Dans une lettre adressée aux autres membres de la Commission européenne, l’Autrichien Franz Fischler, commissaire à l’agriculture, se positionne contre l’ouverture des négociations d’adhésion à l’UE avec la Turquie. Doutant sur le plan politique de l’« ancrage démocratique » à long terme de ce pays, M. Fischler met en avant sur le plan économique le coût que représenterait l’intégration turque pour l’agriculture communautaire. Un parti pris embarrassant pour la Commission de Bruxelles qui doit rendre public, le 6 octobre, un rapport très attendu assorti d’une recommandation sur l’ouverture des négociations pour l’adhésion de la Turquie à l’UE, sur laquelle les dirigeants européens doivent se prononcer lors de leur sommet à Bruxelles le 17 décembre prochain.
Dans une lettre adressée le 30 juillet à l’ensemble des membres de la Commission, le commissaire à l’agriculture Franz Fischler révèle qu’il est défavorable à une éventuelle adhésion de la Turquie et se positionne clairement contre l’ouverture des négociations avec ce pays.
Sur le plan politique, M. Fischler doute notamment de « l’ancrage démocratique et laïque à long terme» de la Turquie, actuellement gouvernée par le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan et ses collègues du Parti de la justice et du développement (AKP), organisation politique issue de la mouvance islamiste modérée. Estimant que « la société turque est beaucoup plus orientale qu’européenne», le commissaire met les Européens en garde contre le risque d’un « retour de bâton fondamentaliste » qui résulterait d’un élargissement de l’UE vers Ankara. Tandis que son collègue commissaire à l’élargissement, le social-démocrate allemand Guenter Verheugen, défend l’idée que la Turquie serait un « pont » entre l’Europe et le monde musulman, M. Fischler doute pour sa part que ce soit le rôle de l’UE de « façonner le monde musulman » et que l’élargissement soit un « instrument pour y parvenir ».
Un coût de 11,3 milliards d’euros par an
Sur le plan économique, M. Fischler met en avant les conséquences d’une adhésion de la Turquie à l’UE, et évoque notamment le coût que l’intégration de ce pays représenterait pour Bruxelles, qui pourrait atteindre « 11,3 milliards d’euros par an rien que pour l’agriculture». Ce coût serait significativement plus élevé que celui de l’élargissement à dix nouveaux États membres du 1er mai dernier. Par ailleurs, le commissaire à l’agriculture a souligné, en marge du dernier Conseil agricole informel à Noordwijk Voir n°2972 du 13.09.04, les difficultés que devrait surmonter la Pac dans le cadre de l’adhésion de la Turquie, dont l’agriculture est un secteur hautement protégé. Il a notamment mis l’accent sur le différentiel non négligeable entre les prix agricoles turcs et communautaires.
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Opposé à l’idée d’ouvrir les négociations d’adhésion avec la Turquie, M. Fischler, à l’instar d’une grande partie des conservateurs européens, recommande de mettre en œuvre un plan de rechange « qui examine les meilleurs moyens d’aider la Turquie à maintenir le cap des réformes » sous la forme d’un « statut de partenariat privilégié ».
La Commission embarrassée
M. Fischler n’est pas le seul membre de la Commission à se prononcer contre l’adhésion turque. Son collègue libéral néerlandais Frits Bolkestein, commissaire au marché intérieur, a lui aussi mis en garde le 6 septembre contre « les risques d’implosion de l’UE », et plusieurs autres membres de l’exécutif européen seraient très réticents à l’égard une telle adhésion.
La Commission, qui doit remettre le 6 octobre un rapport très attendu assorti d’une recommandation sur l’ouverture des négociations, sur laquelle les dirigeants de l’UE doivent se prononcer lors d’un sommet à Bruxelles le 17 décembre prochain, a été très embarrassée par les propos de M. Fischler, mais elle s’est efforcée de les atténuer et n’a pas voulu commenter les chiffres du commissaire à l’agriculture. Elle a toutefois fait savoir qu’étant une « institution collégiale », chacun de ses membres a le « droit d’avoir un avis sur une question aussi importante ».