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Main-d’œuvre agricole : les recommandations du CGAAER

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Les GE et ETA ont le vent en poupe dans le paysage du recrutement agricole, selon un récent rapport du CGAAER. L’organisme ministériel formule six recommandations pour capitaliser sur ce succès et ainsi sécuriser la main-d’œuvre à long terme.

Les « nouvelles formes » de travail en agriculture sont « en forte progression depuis dix ans », note le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER), dans un rapport daté de juillet et diffusé le 2 septembre.

Dans ce document de 69 pages, le CGAAER s’intéresse à huit nouveaux modes de mobilisation de main-d’œuvre agricole : entreprises de travaux agricoles (ETA), groupement d’employeurs (GE), intérim national, travail détaché, insertion par l’activité économique (IAE), autoentrepreneuriat, plateformes numériques et diverses formes de bénévolat. Des modes qui se distinguent des « formes classiques » de travail en agriculture (non-salariés agricoles, salariés en CDI, salariés en CDD).

Les atouts des nouvelles formes

D’après le rapport, le volume des nouvelles formes de travail en agriculture est passé de 70 000 à 105 000 ETP entre 2010 et 2019. Cette année-là, les nouvelles formes comptaient pour « 10 à 15 % de la force de travail affectée à la production agricole ». Sachant que les ETA et les GE représentent « les deux tiers du volume et de la croissance de ces formes ».

Dans ce cadre, le CGAAER observe que les dispositions applicables au travailleur (conditions de travail, couverture sociale, dispositif parcours professionnel et formation) « sont plutôt plus attractives que celles du salariat direct ». À exception du détachement cependant, qui fait parfois l’objet d’abus. Les nouvelles formes de travail sont aussi plus susceptibles de mettre en œuvre des « solutions originales de mobilité et d’hébergement » pour faciliter le recrutement de saisonniers. De plus, le CGAAER estime que « les GE peuvent être des couteaux suisses » pour « sécuriser » la main-d’œuvre étrangère, indispensable à la France pour réaliser les travaux des champs.

Six recommandations

À l’issue de ce travail, le CGAAER émet six recommandations pour tenter de résoudre la problématique de l’emploi agricole. Premièrement, il préconise de créer davantage d’organisations « mixtes », comportant « un ou plusieurs GE », pour mettre en œuvre des formes de travail complémentaires et ainsi attirer et former la main-d’œuvre. Ensuite, il faut « expérimenter des processus collectifs de recrutement » de main-d’œuvre extra-communautaire pour les besoins saisonniers « de pointe », indique l’organisme ministériel.

Troisièmement, le CGAAER appelle les Draaf à œuvrer auprès des Dreets (directions régionales de l’emploi) et de Pôle emploi pour que le secteur agricole soit « une cible de leur action » : en partageant leur analyse du secteur, mais aussi en facilitant les contacts avec les branches professionnelles et la MSA. Il appelle aussi à développer les échanges entre les opérateurs agricoles et le réseau de l’insertion par l’activité économique (IAE) pour identifier de potentiels travailleurs agricoles.

Cinquièmement, le CGAAER recommande d’introduire la gestion des ressources humaines dans les parcours de formation des futurs exploitants. Enfin, pour lutter contre les abus liés au travail détaché, il préconise un « partenariat renforcé entre le ministère de l’Agriculture et le ministère du Travail » pour combiner les actions de contrôle, de répression, de prévention et de conseil.

D’autre part, le CGAAER a commencé à s’intéresser aux conséquences des nouvelles formes de travail sur la compétitivité des filières. Il apparaît par exemple que pour un agriculteur (ndlr. le « donneur d’ordre »), le coût de la main-d’œuvre embauchée via un GE est sensiblement équivalent à celui recruté via une ETA. Cette analyse des coûts fera l’objet d’une deuxième mission du CGAAER.

« Les GE peuvent être des couteaux suisses »