L’UIPP, Union des industriels de la protection des plantes, a présenté le 10 mars son troisième rapport environnement et santé qui a pour but de mettre en avant une vingtaine d’actions volontaires engagées par les firmes phytosanitaires qui vont dans le sens d’une sécurisation de l’utilisation des produits phytosanitaires, d’un meilleur respect du milieu naturel et de la santé des consommateurs. Dans le contexte particulier qui règne autour des pesticides, le comité de pilotage a été élargi à des associations de consommateurs.
Parmi les actions mises en avant dans son rapport environnement et santé, l’UIPP participe au financement d’études sur les risques pour les agriculteurs liés à l’exposition aux produits phytosanitaires. L’une porte sur les risques de cancer en milieu agricole, réalisé par le Grecan (Centre français Baclesse). Ainsi, 6 000 agriculteurs du Calvados sont suivis depuis 1995, pendant 10 ans, et comparés par rapport à une population générale. " Les premiers résultats montrent que la population agricole a moins de cancer que la population générale, explique Philippe Michel, de l’UIPP. Mais il est vrai que les cancers de la prostate sont plus fréquents chez les agriculteurs ". Les études se poursuivent pour savoir s’il existe un lien entre l’emploi des phytosanitaires et la survenue de ce type de cancers. A terme, cet étude va être étendue à l’ensemble des onze départements disposant d’un registre de cancers, portant ainsi l’effectif à près de 80 000 personnes, sur la base d’un taux de participation de 20 %.
Des baisses de fertilité non significatives
Une autre étude vient de se terminer avec l’Inserm (recherche médicale) portant sur l’étude de la fertilité d’une population d’ouvriers agricoles travaillant dans les bananeraies en Guadeloupe. " Aucune relation n’a été mise en évidence entre le fait d’avoir appliqué des pesticides et les caractéristiques du sperme ou les niveaux d’hormones", résume le Dr Luc Multigner, chercheur à l’Inserm de Rennes. " Cependant, les hommes qui ont appliqué des pesticides pendant un grand nombre d’années (plus de 14 ans) présentent, de manière non significative, un risque augmenté d’avoir un plus faible nombre de spermatozoïdes". " Ces résultats sont rassurants, mais il faut rester vigilant", conclue Philippe Michel, de l’UIPP.
Quant au débat sur le rôle des pesticides en tant que perturbateurs endocriniens, " à ce jour, nous n’avons pas eu connaissance des travaux du Pr Sultan sur ce sujet, malgré des demandes répétées, et c’est dommage", précise Jean-Charles Bocquet, directeur général de l’UIPP. " L’UIPP est prête à prendre des mesures si ces études existent vraiment", continue-t-il.
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Une " école des bonnes pratiques agricoles "
Une autre préoccupation majeure de l’UIPP est l’amélioration des "bonnes pratiques agricoles" par les agriculteurs. Plusieurs actions vont dans ce sens, par exemple la mise au point d’un kit de protection pour les agriculteurs proposé par Du Pont. La même société a contribué à la définition des bonnes pratiques viticoles et va plus loin en vérifiant leur efficacité en terme d’absence de résidus de produits phytosanitaires dans les vins produits, au travers d’audits réalisés par un organisme accrédité. D’autres firmes contribuent à la mise en œuvre de l’agriculture raisonnée dans les exploitations agricoles. Jean-Charles Bocquet envisage de créer une "école des bonnes pratiques agricoles". "L’idée est de fournir des kits de formation aux bonnes pratiques agricoles, voire de créer un centre de formation sur ce sujet, de façon à sensibiliser un maximum de techniciens et d’agriculteurs", insiste-t-il.
Les commentaires du comité de pilotage
Gérard Benoist du Sablon, de l’organisation générale des consommateurs et membre du comité de pilotage salue le travail de l’UIPP dans ce rapport, et reconnaît que toutes les demandes du comité de pilotage ont été satisfaites. " Nous avons demandé de préciser en quoi ces actions allaient au-delà de la réglementation et surtout de pouvoir ajouter nos propres commentaires", précise-t-il. Pour autant, Gérard Benoist du Sablon considère qu’il faudra que l’UIPP dépasse ce genre d’exercice dans leur rapport. " L’UIPP doit être davantage porteur de l’image globale du secteur qu’il représente, au-delà de la gestion des crises", suggère-t-il.