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Afrique subsaharienne L’Unicef s’engage contre la malnutrition infantile

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Pour l’Unicef, qui a organisé une conférence internationale contre la malnutrition infantile, le combat pour l’accès à la nourriture est un combat pour le développement. La France a annoncé qu’une partie du produit de sa nouvelle taxe sur les transactions financières servirait à l’amélioration de l’accès aux soins pour les enfants du Sahel.

La faim tue près de 2,3 millions d’enfants chaque année dans le monde, et la malnutrition affecte près de 40% des enfants d’Afrique subsaharienne. Mobilisé sur le sujet, l’Unicef a organisé une conférence internationale contre la malnutrition infantile, mardi 14 et mercredi 15 mai 2013, à Paris.
Pour Michèle Barzach, présidente de l’Unicef France, « combattre la malnutrition infantile procède d’un double impératif ». Un impératif éthique d’abord, puisque des solutions existent pour prévenir et soigner la malnutrition, mais aussi « un impératif économique : le poids socio-économique de la malnutrition chronique est immense. Elle limite les performances individuelles et la productivité, pèse sur les systèmes de santé, grève les dépenses publiques ».
Des carences dès le plus jeune âge, et surtout au stade du fœtus, ont des conséquences irréversibles sur le reste de la vie, bloquent le développement physique et mental, et accroissent les risques de maladie chronique. « En réduisant les capacités physiques et intellectuelles des individus, elle abaisse la productivité, entrave la croissance économique et augmente la pauvreté », explique l’Unicef.

La France prend à la finance pour les enfants du Sahel

Pascal Canfin, ministre délégué au Développement, a annoncé que la France allait consacrer une partie du produit de sa nouvelle taxe sur les transactions financières (TTF), soit 30 millions d’euros, à l’amélioration de l’accès aux soins pour les enfants du Sahel. « Deux millions d’enfants pourraient bénéficier de ce dispositif. Cette initiative permettra un meilleur accès aux soins pour la prévention, le dépistage et le traitement des grandes pandémies, comme le paludisme et le VIH, mais aussi une meilleure prise en charge des pathologies plus courantes et de la malnutrition aiguë », a déclaré le ministre.

Stopper la concurrence déloyale et faire des stocks

Sur le plan politique, Antonio Monteiro, ancien président du Cap vert, a demandé aux pays industrialisés de « mettre un terme à la concurrence déloyale, qui fait qu’on peut trouver des produits européens deux fois moins cher que les produits locaux à cause des soutiens au marché ». Mais « il faut aussi une politique plus soutenue de la part des pays affectés. La malnutrition infantile n’est pas une fatalité, elle peut être combattue avec succès, surtout si les pays concernés adoptent une bonne gouvernance et mettent plus de moyens ».
L’ancien ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire s’est félicité que la réflexion ne se cantonne plus à la gestion des situations d’urgence, mais cherche à intervenir en amont. « La faim dans le monde doit rester un des sujets majoritaires, c’est une des menaces les plus importantes qui pèsent sur la stabilité politique dans le monde », explique t-il. « Mais l’opinion publique s’y est habituée et d’autres évènements occupent l’espace médiatique. La meilleure réponse à la malnutrition, c’est le développement agricole et l’autonomie alimentaire », développe le ministre, qui plaide pour la mise en œuvre rapide des décisions prises lors du G20 agricole à Paris en 2011, notamment la création de réserves alimentaires.

Favoriser les cultures vivrières

Sur le terrain, des solutions concrètes existent, comme l’ont montré plusieurs intervenants. « Les enfants ont besoin d’aliments riches en nutriments, 6 fois plus de zinc et 9 fois plus de fer que les adultes », explique Key Dewey, enseignante au département de nutrition de l’Université Davis en Californie. Elle travaille sur un projet de compléments alimentaires à base de lipides visant à prévenir la malnutrition chez les femmes enceintes et les enfants de moins de deux ans. 
Shawn Baker, directeur de l’association Helen Keller International pour l’Afrique de l’Ouest, œuvre pour favoriser l’allaitement maternel, l’accès à l’enrichissement des aliments à domicile, mais aussi pour faire la promotion des cultures vivrières et du petit élevage par les femmes, en « produisant à partir des pratiques existantes, mais en les améliorant ». Son organisme a par exemple obtenu des résultats : après avoir promu la culture de la patate douce à chair orange au Mozambique, la consommation de vitamine A chez les enfants entre 6 et 35 mois a doublé. « Quand on produit ses aliments, on en consomme plus, et ça permet aux femmes d’avoir un revenu », explique t-il.
Si les causes de la malnutrition sont multiples, les remèdes aussi.

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