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Biocarburants L’UE et les Etats-Unis envisagent de coopérer

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Le prochain sommet UE/Etats-Unis, le 30 avril à Washington, devrait être l’occasion pour les deux parties de s’engager à coopérer dans le secteur des biocarburants, notamment pour l’établissement de normes communes de commercialisation. Une étude avertit toutefois que le boom de la production américaine d’éthanol pourrait avoir des « conséquences dévastatrices » pour la sécurité alimentaire mondiale.

Parmi les objectifs à atteindre d’ici le sommet euro-américain de 2008, les deux parties devraient s’entendre, le 30 avril, sur la « mise en œuvre d’un plan de travail sur les biocarburants », notamment l’établissement de « normes communes » à la fois pour le bioéthanol et le biodiesel, dans le but de « promouvoir un marché international pour les biocarburants produits de façon durable ».

L’UE et les Etats-Unis envisagent également de collaborer sur les « produits innovants et éco-efficients basés sur la biotechnologie », par exemple la chimie verte, le bioplastique, l’emballage alimentaire, les denrées avec valeur nutritive ajoutée, etc.

Carburant bioéthanol : progression de 71 % de la production de l’UE

La production de carburant bioéthanol de l’UE est passée de 913 millions de litres en 2005 (contre 528 millions de litres en 2004) à 1,565 milliard en 2006, soit une progression de 71 %, selon les chiffres de l’Association européenne de ce secteur (eBio).

L’Allemagne est arrivée en tête l’année dernière avec 431 millions de litres, suivie de l’Espagne (402 millions), la France (250 millions), la Suède (140 millions), l’Italie (128 millions), la Pologne (120 millions), la Hongrie (34 millions), la Lituanie (18 millions), des Pays-Bas (15 millions), de la République tchèque (15 millions) et de la Lettonie (12 millions). Le nombre d’Etats membres producteurs de carburant bioéthanol (11) est resté stable en 2006, la Finlande n’ayant rien produit en 2006 (13 millions de litres en 2004) et la République tchèque en ayant produit pour la première fois. Selon la même source, la consommation de l’UE est estimée pour 2006 à environ 1,7 milliard de litres. Quelque 230 millions de litres ont été importés du Brésil, à destination de la Suède, du Royaume-Uni et de la Finlande.

Des « conséquences dévastatrices »

Le boom de la production d’éthanol aux Etats-Unis pourrait avoir des « conséquences dévastatrices pour la pauvreté et la sécurité alimentaire mondiales » en provoquant une flambée des cours du maïs et autres denrées alimentaires, selon une étude à paraître dans la revue Foreign Affairs. « Les volumes énormes exigés par l’industrie de l’éthanol sont en train de provoquer des ondes de choc dans le système alimentaire », avertissent C. Ford Runge et Benjamin Senauer, professeurs d’économie à l’Université du Minnesota et auteurs de l’étude.

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En faisant grimper les cours du maïs, l’usage de plus en plus fréquent de l’éthanol comme biocarburant risque en effet de menacer l’alimentation des 2,7 milliards de personnes dans le monde qui vivent avec moins de deux dollars par jour, remarquent-ils.

« Remplir le réservoir d’un 4x4 avec 25 gallons d’éthanol pur (94,5 litres) nécessite plus de 450 livres de maïs (204 kg), soit suffisamment de calories pour nourrir une personne pendant un an », écrivent MM. Runge et Senauer. Si les cours du pétrole restent à un niveau élevé, « l’accroissement rapide de la production mondiale de biocarburant va faire monter les prix du maïs jusqu’à 20 % d’ici à 2010 et de 41 % d’ici à 2020 », pronostiquent-ils.

Risque de flambée des cours

Les cours des autres denrées alimentaires, tels le blé et le riz, pourraient eux aussi être touchés par cette flambée, au fur et à mesure que les agriculteurs délaisseront ces cultures au profit du maïs.

Or, selon les auteurs, « le nombre de personnes confrontées à des problèmes de sécurité alimentaire augmenterait de 16 millions pour chaque hausse de 1 % des prix réels des produits de première nécessité. Cela signifie que 1,2 milliard de personnes pourraient régulièrement souffrir de la faim d’ici à 2025, soit 600 millions de plus que ce qui était précédemment prévu ».

Pour remédier à ces conséquences néfastes, MM. Runge et Senauer suggèrent d’augmenter les efforts d’économie d’énergie aux Etats-Unis, d’avoir plus souvent recours aux autres sources d’énergie (solaire ou éolienne) et de développer la recherche sur l’éthanol cellulosique, conçu à partir d’arbres, de plantes ou d’herbe.