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Amérique du Sud L’Uruguay adopte des mesures agro-environnementales

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Les entreprises exploitant plus de cent hectares doivent présenter ce mois-ci aux autorités nationales uruguayennes un plan de culture adapté aux sols. Cette mesure, inédite en Amérique du Sud, vise à limiter le risque d’érosion et responsabilise propriétaires, qu’ils soient exploitants ou non.

Le gouvernement de la République orientale de l’Uruguay a rendu obligatoire une mesure de protection préventive des sols cultivés. Elle est entrée en vigueur ce mois-ci. Les exploitants agricoles doivent présenter un plan de culture établi par un agronome indépendant après diagnostic des sols, et s’engager à le suivre. C’est l’application d’une modification de la loi sur la protection des sols de 1981. Elle concerne les particuliers ou entreprises exploitant plus de cent hectares. Ces derniers ont jusqu’au 30 avril pour présenter aux ministères de l’Environnement et de l’Agriculture un plan de culture tenant compte de la capacité d’utilisation des sols.
Confrontés au phénomène de la monoculture du soja, accentué avec l’arrivée relativement récente d’entreprises argentines spécialisées dans cette culture sur terrain loué, l’Uruguay prend les devants pour assurer la conservation de ses sols, dont la plupart sont exposés au risque d’érosion hydrique.
Mariana Hill, directrice du service des ressources naturelles au ministère de l’Agriculture, a été désignée en 2010 pour instrumenter cette mesure qu’elle qualifie de « révolutionnaire » car sans précédent. Jamais un État en Amérique du Sud n’avait jusqu’ici imposé spécifiquement des pratiques agro-environnementales à long terme.

« Les sols finissent dans le fleuve »

« Notre territoire est en grande partie accidenté, d’où le risque d’érosion hydrique, explique-t-elle. Nos sols ne sont pas ceux de l’Argentine, plats et de qualité exceptionnelle. Les nôtres sont la plupart pentus et sablonneux. Quand il pleut, ils finissent dans le fleuve [de La Plata]. Il est urgent d’agir. Lorsqu’un problème d’érosion est constaté, il est trop tard. »
La loi uruguayenne de protection des sols remonte à 1981. Elle fut réglementée en 1990 mais jamais appliquée dans un contexte de marché agricole déprimé dans les années 1990, qui ne donna pas lieu à un usage intensif des sols. Les surfaces ne faisaient pas l’objet de contrôle fiscal portant sur leur utilisation.
La loi a été modifiée, en 2008, par la création de ces plans d’usage des sols. Mariana Hill et son équipe ont préparé un projet pilote de trois ans. « Nous avons d’abord impliqué la communauté scientifique, explique-t-elle. Ce n’est pas à nous, fonctionnaires, de déterminer quels sont les systèmes de production agricole nocifs pour les sols. D’où la participation de l’Institut national de recherche agricole (INIA) et des facultés d’agronomie. Ils ont développé une méthodologie qui permet d’estimer le risque de dégradation des sols, en particulier le risque d’érosion hydrique. Cette méthodologie est utilisable sur un site internet où les agronomes intègrent les données des sols, les cultures antérieures et celles à venir. De cette façon, nous avons impliqué le secteur privé, dont la participation est indispensable pour pouvoir appliquer la loi sur l’ensemble du territoire. Enfin, nous avons choisi de le faire à travers l’élaboration et la déclaration de plans de culture».
Il n’y pas de plan type. Ce peut être quatre années de culture suivies d’une pâture pérenne, ou un cycle de culture continu, par exemple blé et soja la même année et ainsi de suite, ou encore, la monoculture du soja, si toutefois les sol le permettent, bien que ce dernier cas soit a priori rarissime en Uruguay.

Pénalités

Cette intervention de l’État dans les pratiques agricoles n’est pas associée à des subventions, contrairement à leur équivalent aux Etats-Unis ou en Europe. Au contraire, il est prévu une pénalité en cas de non-respect du plan annoncé. La sanction correspond à la gravité de la dégradation des sols, à l’échelle des dégâts et aux antécédents du responsable. « Cela va de dix à dix mille unités réajustables, soit une amende de 300 à 350 000 dollars. L’État ne recherche pas par ce biais à récolter des fonds, mais bien à préserver les sols. Aujourd’hui, nous pouvons le faire car les cours sont élevés. À l’avenir, un bénéfice fiscal pourrait remplacer la sanction », précise Mariana Hill.
Sans être franchement pour, la majorité des agriculteurs de l’Urugay ne seraient pas contre la nouvelle réglementation. « La tendance s’inverse peu à peu devant la prise de conscience d’agir » assure Mariana Hill. « Personne ne dit publiquement qu’il est contre », remarque de son côté le journaliste agricole Leonardo Bolla. Toutefois, au 15 avril, moins de 150 déclarations de plans de culture avaient été rapportés au ministère.
Les efforts faits par l’Uruguay en matière de traçabilité animale, notamment avec le suivi individuel des bovins rendu obligatoire en 2010, facilitera peut-être l’application de cette loi sur les sols. Éleveurs et industriels ont vite été récompensés par la conquête de nouveaux marchés d’exportation à forte valeur ajoutée.

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