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RESTRUCTURATION/NUTRITION ANIMALE L'usine boulonnaise de Continentale Nutrition poursuivra son activité sans VPF

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Le tribunal de commerce d'Agen a préféré l'allemand Deuerer à l'irlandais Cats&Dogs Foods pour la reprise de Villeneuve Pet Foods (VPF). Il n'a pas retenu non plus la proposition du fonds Alandia dont le plan de continuation avait pourtant été accepté par le tribunal de commerce de Boulogne-sur-Mer. Le fonds dirigé par Nicolas de Germay fait appel de cette décision. En attendant, les machines continuent de tourner à la Continentale Nutrition. « Notre responsabilité est de tout faire pour que Boulogne vive sans VPF », explique Nicolas de Germay à Agra Alimentation.

LE 26 mai dernier, le tribunal de commerce d'Agen a choisi l'allemand Deuerer comme repreneur de Villeneuve Pet Food (VPF). Il officialise ainsi la séparation de VPF d'avec l'entreprise boulonnaise Continentale Nutrition, sa maison-mère depuis le plan de restructuration décidé en juin 2012. A l'époque, face aux difficultés rencontrées à la fois par Villeneuve Pet Foods et par le boulonnais Continentale Nutrition, les nouveaux investisseurs (Idia-Sodica et Agro Invest étaient entrés au capital à hauteur de 47,5 %) avaient conditionné leur participation financière à une filialisation de VPF à Continentale Nutrition pour faire de ce groupe le leader français du pet food. Propriétaire de VPF, la famille Ortinau entrait également au tour de table avec 15,9 % du capital, le reste étant conservé par la famille Delpierre (33,3 %). Un an plus tard, Hildegard Ortinau, présidente de VPF et administratrice de Continentale Nutrition, était démise de ses fonctions. C'est peut-être à partir de ce moment-là que les choses se sont envenimées entre les deux sociétés pour aboutir aux « relations calamiteuses » que l'on décrit aujourd'hui entre salariés et direction, de part et d'autre.

AJUSTER LA STRATÉGIE INDUSTRIELLE

Fin mai, le tribunal de commerce d'Agen a fixé la reprise de l'activité au 9 juin, la décision étant exécutoire. Nicolas de Germay, directeur général du fonds Alandia, repreneur de Continentale Nutrition depuis le 25 mars dernier, a confirmé qu'il ferait appel de cette décision d'ici le 5 juin. « La loi est claire, elle ne prévoit pas l'expropriation d'un actionnaire, or c'est ce que nous jugeons avoir subi », souligne-t-il en poursuivant : « La loi prévoit en effet qu'un plan de cession ne peut pas être examiné s'il y a un plan de continuation crédible. Nous avons présenté un plan de continuation de notre filiale qui n'est pas rejetable selon les critères de la loi ». Un tribunal de commerce peut bien sûr examiner des critères subjectifs…mais « la cour d'appel est là pour dire si le droit a été respecté », précise-t-il.

L'appel n'est pas suspensif. Ce qui amène le nouvel actionnaire de Continentale Nutrition à ajuster la stratégie industrielle de son outil boulonnais. « Notre responsabilité est de tout faire pour que Boulogne vive sans VPF », explique Nicolas de Germay, admettant bien sûr que « cette décision bouleverse quelques peu les plans, mais nous n'avons pas d'inquiétudes particulières ». Par contre, un élément positif : les deux sites travaillent des aliments « humides ». « À Boulogne/Mer, nous avons des capacités de production sous-employées que l'on va pouvoir remettre en route et récupérer ainsi progressivement des parts de marché sur le secteur humide », rajoute-t-il. L'entreprise boulonnaise veut rassurer ses clients au maximum : « Nous faisons actuellement d'énormes efforts sur le plan qualitatif de façon à satisfaire l'ensemble de nos clients ».

UN MAUVAIS SCÉNARIO

Dans le meilleur des cas, la cour d'appel pourrait statuer d'ici 6 mois. Dans le cas où elle viendrait à décider la réintégration de VPF dans le giron de Continentale Nutrition, l'allemand Deuerer serait alors contraint de remettre l'usine en l'état où il l'a trouvé ce 26 mai 2014… Tout au long des négociations, les salariés de VPF se sont farouchement opposés au plan de reprise présenté par Alandia. « C'est l'illustration des relations calamiteuses qui existent depuis la filialisation de VPF et l'entrée de Sodica et d'Agro Invest », explique un proche du dossier.

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La reprise de l'allemand Deuerer est considérée comme « une vraie satisfaction » par l'actuel directeur général de VPF Sébastien Plasteig. « Elle va donner une dimension beaucoup plus européenne à VPF qui va s'ouvrir désormais aux marchés du sud de l'Europe », a-t-il expliqué à l'AFP. Quant à Caroline Maurissot, déléguée CFDT de VPF, elle a estimé que « c'était une année de combat qui s'achevait victorieusement ». « Maintenant on a envie de tourner la page et de bosser en toute sérénité », a-t-elle rajouté.

De leur côté, les salariés de Continentale Nutrition de Boulogne/Mer redoutaient cette décision. « Nous nous en doutions un peu. C'est un mauvais scénario, mais sûrement moins que les deux solutions étrangères sur lesquelles le tribunal avait à statuer », confie Damien Augé, responsables CFDT de l'usine boulonnaise aux côtés d'Hervé Demilly.

En effet, l'allemand Deuerer était effectivement en compétition (outre la solution franco-française de Continentale Nutrition) avec l'irlandais Cats&Dogs Foods, dont on dit qu' « il n'était intéressé que par les seules parts de marché de VPF et non par l'outil industriel », ce qui aurait provoqué « de véritables bagarres sur les prix sur ce marché des croquettes humides ».

Deuerer a réalisé un chiffre d'affaires de 250 millions d'euros lors de son dernier exercice. Dirigée par Tina et Hans-Jürgen Deuerer, deux passionnés de chevaux, cette entreprise familiale est passée en l'espace de 25 ans de simple boucherie, à l'un des plus importants groupes en matière d'aliments chiens et chats en Allemagne, aux côtés des géants comme Nestlé et Mars. Implanté à Bretten, à une centaine de kilomètres au nord-est de Strasbourg, le principal site de production et le siège social emploient environ 1 700 personnes dont seulement 600 seraient en contrat à durée indéterminé, selon les syndicats locaux qui reprochent à Deuerer d'employer une main d'œuvre des pays de l'Est recrutée par des prestataires extérieurs.

Selon nos confrères des Echos, Deuerer devra débourser 6,5 millions d'euros pour sa nouvelle acquisition. Il a également promis d'injecter 2 millions en fonds propres et 9 millions en trésorerie. D'ici à trois ans, il promet également d'investir 7 millions dans l'outil industriel et de transférer une partie de sa production dans le Lot-et-Garonne. Il s'est engagé enfin à préserver les 154 emplois de VPF et prévoit d'investir plusieurs millions d'euros sur le site.

Parallèlement à son acquisition, « il serait également en train de construire une nouvelle usine ultra-moderne outre-Rhin », selon Damien Augé. L'acquisition de VPF lui permet ainsi de faire face à de nouveaux marchés en attendant la mise en production de son nouvel outil d'ici deux à trois ans.