Abonné

L’Union européenne restera un petit marché pour la viande bovine canadienne

- - 6 min

Les restrictions réglementaires qu’exige l’Union européenne sur les importations de viande bovine en provenance du Canada, dont l’absence d’utilisation d’hormone de croissance, risquent de rendre difficile leur accès au marché français. L’accord de libre-échange entre l’UE et le Canada (CETA) pourrait ne pas bouleverser fondamentalement les échanges.

C’est près de 30 000 à 35 000 têtes de bétail qui sont déjà « inscrites au programme prévu pour répondre au marché européen de viande bovine » sans hormone, estime John W. Masswohl, directeur du Canadian Cattlemen’s Association, le 8 juin. Il s’est exprimé sur la question de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada (CETA) lors d’un voyage de presse de l’Association française de journalisme agricole (AFJA) au Canada. Il explique que pour répondre au cahier de charges de l’UE, « le coût de production augmentera de 20 % », un coût supplémentaire que « ne sont pas prêts à mettre les éleveurs » à moins que le marché ne soit rémunérateur. Le CETA permettra au Canada d’exporter vers l’Europe 35 000 tonnes de viande bovine fraîche et 15 000 tonnes de viande bovine congelée supplémentaires. Les 15 000 tonnes de viande du contingent actuel devront s’orienter vers « une viande avec un niveau de qualité supérieur », selon lui. « Nous savons que l’Europe est prête à payer un bon prix pour un produit de qualité », continue-t-il, même si cela reste « un petit marché ».

Une filière sans hormone avec des bovins enregistrés à la naissance

John W. Masswohl évoque « quelques points techniques » toujours à négocier avant la ratification du CETA, comme celui des hormones de croissance dont l’Europe ne veut pas. D’après lui, ce n’est qu’à l’arrivée en feed-lot que le bovin reçoit ces hormones. Une réalité contestée par la visite d’un élevage deux jours plus tard dans le Manitoba. Richard Rey de Saint-Claude reconnaît injecter des hormones à ses veaux avant leur départ à l’engraissement à 6-7 mois. Le calcul est sans appel : l’animal est vendu en vif entre 2,33 $CAD (1,62 €) à 2,45 $CAD (1,71 €), l’injection d’hormone coûte 3 $ CAD (2,09 €) et la prise de poids, du fait de cette hormone, est d’environ 100 livres supplémentaires, soit une plus value de plus de 160 € ! John W. Masswohl revient également sur la durée d’engraissement des animaux de 18 à 22 mois, soit la même durée qu’en France et cela malgré la présence d’hormones. Sans hormone, la durée d’engraissement passe à 24-28 mois, selon lui. Le coût est plus important car « cela demande de passer deux hivers et lorsque les températures descendent à -40 °C, les animaux ne prennent pas de poids. L’énergie fournie par les aliments leur permet juste de le maintenir », observe-t-il. Il explique cette différence de durée d’engraissement entre les animaux français « sans » hormone et les animaux canadiens « avec hormone » par un poids carcasse différent entre les taurillons français et canadiens. « Les carcasses canadiennes sont plus lourdes et la viande est plus persillée », estime-t-il. L’utilisation de croisement entre races bovines, Angus et Hereford par exemple, est fréquente dans le pays. Reste que cela donne des carcasses tout de même moins lourdes que celles de la maine-anjou ou de la charolaise…

La rentabilité du marché européen mise en cause

Dans un marché français où la viande de qualité des éleveurs allaitants a déjà du mal à trouver sa place, comment la viande bovine canadienne pourra-t-elle envahir le marché français avec un coût de production plus élevé accompagné d’un transport longue distance ? « Laissez-nous essayer ! », répond John W. Masswohl, qui défend ardemment la liberté de marché (« Free trade shall be free ! »). Il évoque cependant une étude des industriels canadiens dont JBS Friboi qui estime que le marché européen n’est pas rentable « si l’on respecte les exigences de l’Union européenne ». À entendre John W. Masswohl, la Fédération nationale bovine (FNB) française peut dormir tranquille. S’il défend sa place et l’enjeu de l’export pour sa filière canadienne, « notamment vers les USA », il avoue à demi-mot, les difficultés de la conquête du marché européen, même si « business is business ! », aime-t-il à rappeler. À la question de développer plutôt une filière sans hormone au Canada, voire une filière bio, il répond, avec le sourire : « Le meilleur consommateur est celui qui paye le plus ! ».

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Interbev demande à François Hollande de bloquer le CETA

Du côté français, l’interprofession bovine (Interbev) vient de demander dans une lettre ouverte à François Hollande, en date du 14 juin, que le CETA soit bloqué ou en tout cas fasse l’objet d’un « nouveau débat démocratique tant à Bruxelles qu’au Parlement français ». « Refuser ce traité (UE-Canada), qui prévoit l’ouverture du marché européen, sans droits de douane, à près de 65 000 tonnes de viandes bovines canadiennes, c’est donner de la cohérence à l’engagement de la France pour sauver son agriculture », explique Interbev. « Ce sont plusieurs milliers de nos emplois […] qui pourraient, demain, définitivement disparaître sous le seul poids de la concurrence déloyale de viandes importées, issues de gigantesques fermes-usines », continue l’interprofession. Nicolas Chapuis, ambassadeur de France au Canada, analysait le 8 juin que les détracteurs de l’accord craignent surtout que le CETA soit un « cheval de Troie pour le TTIP ! »

Les exportations de viande bovine canadienne progressent de 4 % en 2015

« Les exportations canadiennes de viande bovine ont continué à progresser en 2015, à près de 355 00 téc (+4 %/2014) », constate l’Institut de l’élevage (Idele) dans son dossier « le marché mondial de la viande bovine », publié le 9 juin. Les États-Unis absorbent toujours 77 % des exportations en viande et l’intégralité des exportations en vifs. Pour autant, le nombre de broutards exportés en direction des États-Unis a diminué cette année du fait d’un retour de disponibilités dans le pays. Par contre, les exportations de viande bovine ont, elles, progressé de 4 %. Sur les marchés asiatiques, les exportations vers la Chine en 2015 ont été multipliées par 4 par rapport à 2014, « ce qui fait de la Chine le deuxième marché du Canada après les États-Unis », note l’Idele. Cette hausse compense la baisse des marchés vers Hong-Kong (-59 %) et le Japon (-36 %).