandes entre autres.

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Jean-Paul Simier a évoqué le boom des marchés mondiaux de la viande. La consommation mondiale de viande a doublé depuis 1986, et après son augmentation en Chine (qui n’est pas terminée), c’est en Indonésie, aux Philippines, et au Vietnam qu’elle se déroule.

Cyclope, 828 pages, est vendu 139 €

Le prix du porc en Chine est jusqu’à trois fois plus élevé que dans l’UE

Une recrudescence des contentieux commerciaux bilatéraux

Observateur français à Washington, Ralph Ichter a dressé un tableau des grandes tendances du commerce international, principalement depuis l’élection de Donald Trump, lors de la présentation du Cyclope 2017 sur les matières premières. « Nous assistons à une recrudescence des contentieux commerciaux bilatéraux. Avant, les pays ne prenaient pas de décisions nationales, ils formaient un panel (un recours) à l’OMC ». La nouvelle politique américaine « bascule tous les dossiers de conflit sur le droit américain ». Ralph Ichter a cité le conflit entre les États-Unis et le Canada sur le lait, entre les États-Unis et l’Argentine sur le biodiesel, à chaque fois sur le thème de procédures anti-subventions. « L’administration américaine accuse l’OMC d’être un instrument dirigé contre l’économie américaine », a relaté le correspondant français à Washington.

Ce dernier a livré quelques indications sur le prochain Farm Bill quinquennal. Selon toute vraisemblance, « il devrait sanctuariser l’assurance », avec non seulement une assurance-récolte, mais aussi une assurance-produit, couvrant les risques de marché.